Cinquième partie
Jorge rentre à Lisbonne avec Luis qui veut s'engager dans la marine marchande, et qui s'est énormement attaché à Jorge. La situation politique se dégrade, le Portugal s'engageant de plus en plus dans la voie d'une dictature militaire, avec des mouvements de manipulation de masses pour donner des apparences d'un soutien populaire à la chose. Jorge se sent de moins en moins à sa place dans sa famille et dans son pays, et se refugie dans la poésie, à sa grande surprise d'ailleurs.
Très belle dernière partie, dans laquelle notre héros prend conscience de lui-même, et de ce qui va sans doute fonder sa vie future. Il juge les opinions politiques de ses parents et plus largement de son milieu social, et nous fait toucher du doigt la violence inhérente à ce type de fonctionnement. Tout cela tout en finesse, sans long discours moralisateurs, mais en nous montrant les petites choses quotidiennes, comme ce jeune garçon cireur de chaussures, dont la vie est parfaitement insupportable, et tellement différente de celle que Jorge et ses semblables ont pu connaître. On sent Jorge revolté et écoeuré, en décallage de plus grand avec son milieu. Et même sa relation aux femmes change, preuve à quelle point elle est était conditionnée culturellement. Alors qu'il lui paraissait parfaitement normale et sain d'aller payer des prostiuées ou d'avoir à sa disposition les bonnes, il commence à porter là aussi un jugement différent, à voir l'aspect sordide de ce type de relations, et aussi de commencer à voir dans les bonnes des personnes qui peuvent aussi avoir des droits.
Et en voyant de près les relations familiales à l'intérieur de sa famille, on comrend à la fois pourquoi l'engagement dans le mariage lui paraissait insupportable, et aussi pourquoi il avait tellement de mal à s'engager dans une relation authentique avec qui que ce soit, préférant se protéger et éviter un véritable échange. Et même s'il arrive plus facilement à reconnaître l'attachement qu'il ressent pour telle ou telle personne (Luis ou Mercedes) on réalise avec lui qu'il sera toujours un solitaire, qui a été en quelque sorte privé dans son jeune âge de la facililté à éprouver des sentiments pour autrui. Mais aussi la poésie sera sa modalité de dire les choses qu'il ne pourra peut être pas dire autrement, et que la sensibilté qu'il refoule pourra trouver là un moyene d'expression.
J'ai été très heureuse de découvrir ce livre complexe et riche, je pense d'ailleurs que c'est un livre qu'il faut sans doute relire pour bien s'en imprégner. Une jolie découverte que je n'aurais pas faites sans le thème, ce qui aurait été dommage.
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Si la raison dominait sur la terre, il ne s'y passerait rien. (Fontenelle)