Vraiment bien aimé ma lecture de Middlsex... d'ailleurs je voulais en lire d'autres, et puis j'ai tout laissé passer comme souvent...
Avis de l'époque sur
Middlsex.

Prix Pulitzer 2003
Lorsqu'on entend parler de Middlsex, si on ne prête pas trop l'oreille, on peut entendre qu'il s'agit de l'histoire d'un hermaphrodite, et que l'auteur est le même que celui qui a écrit le roman
Virgin suicides. Mais lorsqu'on écoute mieux, et surtout lorsqu'on lit le roman, on s'aperçoit rapidement que ce roman dépasse son sujet racoleur, et s'éloigne avec brio du thème post adolescent désœuvré de Virgin Suicides.
Jeffrey Eugenides nous offre un roman épique, décrivant une Amérique changeante, en perpétuel mouvement (prohibition, loi de l'immigration, industrialisation, racisme…). Il nous dépeint l'histoire d'une famille grecque orthodoxe : on part des années 20 pour finir aux années 70. On découvre un univers à la fois superstitieux, agrémenté de mythologie et profondément réaliste, avec l'intégration d'une famille dans un pays étranger. Le narrateur garde toujours un regard tendre sur ses congénères, tout en maîtrisant l'auto dérision et les longues digressions nous faisant passer du rire aux larmes en quelques lignes.
Finalement Eugenides nous raconte ainsi l'évolution du gène qui provoquera l'hermaphrodisme du narrateur : passant par l'inceste, pour patienter dans le mariage de germains et finir par se développer chez Cal/Calliope. Chaque personnage a sa place propre, et tient une importance primordiale dans le récit. On s'attache à chacun d'eux, on les voit grandir, naître, vieillir, mourir… Et on voit Calliope devenir Cal.
A travers ce roman, Jeffrey Eugenides pose des questions sur l'identité sexuelle, sur ce qui est inné ou ce qui est acquis (est-ce qu'une fille ayant été élevée comme telle peut devenir un homme ?) A travers les complexes de l'adolescence s'insinuent ceux encore plus forts de la différence, Calliope se sent différente. On voit aussi comment, petit à petit, Cal finit par accepter sa duplicité, sa nature atypique. Le système de narration passant du " je " au " il/elle ", la façon dont parfois le narrateur s'implique et d'autres fois se pose en spectateur de lui-même, amène un nouveau souffle à la lecture, et permet au lecteur de voir sous divers angles. Ces différents points de vue permettent d'être à la fois dans l'action et spectateur de celle-ci, un peu à la manière des pièces grecques : lorsque l'acte se termine, le chœur nous explique ce qu'il se passe, et c'est alors que tout devient clair.
Petit extrait
| Citation: |
| […] aucune de mes coéquipières plus athlétiques n'avait jamais occupé un corps aussi problématique. Elles n'avaient pas, comme moi, deux testicules occupant illégalement leurs canaux inguinaux. A mon insu, ces anarchistes s'étaient installés dans mon abdomen et s'étaient même branchés sur les réseaux de distribution. Si je croisais les jambes d'une certaine façon ou que je bougeais trop vite, j'éprouvais une douleur fulgurante dans l'aine. |
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Shielded from unexpected fury
Frightened survivor in my world too shy to see
Softly I spoke, softly I'm dying
Crushed by your power, by my wilingness to bleed