Donald WestlakeDonald Edwin
Westlake est né le 12 juillet 1933 à Brooklyn (New-York).
Auteur ô combien prolifique (une centaine de romans à son actif, des nouvelles, des scénarios pour le cinéma),
Westlake peut s'ennorgueillir d'une bilbiographie forcément inégale mais d'où se dégage pas mal de pépites. L'écrivain a aborder divers aspects du polar, qui reste son genre de prédilection même s'il lui est arrivé de tâter d'autres genres comme la SF (
Anarchaos, Smoke) ou le fantastique (
Trop humains) mais avec moins de réussite. Un polar parfois classique mais le plus souvent fortement teinté d'humour (coloré ou bien noir), de dérision, de cynisme même, genre dans lequel il excelle et dont il est le plus fameux représentant.
Si les romans de ses débuts restent d'une facture très classique,
Westlake trouve véritablement sa voie en 1965 avec
Le pigeon d'argile, premier roman à mélanger policier et humour.
L'autre caractéristique de l'écrivain est une imagination débordante. Ses romans, par ailleurs habilement construits, regorgent de scènes farfelues, de situations imprévisibles, le tout sur un rythme le plus souvent soutenu.
Dans la galerie de personnages westlakiens, deux d'entre eux se détachent particulièrement, héros récurrents de plusieurs romans et tous deux cambioleurs de leur état.
John Dortmunder, tout d'abord, dans le registre léger et humoristique, est un voleur astucieux mais malchanceux dont les coups, préparés de main de maître, finissent toujours par déboucher sur des situations rocambolesques imprévues.
Le second, Parker, est le personnage de dur à cuire cynique et sans scrupules des romans noirs signés Tucker Coe. Une sorte de version négative de Dortmunder (j'avoue préféré ce dernier).
Ajoutons que l'écrivain possède un nombre incroyable de pseudonymes : Tucker Coe, Edwin West, Aman Marshal, Richard Stark, Timothy J. Culver, Grace Salacious, Curt Clark, J. Morgan Cunningham, Samuel Holt.
Jean-Patrick Manchette a dit de lui : "Quand l'époque du grand polar classique est passée, et quand cependant on aime le polar et l'on a envie d'en écrire, assurément la solution
Westlake est la plus élégante".
Ma première rencontre avec
Westlake s'est faite avec un roman qui reste un peu atypique dans sa production :
Adios Schéhérazade. On y retrouve bien sûr un humour du meilleur cru mais il ne s'agit pas d'un polar et l'action y est quasiment inexistante. On y suit plutôt les affres d'un écrivain victime du syndrome de la page blanche.
Edwin Topliss, le personnage, écrit des romans pornos depuis des années. Il en a déjà vingt-huit à son actif et se prépare à rédiger le vingt-neuvième avec le même professionalisme indifférent qu'il a mis à écrire les autres. Seulement voilà, la machine bien huilée se grippe. Edwin est à cours d'inspiration, de fantasmes, sans doute à force de saturation.
Si bien qu'au lieu d'écrire son porno du mois, Edwin se met à coucher sur le papier ses pensées, ses souvenirs, ses regrets, le constat lamentable de son existence.
Le roman est drôle, oui, du moins dans les premiers chapitres mais au fur et à mesure que l'on avance dans sa lecture, l'angoisse devient prépondérante et on assiste alors à la descente aux enfers d'un homme qui sombre peu à peu dans la folie. Bref,
Adios Schéhérazade est une oeuvre déconcertante, que l'on aborde de manière primesautière pour ensuite devenir le témoin de la déchéance d'un forcat de la machine à écrire et du fiasco de sa vie personnelle.
En somme, un livre qui vire du rose au noir.
Pierre qui brûle (1970, titré aussi
Pierre qui roule) est le premier roman a mettre en scène le fameux John Dortmunder.
A peine sorti de prison, Dortmunder retrouve son vieil ami et complice Andy Kelp qui le branche sur un coup fabuleux : le vol d'une émeraude exposée temporairement dans un musée. Comme à son habitude, notre héros planifie tout dans le moindre détail, réunit une équipe (de bras cassés il faut le dire !) et le cambriolage réussi...jusqu'à un certain point. En effet, se sentant menacé par la police, un des complices ne trouve rien de mieux que d'avaler la pierre précieuse avant de se faire arrêter et mettre en prison. Dortmunder n'a pas d'autre choix que d'imaginer un nouveau plan pour le faire évader.
Le roman est drôle, trépidant et inventif ; les dialogues savoureux. Bref, avec ce roman,
Westlake a réussi une percée dans le genre et on ne peut s'empêcher de penser qu'encore aujourd'hui, la série des Ocean's lui doit sans doute beaucoup.
Un loup chasse l'autre (1963).
Un des premiers romans de
Westlake, signé sous le pseudonyme de Tucker Coe. L'ambiance n'est pas ici à la rigolade, même si on y trouve une ironie bien mordante.
Un étudiant timide et naïf, Paul Standish, effectue un stage au sein d'un syndicat. Accompagné de son mentor Walter Killy, un vieux de la vieille à qui on ne la fait pas, il se rend dans une petite ville pour rencontrer l'employé d'une manufacture de chaussures qui souhaite créer une antenne locale du syndicat. Mais l'homme est retrouvé assassiné le jour même et le pauvre Paul ne tarde pas à être arrêté par les flics du coin. Interrogé, humilié, rudoyé, l'étudiant binoclard fait connaissances avec toutes les vieilles recettes de la maison Poulaga.
Mais l'agneau, à force d'épreuves, va se montrer plus coriace que prévu. Bien décidé à faire toute la lumière sur cette affaire, il se met à enquêter et ses méthodes se révéleront... plutôt percutantes.
Si l'histoire reste assez classique, dans la tradition du roman noir sans chichis, on y trouve un thème que
Westlake reprendra souvent par la suite : le personnage naïf qui se retrouve hors de son milieu naturel mais se découvre une capacité d'adaptation insoupçonnée. Dans ce cas-ci, la métamorphose de l'agneau en loup est particulièrement jouissive !
Faites-moi confiance(1998) est une vision loufoque et corrosive sur le milieu de la presse people.
Sara Joslyn, journaliste débutante, est engagée par Galaxy Hebdo, une feuille de chou à scandales. Sur le trajet qui l'emmène vers son nouveau poste, elle tombe sur le cadavre d'un homme. Mais cette découverte indiffère complètement les employés de Galaxy, le mort n'ayant pas la chance d'être célèbre.
La jeune femme fait alors connaissance avec les règles de son nouveau job et l'ambiance surréaliste qui règne dans les bureaux de la rédaction, perdant peu à peu ses illusions et ses ambitions de "vraie" journaliste.
Elle ne tardera d'ailleurs pas à devenir un des meilleurs éléments de ce torchon, une opportuniste avide de scoops bien sordides. Mais si la découverte du cadavre n'est plus qu'un lointain souvenir pour elle, ce n'est pas le cas de l'assassin, qui rôde dans les parages.
Un excellent cru westlakien.