Parfum de livres…parfum d’ailleurs

Accueil­*Portail*­Galerie­FAQ­Rechercher­S'enregistrer­Membres­Connexion
Partager | 
 

 Barbey d'Aurevilly (1808-1889)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
troglodyte
Main aguerrie


Messages: 374
Inscription le: 26/05/2007
Age: 39
Localisation: Strasbourg

MessageSujet: Barbey d'Aurevilly (1808-1889)   Lun 28 Mai 2007 - 21:14


. . Ecoutez ce royaliste clamer son amour de la monarchie disparue, par l'artifice d'un des personnages de L'Ensorcelée, il en fait un peu trop mais c'est néanmoins si charmant :

. . Chose étrange et touchante à la fois ! on le vit contempler rêveusement, et avec l'adoration mouillée de pleurs d'un amour sans bornes, ce cachet à la profonde empreinte, comme s'il eût voulu graver un peu plus avant dans son âme le portrait d'une maîtresse dont il eût été idolâtre. Qu'y a-t-il de plus émouvant que ces lions troublés, que ces larmes tombées de leurs yeux fiers qui vont, roulant sur leurs crinières, comme la rosée des nuits sur la toison de Gédéon ! Et pourtant il n'y avait point de portrait sur la cire figée. Il n'y avait que l'écusson qui scellait d'ordinaire toutes les dépêches de la maison de Bourbon. C'était tout simplement l'écusson de la monarchie, les trois fleurs de lys, belles comme des fers de lance, dont la France avait été couronnée tant de siècles, et dont son front révolté ne voulait plus ! Aux yeux de ce Chouan, un tel signe était le saint emblème de la cause pour laquelle il avait vainement combattu. Il l'embrassa donc à plusieurs reprises, comme Bayard expirant embrassa la croix de son épée.

. . Ce style assez poussiéreux, très vieille France, un peu giscardien, n'a-t-il cependant pas la fraîcheur du cri d'un écrivain un peu débutant ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
onyxo
Invité



MessageSujet: Re: Barbey d'Aurevilly (1808-1889)   Mer 30 Mai 2007 - 10:36

Oui, troglodyte, ce texte est bien poussiéreux ! Toutefois, si dans ses romans et nouvelles, Barbey d’Aurevilly se montre très vieille France, il n’empêche que son écriture, à elle seule, est un vrai bonheur...
Je me souviens avoir été émerveillée par son style dans Les Diaboliques que j’ai lu il y a trop longtemps pour en faire un résumé circonstancié, aussi, je ne puis plus qu’en restituer mon impression générale..
Les six nouvelles qui composent ce livre sont autant de variations sur ce qui doit bien être le fantasme majeur de l’auteur : Une femme froide, impénétrable et distante se révèle, de façon absolument inattendue et clandestine, comme entreprenante et passionnée et revêt à nouveau son manteau de froideur au sortir de ses ardeurs . « Les Diaboliques » suivent le même schéma puisqu’elles mélangent habilement une écriture très stylée (dans les deux acceptions du terme) et une atmosphère de passion et d’intensité très vives .

Pour vous en donner une petite idée, voici un extrait de la première nouvelle:

"Et j'eus bientôt répondu naturellement, et sans intention d'aucune sorte, par la plus complète indifférence, à son impassibilité.

Et cela ne se démentit jamais, ni de son côté ni du mien. Il n'y eut entre nous que la politesse la plus froide, la plus sobre de paroles. Elle n'était pour moi qu'une image qu'à peine je voyais; et moi, pour elle, qu'est-ce que j'étais?... À table, - nous ne nous rencontrions jamais que là, - elle regardait plus le bouchon de la carafe ou le sucrier que ma personne... Ce qu'elle y disait, très correct, toujours fort bien dit, mais insignifiant, ne me donnait aucune clé du caractère qu'elle pouvait avoir. Et puis, d'ailleurs, que m'importait?... J'aurais passé toute ma vie sans songer seulement à regarder dans cette calme et insolente fille, à l'air si déplacé d'Infante... Pour cela, il fallait la circonstance que je m'en vais vous dire, et qui m'atteignit comme la foudre, comme la foudre qui tombe, sans qu'il ait tonné!

Un soir, il y avait à peu près un mois que Mlle Alberte était revenue à la maison, et nous nous mettions table pour souper. Je l'avais à côté de moi, et je faisais si peu d'attention à elle que je n'avais pas encore pris garde à ce détail de tous les jours qui aurait dû me frapper: qu'elle fût à table auprès de moi au lieu d'être entre sa mère et son père, quand, au moment où je dépliais ma serviette sur mes genoux... non, jamais je ne pourrai vous donner l'idée de cette sensation et de cet étonnement! je sentis une main qui prenait hardiment la mienne par-dessous la table. Je crus rêver... ou plutôt je ne crus rien du tout... Je n'eus que l'incroyable sensation de cette main audacieuse, qui venait chercher la mienne jusque
sous ma serviette! Et ce fut inouï autant qu'inattendu! "
Revenir en haut Aller en bas
troglodyte
Main aguerrie


Messages: 374
Inscription le: 26/05/2007
Age: 39
Localisation: Strasbourg

MessageSujet: Re: Barbey d'Aurevilly (1808-1889)   Mer 30 Mai 2007 - 13:24

Ton extrait, onixo, se joint à ces lignes :
Citation:
1874 - Publication des Diaboliques, qui entraîne un procès. Barbey ne l'évitera qu'en retirant l'ouvrage de la vente.
pour m'indiquer quelle sera l'oeuvre de ce monsieur que je lirai prochainement.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
troglodyte
Main aguerrie


Messages: 374
Inscription le: 26/05/2007
Age: 39
Localisation: Strasbourg

MessageSujet: Re: Barbey d'Aurevilly (1808-1889)   Dim 10 Juin 2007 - 18:46

. . Il ne me reste plus que deux nouvelles à lire des Diaboliques, et je suis séduit. L'auteur parvient à me captiver avec des histoires reposant sur peu de faits. Il a un goût pour les détails, les ambiances, les éclairages, qui est enchanteur. Il prend son temps pour décrire une courte scène, mentionnant chaque petit geste, chaque regard. Il aime aussi beaucoup les comparaisons animales, reptiliennes surtout, donnant par là saveur et mordant à sa plume.
. . Il a également une propension à personnifier les sentiments : "Tout à coup, j'eus froid dans les nerfs, et par je ne sais quelle évocation foudroyante et involontaire, un souvenir me saisit avec l'invincible brutalité de ces idées qui fécondent monstrueusement la pensée révoltée, en la violant." A le lire on évolue donc dans une sorte d'étrange bestiaire : bestiaire des gens et bestiaire des sentiments. C'est une visite dans une serre assez étouffante, moite, au crépuscule.
. . Et parfois, quittant le champ du roman de gare Balzaco-Baudelairien, il nous lance même de charmantes formules : "[...] les êtres heureux sont graves. Ils portent en eux attentivement leur coeur, comme un verre plein, que le moindre mouvement peut faire déborder ou briser."
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
troglodyte
Main aguerrie


Messages: 374
Inscription le: 26/05/2007
Age: 39
Localisation: Strasbourg

MessageSujet: Re: Barbey d'Aurevilly (1808-1889)   Mar 12 Juin 2007 - 7:00

Onyxo a écrit:
Et puis, d'ailleurs, que m'importait?... J'aurais passé toute ma vie sans songer seulement à regarder dans cette calme et insolente fille, à l'air si déplacé d'Infante...
Un peu avant le narrateur nous parle ainsi de cette jeune femme : Mais cet air... qui la séparait, non pas seulement de ses parents, mais de tous les autres, dont elle semblait n'avoir ni les passions, ni les sentiments, vous clouait... de surprise, sur place... L'Infante à l'épagneul, de Velasquez, pourrait, si vous la connaissez, vous donner une idée de cet air-là, [...]



C'est peut-être de ce tableau dont il est question...
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Le Baron
Posteur en quête


Messages: 75
Inscription le: 25/02/2008
Age: 28
Localisation: Italie

MessageSujet: Re: Barbey d'Aurevilly (1808-1889)   Dim 2 Mar 2008 - 12:51

Je viens de finir "Un pretre marié" du meme auteur.

Un livre que j'ai beaucoup aimé,l'histoire d'un homme(Jean Gourgue dit Sombreval) qui après etre devenu pretre,perd soudainement la foi à la suite de son approche au monde de la science,qui l'entrainera vers une plongée dans l'atheisme et l'alchimie.
Il consacre sa vie a élever sa fille(la mère se meurt lors de la mise au monde de la petite)tout en cherchant à la tenir à l'ecart de toute influence religeuse.
La fille(Calixte) est marquée par une santé très faible avec des crises soudaines et profondes.
Initiée en cachette à la religion par son educateur(pretre lui-meme),entre,toujours sans le dire à son père,dans l'ordre des Carmelites,et prend comme but celui de reconvertir son père.
L'histoire est une tension extreme entre les 2 ames,celles atheiste et celle chrétienne),de 2 personnages qui vivent l'un pour l'autre et, parmi une folie qui est à tous acteurs de ce drame.
Celle-ci est le fil qui m'a les plus épris,cette contrappositions qui mette en evidence tous les défauts et la cloture de la pensée chrétienne,mais aussi la vision de la science comme pratique diabolique et dévoyée.
Dans certaines de ses parties on peut bien voir l'empreinte de Barbey et de son style vraiment d'autrefois,et le ton général sur la meme longueur d'onde.
On a comme l'impréssion que les dialogues soient joué comme dans un théatre!
Beaucoup d'ésclamations,des "O...",des "Ah!",le roman est parcoru d'une veine sombre et tragique qui marque la destinée des protagoniste jusqu'à la fin.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Arabella
Zen littéraire


Messages: 4182
Inscription le: 02/12/2007
Age: 47
Localisation: Paris

MessageSujet: Re: Barbey d'Aurevilly (1808-1889)   Dim 2 Mar 2008 - 20:58

Très intéressante lecture Le Baron. Moi aussi j'ai trouvé cette opposition entre la croyance religieuse de la fille et la croyance dans la science du père essentielle dans le livre, c'est en fait l'opposition entre deux fanatismes, qui comme tout fanatisme n'admettent pas une autre croyance, il s'agit de détruire la croyance contraire, et les gens qui la professent. Convertir l'autre à ses idées, c'est le dominer et d'une certaine façon l'annihler

C'est sans doute l'un de livres le plus mélodramatique de Barbey, avec une écriture très paroxysmatique, d'autres de ses écrits sont peut être moins extremes, mais personnellement le côté un peu énorme ne me gêne pas, j'aime assez le baroque dans l'écriture.

_________________
Si la raison dominait sur la terre, il ne s'y passerait rien. (Fontenelle)
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Le Baron
Posteur en quête


Messages: 75
Inscription le: 25/02/2008
Age: 28
Localisation: Italie

MessageSujet: Re: Barbey d'Aurevilly (1808-1889)   Lun 3 Mar 2008 - 13:07

arabella a écrit:


C'est sans doute l'un de livres le plus mélodramatique de Barbey, avec une écriture très paroxysmatique, d'autres de ses écrits sont peut être moins extremes, mais personnellement le côté un peu énorme ne me gêne pas, j'aime assez le baroque dans l'écriture.


Tout à fait!Il y a un certain grandeur dans son écriture qui peint très bien les sentiments qui mouvent les personnages de l'histoire.
A la fin on vit aussi que l'on est pret à mourir pour ses propres idées,il y a une sorte d'incommunicabilité profonde entre Sombreval et Calixte.
Le père est pret àtout pour etre agréable à sa fille,il arrive meme à feindre sa reconversion,mais l'ame et les idée sont quelque chose qu'on ne peut pas changer,et si l'on essaye,l'on risque de se détruire.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 

Barbey d'Aurevilly (1808-1889)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Parfum de livres…parfum d’ailleurs :: Le cœur du forum : Commentons nos lectures en toute liberté… :: Littérature française (par auteur ou fils spécifiques) :: Auteurs nés avant 1915-