La Bête humaine. Emile Zola
Il y a quelques jours j’ai terminé la lecture du dix-septième roman du cycle des Rougon-Macquart, publié en 1890.
Zola avait écrit « Je voudrais, après le Rêve, faire un roman tout autre, d’abord dans le monde réel, puis sans description, sans art visible, sans effort, écrit d’une plume plus courante ; du récit simplement ; et comme sujet un drame violent à donner le cauchemar à tout Paris, quelque chose de pareil à Thérèse Raquin, avec un côté de mystère, l’au-delà, quelque chose qui ait l’air de sortir de la réalité ». Zola accentue l’idée en ajoutant qu’il veut que le roman soit « à la fois très vrai et fantomatique, avec une grandeur et comme une fureur poétique par-dessus. »
Dans le roman où le train est présenté comme le temps qui passe et ne s’arrête point, on le voit aussi comme un symbole de la mort. Il est bien l’emprunte du progrès industriel, pourtant ce progrès ne semble point améliorer les destinées humaines. L’homme nourrit par la folie meurtrière est dépossédé de tout raisonnement logique, ou d’une quelconque éducation. Au dessus de sa volonté, il devient la proie d’une violence qui agit contre sa raison. Zola reprochait en effet à Stendhal de ne pas donner aux éléments physiologiques de l’homme sa part d’intérêt dans ses romans. Hérédité, pulsion, généalogie sont les points principaux par lesquelles Zola trace ses idées.
On remarque quand même, que c’est un naturalisme différent que développe Zola par rapport aux publications précédentes. Il joue avec le mystère, le fantastique ; et peint presque dans la locomotive la Fatalité. Les chemins de fer n’ont plus cette caractéristique de progrès technique, ils évoquent des démons héréditaires et sociaux!
Ce moi, qui est poussé par l’atavisme, qui ne peut combattre son instinct héréditaire, fini par y céder, pour enfin apaiser son envie de voir la mort prendre sa victime. « Jacques s’étonna. Il entendait un reniflement de bête, grognement de sanglier, rugissement de lion ; il se tranquillisa, c’était lui qui soufflait ». Un moi qui n’a pas de valeurs morales, ni de conscience professionnelle, c’est la Bête humaine qui s’éveille chez Jacques Lantier, au près de tout contact sensuel. La sensualité n’est pas un thème nouveau. Les fleurs de mal de Baudelaire, Madame Bovary de Flaubert, avaient déjà ouvert la voie au thème de la sensualité ; mais Zola va plus loin, cette passion devient un rut, la bestialité de l’homme qui réduit son état normal ; il n’est plus maître de ses actions. « Il fixait sur Séverine ses yeux fous, il n’avait plus que le besoin de la jeter morte sur son dos, ainsi qu’une proie qu’on arrache aux autres ».
C’est le roman de l’instinct, de l’animalité, de la convoitise charnelle. Zola fait de son roman un miroir où se réfléchit l’inconscient de l’homme,-la Bête humaine-.
C'était une lecture fabuleuse.
