Comme il y a toujours des sentiers secrets qui serpentent d´un fil à l´autre du Forum, je vous lisais quand vous faisiez allusion recemment sur le fil de Sylvie Germain à la grande variété de lectures posssibles d´un même ouvrage, de l´importance du lecteur qui donnera finallement corps au récit, et je me souvenais de la manière tordante qu´avait Romain Gary d´aborder ce sujet dans " Pour Sganarelle".
Gary, avec sa verve habituelle, se moquait un peu de ce fameux lecteur qui selon cette théorie "accomplirait" toute oeuvre de Tolstoï ou de Cervantes, durant le simple exercice de sa lecture.
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Ce n´est pas seulement le cuisinier qui fait la soupe, c´est aussi celui qui la mange." dit-il.
En fait, Gary explique que c´est bien avant que commence le rôle du lecteur.
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Le lecteur n´apporte aucune collaboration à l´oeuvre lorsque celle-ci est terminée, pas plus qu´il ne termine la constuction d´une chaise lorsqu´il s´asseoit dessus. Aussi bien dans la construction de la chaise, que dans l´élaboration du roman, il intervient bien avant. L´image de son derrière est déjà dans l´esprit du fabricant lorsqu´il dessine et fabrique la chaise. Il y a , entre le derrière et la chaise, une fraternité profonde, antérieure au moment où les deux se rencontrent. La forme anatomique du derrière étant donnée et respectée, le créateur élabore tout le reste en fonction de son imagination et sans aucun collaborateur."Puis, Gary parle d´une autre arme secrète de l´auteur, fondamentale, celle de la séduction, indispensable dans la tentative de vaincre toute résistance possible de la part du lecteur. Séduction qui servira aussi a endormir ses soupçons, sa possibilité de censure, et ses préjugés.
Il s´agit d´obtenir non sa collaboration, mais son adhésion, sa conversion, presque sa soumission, l´objectif principal étant le ralliement.
Le "jouir" artistique tenant évidemment une place déterminante dans cette séduction, dans cette possession du lecteur par l´oeuvre.
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"L´homme, par le fait d´être homme, est déjà par rapport à l´âne ou au crabe un animal malade- car la conscience est une maladie." Miguel de Unamuno.