Notre-Dame des sept douleurs
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Un pensionnat tenu par des religieuses. Un pensionnat mixte, pour s’adapter, tout au moins en surface à l’esprit du temps, même si l’époque à laquelle se déroulent les événements du livre n’est pas précisée avec exactitude. Et parmi les autres élèves, il y a Sibylle. Sensible, artiste dans l’âme, terriblement fragile, angoissée, par tout, et en particulier par l’idée de la mort. Qui n’arrive à se mouler dans le carcan de l’école, du pensionnat. Qui n’arrive pas à cacher son ennui, incapable d’hypocrisie, assoiffée de tendresse. Et la directrice, Mère Dominica ne supporte pas cette fille qui sans rien dire, rien que dans sa façon décalée d’être est un défi permanent, une négation de sa façon de voir le monde. Alors un combat inégal s’installe entre Mère Dominica et Sibylle.
L’art de Régine Détambel est de saisir au vol des minuscules instants, de les sculpter avec une extrême finesse, comme un camée, mais rien de joli ou de fade, si elle sculpte c’est au scalpel, découpant au plus profond des êtres pour révéler leur vérité la plus profonde et la plus authentique. C’est parfois cruel, mais toujours juste, d’une sombre beauté. Rien de spectaculaire, mais comme dans la vraie vie, c’est parfois des petites choses, des ressentis qui arrivent à tel ou tel moment, insignifiants à un autre, changent le cours d’une vie. Et le style épuré, chirurgical, si la chirurgie pouvait créer de la beauté, a fait que j’ai été saisie par ce livre. J’en ai été d’autant plus heureuse que j’avais adoré il y a quelques années La lune dans le rectangle du patio, et que deux autres lectures décevantes m’ont éloigné de l’auteur. Je la retrouve ici avec un infini plaisir, je crois que ce qui lui convient c’est d’évoquer le monde de l’enfance, et de faire des récits brefs, sans véritable intrigue, juste un instant fort, où les être sont saisis et révélés.
| Citation: |
Sibylle a peur de l’ennui comme d’un venin glacé. On ne peut le comparer à rien : une douleur bizarre, des fourmis qui vous traversent les bras et les jambes, et portent, jusque dans le crâne, brindille après brindille, le mal et ce vide sourd dont on mettra des jours à se débarrasser. La peur qui l’envahit appelle la fuite. Mais il n’est pas bon de s’attendrir sur soi, lui a déjà seriné Mère Dominica .Alors elle regarde le goudron de la cour et le soleil qui frappe dans ce carbone. Le vrai problème, c’est que cette peur fade et sans distance qui accompagne Sibylle jusque dans ses efforts pour s’en délivrer est le goût même de sa propre vie. Cette fébrilité est la source même de son sentiment intime d’existence. Certains êtres ne peuvent éprouver leur propre existence que lorsque la peur leur broie l’estomac. |
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Si la raison dominait sur la terre, il ne s'y passerait rien. (Fontenelle)