Le soir du chienPrix Renaudot des Lycéens 2001C’est un court premier roman et il est polyphonique. Plusieurs voix racontent une histoire des plus banales, des plus universelles : la faillite d’un amour fou. Celui de Laurent pour Marlène.
Il commence ainsi et c’est Laurent qui parle:
« Je pense parfois à elle sous lui. Il est immense, anguleux, dru. Il est comme un ogre ; il doit l'avaler, la dévorer, plusieurs fois, pour la contenir, pour s'en défaire, pour s'en guérir. Parce qu'il n'est pas comme moi ; il a peur ; depuis le premier soir, le soir du chien. Il n'a pas été premier. Il sait qu'elle peut partir ; et comment elle part. Moi, je ne le savais pas. Je ne savais pas comment les femmes partent. »
Laurent est trentenaire. Electricien il vit toujours avec sa mère jusqu’au jour où il rencontre la belle Marie-Hélène, Marlène comme on l’appelle…
"Mon frère souriait de me voir partir, aux heures les plus chaudes du jour, à pied, en vélo, ou en voiture, selon la distance mise entre elle et moi par nos déplacements. Elle était mon centre de gravité, mon nombril blanc. Richard ne m'a rien demandé quand je l'ai laissé rentrer seul à la fin de l'été. Ma mère, au téléphone, m'a dit : "Pas plus de quinze jours ; tu as du travail ici. Les gens n'attendront pas toujours ; ils iront voir ailleurs." Je suis revenu en novembre, avec elle, pour notre premier hiver. Ma mère savait qu'elle ne pouvait rien contre ça. Elle la trouvait trop jeune, et c'était tout ; elle avait un peu peur, mais elle avait trop aimé son homme pour se battre contre ce qui me tenait, moi, à plein bras, dans un vertige décuplé par le confinement de l'hiver, ma grande saison."Marlène dérange dans ce village du Cantal où se passe l’histoire… Cette jeune femme qui vient de Normandie parle peu, lit trop au lieu de faire des enfants… et se promène librement dans la campagne alors que les autres femmes ne sortent qu’en famille le dimanche.
De plus, elle ne connaît pas son père et a été élevée par ses grands-parents, des boulangers-pâtissiers du village. Sa mère s’est mariée et lui a donné deux sœurs ailleurs…
Laurent et Marlène vont s’installer à l’écart dans une maison de famille de Laurent pour abriter leur bonheur.
"Nous ne voyions personne, ou presque. Ma mère montait parfois, quand il faisait beau ; elle aimait savoir sa maison d'enfance entre des mains amoureuses. (…) Le pays entrait dans la maison, tout le temps, la pénétrait. Nous l'avions voulue ainsi, et nous vivions sous le grand regard des choses, dans la pupille écartelée du monde."Un jour,Roland, l’ami menuisier de Laurent, offre à Marlène un chiot. Lorsque ce dernier est heurté par une voiture, il faut l’amener chez le vétérinaire…
Ce premier roman réussi, plein d’humanité, est tout imprégné de l’atmosphère pesante des campagnes reculées où les secrets et les drames traversent le temps presque en silence mais pèsent de tout leur poids…Où est mal vu (e) celui (ou celle) que l’on sait d’ailleurs ou trop libre …Où celui qui va mal se pend…
« C’est assez caractéristique de la campagne parce que tout le monde a une corde et pas forcément un fusil. Un jour, un psychiatre m’a dit quelque chose qui m’a énormément frappée : on se pend pour être pris dans les bras. » dit Marie Hélène Lafon.
Marie Hélène Lafon se dit influencée par des auteurs comme Pierre Michon...On ne s'en étonne point à la lire...
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"Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie."
(Jean Louis Barrault)