En lisant vos commentaires vous m'avez donné envie de relire les passages que j'avais mis de côté et que j'avais aimés.
Tout comme vous j'ai apprécié Orwell. Son big brother était loin d'être une fiction, Orwell dénonçait un totalitarisme qui était actuel ou passé avec c'est sûr une anticipation quant aux moyens techniques utilisés(roman écrit en 1948) Je ne peux plus vous mettre exactement mes sentiments, depuis 3 ans j'ai oublié mais je peux vous mettre des passages très explicatifs à mon avis.
1984"Vous ne possédez rien, en dehors des quelques centimètres cubes de votre crâne."
Le passage qui en dit long, je l'ai coupé, en entier il n'aurait pas tenu la page:
Jamais, pour aucune raison au monde, on ne pouvait désirer un accroissement de douleur. De la douleur on ne pouvait désirer qu’une chose, qu’elle s’arrête. Rien au monde n’était aussi pénible qu’une souffrance physique. « Devant la douleur, il n’y a pas de héros, aucun héros », se répéta-t-il, tandis qu’il se tordait sur le parquet, étreignant sans raison son bras gauche estropié.(...)
– Vous êtes un étudiant lent d’esprit, Winston, dit O’Brien gentiment.
– Comment puis-je l’empêcher ? dit-il en pleurnichant. Comment puis-je m’empêcher de voir ce qui est devant mes yeux ? Deux et deux font quatre.
– Parfois, Winston. Parfois ils font cinq. Parfois ils font trois. Parfois ils font tout à la fois. Il faut essayer plus fort. Il n’est pas facile de devenir sensé.
Il étendit Winston sur le lit. L’étreinte se resserra autour de ses membres, mais la vague de souffrance s’était retirée et le tremblement s’était arrêté, le laissant seulement faible et glacé.
O’Brien fit un signe de la tête à l’homme en veste blanche qui était restée immobile pendant qu’il agissait.
L’homme à la veste blanche se baissa et regarda de près les yeux de Winston, lui prit le pouls, appuya l’oreille contre sa poitrine, tapota çà et là, puis fit un signe d’assentiment à O’Brien.
– Encore, dit O’Brien.
La douleur envahit le corps de Winston. L’aiguille devait être à soixante-dix, soixante-quinze. Il avait, cette fois, fermé les yeux. Il savait que les doigts étaient toujours là et qu’il y en avait toujours quatre. Tout ce qui importait, c’était de rester en vie jusqu’à la fin de l’accès. Il ne savait plus s’il pleurait ou non. La souffrance diminua. Il ouvrit les yeux. O’Brien avait tiré le levier en arrière.(...)
– Nous vous avons battu, Winston. Nous vous avons brisé. Vous avez vu ce qu’est votre corps. Votre esprit est dans le même état. Je ne pense pas qu’il puisse rester en vous beaucoup d’orgueil. Vous avez reçu des coups de pied, des coups de fouet et des insultes, vous avez crié de douleur. Vous vous êtes roulé sur le parquet dans votre vomissure et votre sang. Vous avez pleurniché en demandant grâce. Vous avez trahi tout le monde et avoué tout. Pouvez-vous penser à une seule dégradation qui ne vous ait pas été infligée ?
Winston s’était arrêté de pleurer, mais ses yeux étaient encore mouillés. Il les leva vers O’Brien.
– Je n’ai pas trahi Julia, dit-il. O’Brien le regarda pensivement.
– Non, dit-il, non. C’est parfaitement vrai. Vous n’avez pas trahi Julia.
(...)
es rats savaient maintenant ce qui allait venir. L’un d’eux faisait des sauts. L’autre, un grand-père squameux d’égout, était dressé, ses pattes roses sur les barres, et reniflait férocement. Winston pouvait voir les moustaches et les dents jaunes. Une panique folle s’empara encore de lui. Il était aveugle, impuissant, hébété.
– C’était une punition fréquente dans la Chine impériale, dit O’Brien plus didactique que jamais.
Le masque se posait sur son visage. Le fil lui frotta la joue. Puis – non, ce n’était pas un soulagement, c’était seulement un espoir, un tout petit bout d’espoir. Trop tard peut-être, trop tard. Mais il avait soudain compris que, dans le monde entier, il n’y avait qu’une personne sur qui il pût transférer sa punition, un seul corps qu’il pût jeter entre les rats et lui. Il cria frénétiquement, à plusieurs reprises :
– Faites-le à Julia ! Faites-le à Julia ! Pas à moi ! Julia ! Ce que vous lui faites m’est égal. Déchirez-lui le visage. Épluchez-la jusqu’aux os. Pas moi ! Julia ! Pas moi ! (...)
Ils s’assirent côte à côte sur deux chaises de fer, mais pas trop près l’un de l’autre. Il vit qu’elle allait parler. Elle avança de quelques centimètres sa chaussure grossière et écrasa du pied un rameau. Il remarqua que ses pieds semblaient s’être élargis.
– Je vous ai trahi ! dit-elle méchamment.
– Je vous ai trahie, répéta-t-il.
Elle lui jeta un autre rapide regard de dégoût.
– Parfois, dit-elle, ils vous menacent de quelque chose, quelque chose qu’on ne peut supporter, à quoi on ne peut même penser. Alors on dit : « Ne me le faites pas, faites-le à quelqu’un d’autre, faites-le à un tel. » On pourrait peut-être prétendre ensuite que ce n’était qu’une ruse, qu’on ne l’a dit que pour faire cesser la torture et qu’on ne le pensait pas réellement. Mais ce n’est pas vrai. Au moment où ça se passe, on le pense. On se dit qu’il n’y a pas d’autre moyen de se sauver et l’on est absolument prêt à se sauver de cette façon. On veut que la chose arrive à l’autre. On se moque pas mal de ce que l’autre souffre. On ne pense qu’à soi.
– On ne pense qu’à soi, répéta-t-il en écho.
– Après, on n’est plus le même envers l’autre.
– Non, dit-il, on n’est plus le même.
Il n’y avait pas, semblait-il, autre chose à dire. Le vent plaquait contre leurs corps leurs minces combinaisons. Ils furent tout de suite gênés de rester assis là, silencieux. En outre, il faisait trop froid pour demeurer immobile. Elle prétexta vaguement d’avoir à prendre le métro et se leva pour partir."
"2 + 2 = 5" "La liberté, c'est la liberté de dire que deux et deux font quatre. Lorsque cela est accordé, le reste suit."
Son écriture me fait des fois penser à celle de Camus.
Un autre passage mais cette fois de
La ferme des animaux.Dans la ferme du Manoir, les animaux s'assemblent autour d'un vieux verrat agonisant, Sage l'Ancien, qui les exhorte à la rébellion contre l'homme, leur exploiteur. Ils expulsent M. Jones, le propriétaire, et s'emparent de la ferme. Désormais, ils sont les maîtres. Les cochons dirigent le nouveau régime. Snowball et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement : "Tout ce qui est sur deux jambes est un ennemi. Tout ce qui est sur quatre jambes ou possède des ailes est un ami. Aucun animal ne portera de vêtements. Aucun animal ne dormira dans un lit. Aucun animal ne boira d'alcool. Aucun animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux." Le temps passe. La pluie efface les commandements. L'âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer : "Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d'autres."
Après ça que dire de plus.
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"Vous pouvez tout faire, penser ou croire, posséder toute la science du monde, si vous n'aimez pas, vous n'êtes rien. "
M.S.