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 Les gens...Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
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coline
Abeille bibliophile



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MessageSujet: Les gens...   Mar 19 Juin 2007 - 14:14

Le dernier texte de monilet sur son fil, "Pierrot le pêcheur", m'a inspiré un petit texte en réponse "Hortense, la femme de Pierrot"...

Petit exercice d'écriture:
Cela m'a fait penser que nous pourrions sur ce fil-là nous amuser à dresser des portraits de gens réels ou imaginaires...
A vos claviers!

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monilet
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MessageSujet: Re: Les gens...   Mar 19 Juin 2007 - 14:23

PIERROT, LE PÊCHEUR

Ben oui, c'est ce qu'il a trouvé comme occupation, le Pierrot, pour échapper à sa virago domestique.
Le week-end donc, aux premières lueurs , il se harnache du matos : bourriche, épuisettes, gaules et tout le toutim, et il fonce tremper sa ligne dans le plan d'eau le plus proche.
La pêche, il n'a jamais vraiment aimé, mais bon il faut bien que son alibi tienne. Alors il s'emploie à rapporter à l'Hortense quelques poissons qui ne lui ont rien fait.
Il en laisse filer pas mal du reste car ce qui l'intéresse, c'est de rêver d'ailleurs en contemplant les brumes de l'aube, les fumerolles du matin qui dérivent sur l'étang et, plus tard dans la journée, le vol tantôt immobile ,tantôt saccadé des libellules près des roseaux ainsi que les moires infiniment changeantes à la surface de l'eau.
Il rêve, le Pierrot. Il est un peu poète et même que s'il osait, il écrirait des vers....
Ca le changerait de ceux qu'il doit accrocher au bout de l'hameçon, il se dit.
Y'a des philosophes qui disent que le pêcheur est "non seulement un héros de la patience mais aussi un prophète de la foi". Tout ça, il s'en fout , le Pierrot. Il rêvasse sa liberté.
Une liberté du dimanche.
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coline
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MessageSujet: Re: Les gens...   Mar 19 Juin 2007 - 14:25

HORTENSE, LA FEMME DE PIERROT LE PÊCHEUR.

Elle le sait bien que lorsqu’il pense à elle, il dit : « ma virago domestique »…Il le pense si fort quelquefois qu’elle l’entend…Elle s’en fiche…Il est toujours là son Pierrot…Il râle mais il est toujours là…Plus de quarante ans maintenant qu’il râle, qu’il prend ses cannes à pêche le dimanche quand elle voudrait qu’il l’emmène parfois au cinéma, au restaurant ou tout au moins boire un verre au milieu des gens…
Il est toujours là, et pour elle c’est tout ce qui compte…
Alors elle en a pris son parti parce qu’au fond, son Pierrot, elle l’aime…Elle l’a toujours aimé…Et c’est pour ça qu’elle a renoncé peu à peu aux sorties avec lui en ville…C’est pour ça qu’elle se contente de son air bourru et de ses silences quand elle aimerait tant discuter…
Le dimanche, il peut aller pêcher va…
Elle en profite pour retrouver ses deux meilleures amies, depuis toujours ses complices …Toutes trois, elles se promènent, elles discutent et elles rient…
Ah ! S’il savait Pierrot comme elle aime discuter et rire ! Et comme elle se sent libre de le faire quand il n’est pas là !…Sûr, il lui reprocherait de dire, à son âge, encore autant de bêtises… « T’as pas honte, à ton âge ! J’te l’dis moi, ça s’fait pas ! »...
En fin d’après-midi, tous deux rentrent au logis…
C’est bon de rentrer, c’est bon de se retrouver…Ces deux-là, ils ne peuvent pas rester éloignés l’un de l’autre trop longtemps…Une évasion de quelques heures seulement leur est suffisante…Ils savent que, bientôt, l’un ou l’autre ne sera peut-être plus là en fin d’après-midi le dimanche…Comment ce sera alors pour celui qui va rester seul dans la grande maison ? Ils y pensent…Ils ne peuvent s’empêcher d’y penser…
- Alors, mon Pierrot, bonne pêche ?
-Hummmm…
Elle sait…
S’il n’en dit pas plus c’est qu’il est heureux de sa journée…"Si j'dis rien, c'est qu'ça va" a-t-il coutume de bougonner...
Et s’il l’embrasse sur le bout du nez, c’est qu’il est heureux de rentrer……
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monilet
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MessageSujet: Re: Les gens...   Mar 19 Juin 2007 - 21:30

LE PERE

La neige tombait depuis trois jours et trois nuits. Elle étendait sur toute chose sa couverture à la fois légère et angoissante. Les bruits qui subsistaient s’en trouvaient filtrés : le crissement lent des pneus lorsque passait une rare voiture, le martèlement des coups s’élevant par intervalles de la forge voisine.
Le hameau, replié sur lui-même, était à présent injoignable par ses quatre routes d’accès. D’énormes congères barraient les chaussées et le courageux chasse-neige qui s’efforçait de passer une fois chaque jour voyait la mince voie qu’ils venait de dégager très vite à nouveau obstruée.
Le vent soufflait violemment et quiconque mettait le nez dehors était immédiatement giflé par les flocons gelés que la tempête propulsait vivement vers lui. Ils se transformaient en cristaux de givre sur les bonnets de laine ou s’accrochaient un instant aux sourcils où les premiers fondaient avant de se figer à nouveau, vite recouverts par la vague suivante.
Les habitants du lieu, quand ils sortaient, par exemple pour dégager à la pelle leur huis, se repliaient bien vite dans l’abri de leur demeure. Parfois pourtant ils gagnaient le domicile d’un voisin, tout aussi ébahi qu’eux-mêmes, et ils échangeaient quelques propos sur les conditions atmosphériques :
— Ça fait bien vingt ans que je n’ai pas vu ça !
— Oui, si ça continue, on va bientôt manquer de ravitaillement.
— Pourvu que le fuel qui alimente ma chaudière ne gèle pas dans les tuyaux entre la cuve au garage et ma cave…

L’inquiétude montait. C’était comme un personnage invisible qui se tenait constamment à vos côtés.
Les gens écoutaient la météo qui n’annonçait aucune embellie. Les établissements scolaires de la petite ville voisine avaient même été fermés pour intempéries.
On éprouvait un curieux sentiment d’angoisse mêlé cependant à l’impression d’un retour aux valeurs premières. Nos vies se débarrassaient du superflu qui d’ordinaire les accaparait entièrement, les encombrait même, pour se tourner à nouveau vers la solidarité, vers une sorte de méditation aussi.
Le téléphone fonctionnait encore et il n’était pas rare que l’on prenne des nouvelles des voisins, leur proposant ce dont ils manquaient

Sandrine était inquiète. Mikaël, son fils de six ans, avait été opéré de l’appendicite neuf jours plus tôt et une méchante poche de pus s’était formée près da la plaie. Il gémissait et était fiévreux. Les élancements s’intensifiaient et le tout avait pris une vilaine allure. C’était comme une boule bleuâtre que Mikaël couvrait de sa main pour tenter de calmer la douleur. Il n’osait cependant pas appuyer trop.
Les antalgiques pris depuis deux jours n’agissaient plus guère.
— Jean, dit-elle, le médecin ne pourra pas venir et nous sommes bloqués ici. Que va-t-on faire ?
Son mari restait dans ce genre de circonstances étonnamment calme :
— Je vais rouvrir la plaie, c’est la seule solution. Fais donc bouillir un peu d’eau.

Sandrine n’était pas trop d’accord mais n’avait pas le choix. Elle fit donc ce qui lui était demandé.
Quand ce fut prêt Jean plongea une lame à rasoir dans la casserole et la couvrit pour laisser le tout refroidir. Cela prit une bonne vingtaine de minutes. Sandrine allait et venait :
— Tu crois qu’on fait bien ?
— Laisse-moi faire, répondit Jean, et va m’attendre au salon, ça ira vite.
Devant ce ton déterminé Sandrine s’exécuta et Jean l’entendit à côté se parler à elle-même pour tenter de se calmer.
Il se désinfecta alors longuement les mains à l’alcool et, la casserole à la main, pénétra dans la chambre de son fils.
— Mika, je vais jouer au docteur et te soigner, tu veux bien ?
— Oui, papounet, j’ai trop mal.
— Alors, montre-moi ton ventre.
Jean passa rapidement mais soigneusement un coton imbibé d’éther sur la plaie, ce qui fit rire et crier l’enfant qui oubliait sa douleur.
— T’es un vilain docteur, c’est trop froid !
— Ne bouge surtout pas, tu ne sentiras rien.
D’un geste vif il incisa l’abcès d’où s’écoula immédiatement un petit flot de liquide grisâtre et malodorant que Jean épongea avec des linges propres qu’il avait préparés près du lit. Ensuite il désinfecta à nouveau la blessure et recouvrit le tout d’un gros pansement. Alors seulement il put essuyer la transpiration qui lui couvrait le front.
Il appela sa femme qui entra précipitamment, une terrible expression apeurée dans le regard. Elle ne dura pas car au même moment Mikaël dit :
— Maman, papa est un très bon docteur. J’ai plus mal du tout !
Et tandis que la maman donnait deux carrés de chocolat à l’enfant, Jean servit deux verres de cognac et dit :
— Sandrine, allez, on va fêter ensemble mon nouveau métier.
Mikaël souriait ……..
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monilet
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MessageSujet: Re: Les gens...   Mar 19 Juin 2007 - 21:49

LA "DAME" EN BANLIEUE

Cliquez, svp, d'abord sur le lien

le cercle rouge
http://img132.imageshack.us/img132/3634/l3tr5.jpg

Elle se tenait là, devant cette vision insolite : deux bagnoles cramées
dans un quartier sordide, une rue vide aux façades tagguées,
peinturlurées. Ca dégageait une atmosphère presque irréelle.

La laideur, elle pensait.

Oui , la laideur des hommes. Cet aspect particulier mais incontournable de leur être.

Ici, c'était comme si la laideur était objectivée car les "sujets" n'étaient pas là. La rue était déserte.

Elle avait oublié le quartier de banlieue qu'elle venait de traverser,
le contexte de ces vies confinées, condamnées au ghetto, l'incapacité
des hommes à mieux se partager les richesses de la terre.

Non, elle ne voyait plus que le produit de ce système, là devant elle : la noirceur du mur et les bagnoles rouillées.

Et elle, ne voyait plus que les hommes tels qu'ils sont et resteront de toute éternité : moches.

Elle n'oublierait plus cette voiture qu'elle apercevait du trottoir
opposé dans le cercle déglingué, rouge vif, d'un débris de cabine
téléphonique au premier plan de son champ de vision : celle-ci
était à jamais dans sa mémoire ; les tigres n'avaient plus qu'à sauter
dans le cercle de feu.....avant la tuerie.
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MessageSujet: Re: Les gens...   Mer 20 Juin 2007 - 2:27

Il était une fois une moufette hargneuse qui se servait de ses glandes pour faire peur aux « gens » et leur prendre ce qui lui revenait de bon droit d’après elle.
Un jour, revenant d’une virée dans un cabanon où elle avait arrosé abondamment l’endroit après avoir fait déguerpir l’occupant et lui avoir pris son puff, elle croisa monsieur l’écureuil qu’elle ignorait depuis que celui-ci leur offrait pamplemousse sur pamplemousse, son met préféré.

Encore une fois, il déposa devant elle un de ces fruits succulent d’une taille énorme. D’un air dédaigneux elle croqua dedans et, sentant son cœur s’incliner, voulu arrêter ce qui lui faisait de plus en plus peur.
Il fallait faire fuir l’écureuil à tout prix, sa survie de moufette était en jeu…elle éjecta donc un jet puissant qui pris l’écureuil par surprise, entre les 2 yeux !
Triste, mais persuader d’avoir accompli somme toute son devoir, elle s’attendait à voir hurler son prétendant d’arbre en arbre et à ne jamais le revoir…

L’écureuil ne bougea pas d’un cil ! Il resta là, stoïquement, avec le liquide de la moufette qui coulait lentement, d’abord sur la bouche puis sur le menton, finissant sa course sur sa patte dans un petit spluf…
La moufette, éberluée, scruta de plus près l’animal, particulièrement son nez…rien, pas le moindre petit frémissement…puis elle vit quelque chose qui se forma doucement au coin de l’œil du petit animal roux…la larme coula, vite absorbée par son pelage soyeux, et noya une puce en pleine digestion.

Alors, le cœur de la moufette explosa et elle se transforma en une belle femme souriante qui sentait bon…l’écureuil sourit alors et son visage s’étala et prit une apparence en adéquation avec son cœur…elle alluma le feu, il prépara le repas et ils mangèrent tous 2 de bon appétit…
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Est-ce que nos larmes, se perdent sous la pluie ?
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MessageSujet: Re: Les gens...   Mer 20 Juin 2007 - 10:42

L'AMIE COLETTE -


L'amie Colette est encore bien coquette...Son visage a gardé quelque chose de l'enfance, une lueur pleine de malice dans le regard. C'est la copine d' Hortense, la femme du Pierrot.
"Pour sûr qu'ils s'aiment ces deux là" se dit-elle lorsqu'elle les voit se chicanailler pour des broutilles. Elle l'envie bien son amie va, quand Hortense lui raconte les longs dimanches soirs au coin du feu.
Elle les imagine tous deux, assis, bien droits dans leurs charentaises, elle tricotant inlassablement le même pull que personne ne mettra, et lui fumant sa pipe parce que ça lui donne l'air d'un "monsieur" le temps de quelques volutes ...Du tabac de la ville" lui dit-il chaque fois, l'air d'un prince!

Colette écoute les histoires d'Hortense, toujours rêveuse. Elle qui n'a plus personne sur qui tempester un peu. Même plus son chat Balthazar, qu'on n'a jamais retrouvé, parti elle ne sait où. Elle a bien des doutes... les voisins avaient un chien...Un boxer qui détestait Balthazar...Allez savoir ! Elle ne sait pas quelle version est la moins terrible à ses yeux.
Celle du chien, ou celle de la fugue. Il n'aurait pas pû l'abandonner lui aussi? Non ,impossible! C'était son seul compagnon du soir. Depuis la disparition du Georges, et le départ des fils à la grand'ville , plus personne n'ouvrait la porte à l'heure du diner et le carillon restait désespérement muet Elle n'avait même plus assez de larmes pour se dire combien immmense était sa peine. Il ne lui restait que des images fugaces, des photos jaunies et déchirées, le souvenir des rires du temps où la maison chantait .

Alors, Hortense avait imaginé ces sorties entre elles où elles se racontaient leurs joies ou leurs tracas, leurs blagues et leurs envies. Le temps passé surtout, un peu celui à venir...
Il lui semblait qu'un oeil bienveillant l'accompagnait partout où elle allait.Mais peut-être était-ce seulement cette chose qu'on nomme espoir? Quelque chose qui perdurait au fond d'elle, plus fort que tout et qui lui insufflait cette énergie que beaucoup lui enviaient ...le chant d'un oiseau, le soleil au zénith, une moufette cherchant son logis ou le Pierrot devant sa canne à pêche! N'était-ce pas merveilleux ?

"Ce sont des cadeaux du ciel" se disait-elle tous les matins, en ouvrant ses persiennes..."J'ai vécu mille vies et mon coeur est empli d'allégresse . Parce qu'il me reste le rêve, et mes livres.Si j'en ouvre les pages, les mots s'échappent , virevoltent autour de moi, m'entrainent dans leur sarabande magique, et je m'envole avec eux loin du logis déserté, du carillon muet mais tout près de mon Georges et du chat Balthazar..."
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MessageSujet: Re: Les gens...   Mer 20 Juin 2007 - 21:46

Le Type En Bas (ou Le Jeune Inconnu)

Il est encore là ce soir. Encore en chemisette au mois de janvier, il doit bien avoir froid quand même ! C'est un peu énervant... qu'est ce qu'il peut bien penser, il est toujours là, pareil... planté pas loin de la porte avec sa canette et ses écouteurs... il regarde un peu en l'air des fois, un sourire parfois, à la rigueur. Toujours avec sa bière, quand il pleut, quand il ne pleut pas. Il n'est pas comme ces jeunes qui trainent avec des chiens, sa bière n'est pas la même non plus... Il n'est pas mal aimable, plutôt poli. Curieux !

A quoi pense-t-il donc ? Pourquoi ce rituel ? que ce passe-t-il quand la boisson fait effet et que le corps se détend ... quand le regard suit les gens qui passent, les imagine-t-on tristes ou heureux, cherche-ton leur regard... pourquoi leur attribuer nos peines ou les bonheurs qui nous fuient...

Il est encore là, à remuer les dernières gouttes de son breuvage... se souvient il de sa famille ou des gens qu'il aime quand il sourit... se souvient il de ceux qui sont partis lorsque son visage se ferme avant de me saluer... il est toujours là, inconnu parmi les siens, les souvenirs du présent comme un plancher qui craque dans une maison morte.

Il pense : à quoi pensons nous quand nous nous remarquons à peine...
... derrière nos dignes apparences.

Douce indifférence...
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MessageSujet: Re: Les gens...   Ven 22 Juin 2007 - 17:21

Le bon travailleur

L’homme, toujours ponctuel et bien poli, s’acquérait de la bonne santé de ses collègues puis passait au bureau de son chef, auprès duquel il se montrait déférent et de bonne humeur.
Sa réputation était sans tache à son travail, il était considéré comme l’un des meilleurs employés dans sa société. Le dernier à être licencié disait la rumeur, un peu envieuse…
Cette retenue, docilité ou politesse, trouvait son exutoire certaines fin d’après-midi quand, à l’issue de sa journée de dure servilité sociale, il allait se saouler dans les 23 bars se situant sur le chemin de sa maison.

Puis, quand il rentrait chez lui, trouvant la porte close, il faisait le tour et tapait délicatement à la fenêtre de son fils de 10 ans et lui parlait. Jamais il n’était aussi gentil que ces soirs là, il disait qu’il l’aimait, qu’il voulait être avec lui, le tenir dans ses bras.
L’enfant était sensible à ce discours, et même s’il sentait confusément qu’il ne fallait pas lui ouvrir la fenêtre, comme le lui disait maman, il finissait toujours par le faire.
Quand son père franchissait le seuil de cette fenêtre puis de la porte de sa chambre en passant devant lui sans le regarder, il pleurait.
Ensuite, c’était sa sœur de 12 ans qui pleurait.

Un soir comme un autre, le bon travailleur viole sa petite fille dans ce qui est devenu une routine. Son chef qui lui a postillonné toute la journée dans le cou, sa femme qui ne lui parle plus ; il n’a pas vraiment de plaisir à cet acte, d’ailleurs il bande à peine, et passe la plupart du temps à se parler. Il lui faut compenser ce que le monde lui prend dit-il en mettant ses mains autour du cou de sa petite propriété…à chacun sa petite compensation murmure t-il en pleurant dans sa barbe et en serrant...
Ses collègues furent vraiment étonnés, le lendemain, d’apprendre que sa petite fille avait été tuée par un sadique. Ils le plaignirent sincèrement, lui si gentil.
Quand il se suicida quelques mois plus tard, ils se dirent, en buvant leur petit café, que la vie était si injuste…
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Queenie
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MessageSujet: Re: Les gens...   Mar 28 Aoû 2007 - 1:41

depuis le temps que je devais y mettre mon petit grain, je suis contente de venir remettre quelques fragments de textes de ma composition dans un 'lieu' commun.

ELLE (esquisses pour un personnage que je voudrai utiliser dans une "longue nouvelle")

Tout le monde est amoureux d'elle. La question est pourquoi elle, elle n'est amoureuse de personne. En fait, elle aime tout le monde. Elle aime qu'on l'aime. Elle n'a pourtant jamais dit "je t'aime", en le pensant vraiment, entièrement. Elle n'a jamais été aussi seule qu'en couple. Dans ces moments où l'on sent encore plus intésement qu'on n'a pas sa place là où on est. Parce que l'autre ne comprend décidemment rien.

Pour échapper à sa propre absence, elle court. Du travail à la fac aux castings aux soirées à l'alcool à la drogue au cinéma aux concerts aux artistes à l'amitié à l'amour. Et elle n'attrape rien. Dépasse tout et tout le monde, toujours toute seule.

Dans la rue, elle fonce plus qu'elle ne marche, évitant les passants à une allure folle. Slalom, vitesse, mouvement, presque une danse en somme, presque.

Les jours de pluie sont ses préférés, tous les gens sous les devantures lui libère les avenues. Faut juste éviter de finir éborgner par les abrutis aux parapluies.

Elle ne supporte que difficilement le contact humain, n'aime pas particulièrement les gestes de tendresse, mais adore faire l'amour... rêve d'un amant merveilleux, sans attachement.
Elle désire cette chair contre la sienne, ce pénis contre son ventre. Elle désire tous les hommes (et les femmes aussi parfois). Et puis, elle rentre seule chez elle, se laisse tomber sur son lit et pleure, le plus banalement du monde.

Elle prend le temps de s'arrêter, quand son compagnon se pare de papiers, se maquille de mots et se raconte en histoires : passer des heures le regard plongé dans les pages d'un bon livre.
De Freud à Dostoievski, quelques arabesques du côté de chez Proust, un petit tour vers Walser, elle tourne les pages, pendant des heures s'efface du monde qui l'entoure, gomme ses contours, n'est plus que les mots qu'elle lit.
Elle vacille parfois jusqu'à l'intoxication littéraire, franchit le trop plein de mots. Son esprit tourbillone, les phrases la submergent, elle se prend pour Stavroguine, le pervers polymorphe, Swann, et lorsqu'elle referme enfin son livre, le monde n'est plus exactement le même, ou tellement identique à lui-même que son regard s'embue.
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Les gens...   Mar 28 Aoû 2007 - 18:51

Tout travail méritant salaire( même s'il est accompli avec plaisir), permettez moi d'applaudir à vos écrits que je viens de déguster.

à bientôt
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Marie-Laure
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MessageSujet: Re: Les gens...   Mar 28 Aoû 2007 - 19:03

J'adore ce forum, vraiment vous êtes très doués ! Very Happy
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Bob
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MessageSujet: Elle de Quennie   Mar 4 Sep 2007 - 15:27

Je viens de lire, Elle, celle qui court toujours et n'aime personne... ça me sidère... seule une femme pouvait écrire un truc comme ça...

Et dans le même temps cela m'effraie. Moi qui ne comprend rien aux gonzesses, me voila largué encore un peu plus loin...

Encore, Queenie...

J'attends
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Bob
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MessageSujet: le bon travailleur !!!   Mar 4 Sep 2007 - 15:33

Quelle horreur ! Moi qui imaginais écrire des contes un peu dramartiques ou glauques??? c'est d'autant plus effrayant qu'on a l'impression de connaître ce personnage !

Et comme d'hab, bien écrit, simple et efficace...
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Nibelheim
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MessageSujet: Re: Les gens...   Mar 4 Sep 2007 - 16:01

Oh j'aime beaucoup les portraits ! Quel bonne idée de fil, et puis les confrontations de ces différents portraits peut être très enrichissante, je trouve Very Happy



(Petite participation avec cet Inconnu rêvé) Embarassed
Le peintre aux souliers rouges

Il est de ces rencontres comme ça, au hasard d’une station de métro ou d’une rue, de ces regards qui vous marquent, de ces beautés qui vous touchent.

A coté de moi, la silhouette fine d’un enfant de Raphaël. De longs cheveux noirs lui courent dans le dos, il demeure là, immobile. Hors du temps, hors de tout. Ses yeux ourlés de longs cils sombres ne daignent poser leur regard sur le monde qui l’entoure. A quoi songe-t-il ? A un nouveau tableau, semblent dire ses mains fines à demi dissimulées sous le velours noir de sa veste. A un ailleurs semble hurler son âme, à bout de souffle dans ce corps sans âge. Impalpable. L’inconnu du métro est un peintre aux souliers rouges, l’apprenti d’un grand maître d’un siècle lointain, de ces modèles que l’on aime pour cette beauté pure et non jouée, cette douceur inhérente à l’être, et pour ces yeux pudiquement baissés. Le train apparaît, les portes claquent, je traîne mon fardeau. Il est à coté de moi, le regard errant, le regard perdu. Comme dans une sorte de contemplation intérieure. C’est peut-être un poète, finalement. Un artiste. Je me plais à le croire. On me dirait sans doute que ce n’est qu’un jeune homme parmi tant d’autres, avec ses préoccupations propres, et sa propre vie. Mais après tout, qu’est-ce qui m’empêche de lui voler cette part de lui trop offerte aux regards, et de me construire mon propre personnage, mon inconnu de cet instant là ? Presqu’honteuse, je l’observe, sans un mot. De temps à autres me tourne vers les autres humains du train, à l’air morose et fatigué, pour sentir mon regard inexorablement tiré vers lui. Il semble être sans âge, et à l’apogée de sa beauté. C’est le genre de personnage que l’on tuerait dans un roman. Pour l’empêcher de vieillir. L’inconnu du métro ne regarde rien, une station qui passe et il demeure. Il est de ces personnes habitées de grâce sans avoir à la rechercher. Le moindre mouvement de ses mains respire la danse, les menuets de cour ou les valses des grands bals. Mais un tel personnage n’y apparaîtrait jamais, trop habitué au silence des feuilles et aux pièces vides. Un livre à moitié froissé à la main, ou un croquis inachevé de quelque beau paysage … Oui, il est de ces gens face à qui l’on ne peut que se sentir horriblement maladroit. Je me perds en lui, disparaît à travers son enveloppe humaine. Je l’imagine dans un tableau du XVème siècle, dans un roman du XIXème, et il est toujours là, indifférent au monde qui l’entoure. Je le vois poser pour un peintre amoureux, ses grands yeux noirs ouverts au monde, un sourire jouant au coin de ses lèvres, comme une ombre déposée au pinceau, fugitive. Le train ralentit. Un amour d’un instant à perdre. C’est idiot et à jamais douloureux. Je m’avance vers la porte, près de lui, l’effleurant presque, et n’osant trop m’approcher tellement il semble immatériel. Un doux fantôme que je ne voudrais pas briser.

Il disparaît aussitôt dans la foule grimaçante. Le peintre aux souliers rouges rejoint le domaine des songes et des vies rêvées, le monde des ombres et des fantômes qu’on se créé à nous tous seuls. Le personnage hante un peu ma vie, avec tant d’autres, de ceux qui vous sourient au loin et qui vous oublient tout de suite, et de ceux qui, un instant, voudraient vous aimer. Son visage s’estompe, sa silhouette se brise et je retiens des bribes de beauté pure et cristallisée. Et j’y goûte, pour oublier mes déceptions et ma vie frissonnante, à ce nectar immatériel à l’étrange goût d’amertume. Laissons s’aimer les inconnus, ce sont les rares instants où ils ne pleurent pas les négligences de ceux qui avaient promis d’être là pour eux.
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"Quelque chose en sa voix arrête, étreint, essouffle.
Des âmes en douceur s'épurent dans son souffle."
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