L'industrie cinématographique a toujours eu pour habitude d' attirer à
elle comme un phare trompeur les hommes, les femmes et de les recracher
après usage. Ou meme avant...
La fabrique des stars a surtout produit des monstres, des poupées, des névrosés et des désaxés, des mégalos, des ambitieux, des objets sexuels.
Beaucoup de ratés, de désillusionnés qui ne s'en sont jamais remis.
Au mieux, des images. Et pour notre plus grand plaisir, c'est vrai...
Greta Garbo, Louise Brooks, Gene Tierney, Rita Hayworth, Sterling Hayden, Marylin,
Marlon Brando, Montgomery Clift, James Dean et les autres...
Louise Brooks était belle, séduisante, intelligente. Louise Brooks était fascinante, sublime. Unique...
Mais sa vie fut malheureuse et perturbée.
Elle fut très jeune victime d'abus sexuels et elle affirmera plus tard qu'elle
était incapable d'aimer.
Sa carrière cinématographique fut brève et ce n'est qu'après qu'elle y eut
renoncé que la fascination qu'elle exerca sur de nombreuses générations
fut grande et durable.
Il y eut aussi sa célèbre coiffure qui déclancha une mode imitée par toutes
les jeunes femmes qui se voulaient à la mode, et qu'on baptisa flappers.
De tous les acteurs d'Hollywood, Louise Brooks fut sans doute la seule
qui se soit résolument insurgée contre l'idolatrie qui tendait à réduire
une femme -ou un homme- à une image et uniquement cela.
Le personnage de Loulou, mis à l'écran par Pabst et qu'elle incarna magnifiquement est
une tentative pour échapper à ce carcan.
Une tentative seulement.
Un instant fascinée par Hollywood et le cinéma, Louise Brooks ne tarda pas à dénoncer le piège et l'imposture de l'industrie cinématographique.
Trop intelligente. Trop lucide.
Elle y perdit en prestige immédiat, elle y gagna en indépendance.
Retirée à Rochester, la ville de son enfance, elle répondit à un journaliste qui la pressait de questions : Avez vous été heureuse ?
Elle répondit :
"Jeune, j'ai été malheureuse la plupart du temps. Ce que recherchaient
mes amis -gloire, argent, pouvoir- n'étaient pas faits pour me rendre
heureuse...
C'est seulement lorque je me suis établie à Rochester que j'ai trouvé un peu de bonheur.
Loin de tous ceux qui voudraient s'occuper de moi, je peux vivre comme je l'entends et fermer chaque soir ma porte en disant : Dieu merci, je suis
seule."
On pourra regretter qu'elle n'ait pas davantage écrit -sur Hollywood notamment- parcequ'elle possédait un talent d'écriture et un regard sur le monde tout à fait originaux.
Mais Louise Brooks avait une beauté inoubliable et tous les talents sauf
celui d'etre heureuse...
Source bibliographique :
Louise Brooks, portrait d'une anti-star.Sous la direction de Roland Jaccard. Phébus, 1981.Cet ouvrage a l'avantage d'avoir été réalisé du vivant de Louise Brooksqui fournit une partie de l' iconographie superbe, ainsi que des textesécrits par elle.