
Parfum de livres…parfum d’ailleurs
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lekhan Main aguerrie

Messages: 335 Inscription le: 20/08/2007 Age: 20 Localisation: Poitiers-Biarritz
 | Sujet: Emmanuel Bove Mar 11 Sep 2007 - 17:58 | |
| Emmanuel Bove, biographie: | Citation: | 1898 (20 avril) Naissance d'Emmanuel Bobovnikoff (Bove) à Paris, 123, boulevard de Port-Royal. Père russe, sans profession ni revenus définis. Mère luxembourgeoise, domestique. 1905-1910 Scolarisation irrégulière. Etudes à l'Ecole Alsacienne (classe de 9e), rue d'Assas. Dès l'âge de 14 ans, décide qu'il sera romancier. Il n'aura pas d'autre activité régulière, si ce n'est, pour des raisons matérielles, celle de journaliste.
1910-1913 Son père, sans quitter tout à fait sa mère, vit avec une riche Anglaise, Emily Overweg. Emmanuel habite Genève en compagnie du couple et de Victor, son demi-frère. Léon, son frère vit avec leur mère dans une situation précaire. Emmanuel partage épisodiquement leur existence. L'opposition entre ces deux milieux joue un rôle déterminant dans l'oeuvre de Bove. Attachement d'Emmanuel à Emily et influence de celle-ci. Poursuit ses études au lycée Calvin de Genève.
1914 Lorsque la guerre éclate, les revenus d'Emily sont bloqués en Angleterre. Situation difficile pour la famille.
1915 (Mai) Emmanuel est envoyé en pension en Angleterre, où il achève ses études, notamment à l'île de Wight et à Southend on Sea. (Octobre) Mort du père de Bove (tuberculose). Emily s'installe à Menton avec Victor. Situation financière toujours plus difficile, d'autant qu'après la guerre le capital d'Emily aura perdu toute sa valeur. Elle peint, tâche de subvenir aux besoins de la famille en vendant ses tableaux. 1916 (Avril) Retour d'Emmanuel à Paris. Il y occupe divers emplois précaires : conducteur de tramway, garçon de café, manoeuvre chez Renault, chauffeur de taxi, etc. Il ne s'agit pas seulement de subsister mais d'accumuler des expériences qui lui serviront, pense-t-il, pour ses romans. Vit seul et misérablement, à Paris et Marseille. Puis à Versailles, avec sa mère et son frère Léon. Du vivant du père, les ressources étaient déjà très épisodiques. Après sa mort, elles deviennent plus qu'aléatoires. Expulsions fréquentes de la famille des logements qu'elle occupe. 1917 (Mai) Arrestation sous Clemenceau. Un mois de prison à la Santé. Motif : un patronyme douteux et des revenus incertains. 1918 (Avril) Service militaire. Fait ses classes jusqu'en novembre, à Guingamp (Côtes-d'Armor). Affecté ensuite à Troyes. La durée du service était alors de trois ans. Ne participe donc pas à la guerre. C'est durant cette période qu'il rencontre celle qui deviendra sa première femme. 1921
(Avril) Libéré de ses obligations militaires. Rappelé en mai-juin pour l'occupation de la Rhur. Emplois divers : inspecteur dans les assurances, courtier en publicité... (Décembre) Epouse Suzanne Vallois. Enseignante, milieu aisé. Le change favorable incite le couple à aller vivre en Autriche. Installation à Tulln, dans la banlieue viennoise. L'existence s'y révèle moins facile que prévu.
1922 (Mai) Naissance de leur fille Nora. C'est en Autriche que Bove commence ses premiers livres : Mes amis, et certaines nouvelles de Henri Duchemin et ses ombres. A ses débuts, il écrira également de nombreux romans populaires sous le pseudonyme de Jean Vallois. "J'ai commencé par une centaine de milliers de lignes de romans populaires. J'en faisais cent lignes à l'heure, huit cent lignes par jour, c'est-à-dire un volume en dix ou douze jours. Un travail absolument étranger à celui de l'écrivain. C'est comme si j'avais, à cette époque, exercé un autre métier." (Interview à Candide, février 1928.) (Octobre) Bove rentre seul à Paris, habite rue Berthollet.
1923
Retour de sa femme en France. Vivent à Paris, Blaye, Mareuil-en-Brie, Bove achève Mes amis. Débuts dans le journalisme (Service des faits divers au journal Le Quotidien). Envoie au journal Le Matin un premier texte, Nuit de Noël (qui deviendra le Crime d'une nuit). La nouvelle est remarquée par Colette, alors directrice des contes du journal. Elle propose à Bove de le publier dans la collection qu'elle dirige chez Ferenczi. Bove lui apporte Mes amis. 1924
(Février) Naissance de Michel. La sortie de Mes amis est un succès. Article enthousiaste de Sacha Guitry dans Candide et quelques voix au Femina. 1925
Habite La Ferté-sous-Jouarre, puis Paris. Rupture avec sa première femme, dont il divorcera en 1930. Liaison avec Henriette de Swetschine, jusqu'en 1927. Production débordante dans les années qui suivent. 1926-1927
Rilke souhaite connaître l'auteur de Mes amis, le rencontre lors de son dernier séjour à Paris. Bove habite Paris (change fréquemment d'appartement), puis Bécon-les-Bruyères. Ecrit abondamment, entre autres dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés, au Dôme, etc. Jusqu'à la guerre, collabore parallèlement à divers journaux : Le Quotidien, Détective,Le Journal, Paris-Soir, Marianne, Vendredi et Regards (des revues proches du Front populaire). Reportages (notamment les faits divers) et feuilletons. Subvient dans la mesure du possible aux besoins de son premier foyer et à ceux de sa mère et de son frère Léon. L'irrégularité de ses revenus provoque de fréquentes tensions. Parution de son deuxième livre, Armand, ainsi que de Bécon-les-Bruyères et Un soir chez Blutel. Ecriture de la Coalition. 1928-1929
Rencontre Louise Ottensooser, qu'il épousera en 1930. Famille de banquiers, fortunée et mondaine. Bove est alors introduit dans les milieux artistiques. (Novembre) Prix Figuière : "Le romancier Emmanuel Bove remporte,sur 406 concurrents, le prix Figuière de 50 000 francs, l'épreuve la mieux dotée de la littérature." Habite à Paris, Bandol et Sanary. Période la plus féconde de l'écrivain. 1930
Avec Louise en Angleterre. Leur unique enfant y meurt à la naissance. 1931
(Mai) Retour en France. Jusqu'à la guerre, Louise et Emmanuel habiteront Paris, Compiègne (1931-1936) puis le Cap-Ferret (Gironde). Durant toute cette période, on dispose de peu de documents de première main sur la vie de l'auteur. Il semble qu'elle se confonde avec son oeuvre. 1936
Gravement malade (pleurésie). 1937
Mort de la mère de Bove. 1940
(Mars) Mobilisé comme travailleur militaire. Affecté à une fonderie dans le Cher. Démobilisé en juillet. Durant les deux années qui suivent, se réfugie avec sa femme dans la région lyonnaise, puis à Dieulefit (Drôme) et au Cheylard (Ardèche). Ils espèrent gagner Londres via L'Afrique du Nord. En dépit des sollicitations, refuse à cette époque de faire publier ses livres dans la France occupée. 1942
(Mars) Mort d'Émily. Le couple arrive en Afrique du Nord, une semaine avant le débarquement des alliés (8 novembre), et habite Alger pendant deux ans. Bove y écrit ses trois derniers romans (le Piège, Départ dans la nuit, Non-lieu). Contacts avec André Gide, Saint-Exupéry, Max-Pol Fouchet, le peintre Albert Marquet, Philippe Soupault, l'éditeur Edmond Charlot, Jean Gaulmier... Fait partie du Comité National des écrivains. C'est à Alger que l'auteur contracte la maladie qui l'emportera : "Bove menait une vie presque crépusculaire. Quelque fois il portait la main à son visage, non tant pour étouffer une quinte de toux que pour escamoter une grimace provoquée par la douleur. A l'apercevoir dans la rue, toujours pâle et émacié, on avait le sentiment qu'il allait disparaître, que demain il n'allait plus être parmi nous aux réunions de la revue Fontaine, de Renaissance, de l'Arche, des Cahiers antiracistes. Il s'absentait souvent pour des séjours à l'hôpital mais ne parlait pas de son mal." (Enrico Terracini) 1944
(Octobre) Retour en France. 1945
(Mai) Publication de son roman le Piège, suivi en juin de Départ dans la nuit. (13 juillet) Décès à Paris à l'âge de 47 ans, 59 Avenue des Ternes. "Monsieur Emmanuel Bove est décédé ce matin, vers 8 h, de cachexie et défaillance cardiaque faisant suite à une série d'accès palustres suraigus." (Docteur Louis Pictet) Inhumé à Paris, au cimetière Montparnasse, dans le caveau de la famille Ottensooser. Emplacement de la sépulture : 25 ème division israélite, 27 ème ligne Est, no 1 Sud. |
Je n'en dirais pas plus sur le romancier aux héros solitaires errant dans le Paris des années 30.
Le tableau n'en est déjà que trop dévoilé.
Je vous recommande néanmoins chaudement La dernière nuit, édité au Castor astral |
|  | | lekhan Main aguerrie

Messages: 335 Inscription le: 20/08/2007 Age: 20 Localisation: Poitiers-Biarritz
 | Sujet: Re: Emmanuel Bove Dim 16 Sep 2007 - 21:50 | |
| Extraits: | Citation: | Les premières pages du roman Mes amis
Quand je m'éveille, ma bouche est ouverte. Mes dents sont grasses : les brosser le soir serait mieux, mais je n'en ai jamais le courage. Des larmes ont séché aux coins de mes paupières. Mes épaules ne me font plus mal. Des cheveux raides couvrent mon front. De mes doigts écartés je les rejette en arrière. C'est inutile : comme les pages d'un livre neuf, ils se dressent et retombent sur mes yeux. En baissant la tête, je sens que ma barbe a poussé : elle pique mon cou. La nuque chauffée, je reste sur le dos, les yeux ouverts, les draps jusqu'au menton pour que le lit ne se refroidisse pas. Le plafond est taché d'humidité : il est si près du toit. Par endroits, il y a de l'air sous le papier-tenture. Mes meubles ressemblent à ceux des brocanteurs, sur les trottoirs. Le tuyau de mon petit poêle est bandé avec un chiffon, comme un genou. En haut de la fenêtre, un store qui ne peut plus servir pend de travers. En m'allongeant, je sens contre la plante des pieds - un peu comme un danseur de corde - les barreaux verticaux du lit-cage. Les habits, qui pèsent sur mes mollets sont plats, tièdes d'un côté seulement. Les lacets de mes souliers n'ont plus de ferrets. Dès qu'il pleut, la chambre et froide. On croirait que personne n'y a couché. L'eau, qui glisse sur toute la largeur des carreaux, ronge le mastic et forme une flaque, par terre. Lorsque le soleil, tout seul dans le ciel, flamboie, il projette sa lumière dorée au milieu de la pièce. Alors, les mouches tracent sur le plancher mille lignes droites. Chaque matin, ma voisine chante sans paroles en déplaçant les meubles. Sa voix est amortie par le mur. J'ai l'impression de me trouver derrière un phonographe. Souvent, je la croise dans l'escalier. Elle est crémière. A neuf heures, elle vient faire son ménage. Des gouttes de lait tachent le feutre de ses pantoufles. J'aime les femmes en pantoufles : les jambes n'ont pas l'air défendues. En été, on distingue ses tétons et les épaulettes de sa chemise sous le corsage. Je lui ai dit que je l'aimais. Elle a ri, sans doute parce que j'ai mauvaise mine et que je suis pauvre. Elle préfère les hommes qui portent un uniforme. On l'a vue, la main sous le ceinturon blanc d'un garde républicain. Un vieillard occupe une autre chambre. Il est gravement malade : il tousse. Au bout de sa canne, il y a un morceau de caoutchouc. Ses omoplates font deux bosses dans son dos. Une veine en relief court sur sa tempe, entre la peau et l'os. Son veston ne touche plus les hanches : il ballotte comme si les poches étaient vides. Ce pauvre homme gravit les marches une à une, sans lâcher la rampe. Dès que je l'aperçois, j'aspire le plus d'air possible afin de le dépasser sans reprendre haleine. |
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|  | | Marie Zen littéraire

Messages: 6824 Inscription le: 26/02/2007
 | Sujet: Re: Emmanuel Bove Lun 17 Sep 2007 - 4:27 | |
| Nous sommes tous des isolés. A un moment pourtant, nous pouvons cesser de l'être. Savez-vous à quel moment ? "(La Dernière Nuit, 1927) A quel moment, Lekhan? Pris sur le beau site consacré à Emmanuel Bove http://www.emmanuel-bove.net/Et dans le petit carnet de l'auteur de la biographie, Jean Luc Bitton entre autres citations ( de Pessoa, de Juliet) je retiens ceci: " Chacun a ses mots qui l'humilient." E. Bove |
|  | | lekhan Main aguerrie

Messages: 335 Inscription le: 20/08/2007 Age: 20 Localisation: Poitiers-Biarritz
 | Sujet: Re: Emmanuel Bove Lun 17 Sep 2007 - 15:37 | |
| Jean Luc Bitton qui est également le biographe de jacques Rigaut. Je ne l'ai appris que récemment, et j'en étais tout heureux. Quoi que ces premiers écrits sur Rigaut me déplaisent un peu, mais il n'y a la, rien d'objectif. Je crois que la dernière nuit a était publié en 1939 et non en 1927, mais peut être que je me trompe. C'est un livre que j'ai, que j'ai lu et que je vous recommande chaudement. Arnold seul dans Paris, amoureux d'une dame, joue avec le gaz de sa chambre miteuse. Il est pris comme dans un cercle, et se laisse séduire par son jeu, jusqu'au dernier moment il se dit qu'il pourra se lever d'un bond, éteindre le robinet de gaz, mais rien n'y fait il est scotché à son siège, ne peux plus bouger. Que se passe-t-il dans sa tête? A quel moment, je ne me rappelle pas exactement de ce passage, mais vu l'intrigue peut être la mort, je chercherais.
Merci, je n'avais pas mis la source de tout cela :) |
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