Alors voilà...
SOUS L’ŒIL D’OEDIPEde Joël Jouanneau
mise en scène : Joël Jouanneau Avec : Jacques Bonnaffé, Mélanie Couillaud, Philippe Demarle, Cécile Garcia-Fogel, Sabrina Kouroughli, Bruno Sermonne, Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, Alexandre Zeff
Sous l’œil d’Œdipe , ce titre est
« une manière de dire que, cherchant des échos d’aujourd’hui dans le mythe antique, je me plaçais sous le regard d’Œdipe et non sous ceux de Sophocle et d’Euripide, ce qui eut été pour moi une trop lourde contrainte. »(J. Jouanneau)
Dans la note d'intention de Sous l'oeil d'Œdipe, Joël Jouanneau écrit que ce spectacle "
est la tentative de retracer, en un même texte et pour un même soir, le destin sanglant des enfants de la maison de Labdacos (...) ; si je me suis lancé dans cette aventure, c'est pour comprendre, mais de l'intérieur, ce qu'est une malédiction."
Ce que Joël Jouanneau définit comme une «
Jocastie moderne », ce n’est pas une adaptation mais une réécriture du mythe, vingt-cinq siècles plus tard.
L’auteur-metteur en scène est parti sur le chemin tracé par Sophocle et Euripidemais il s’est inspiré de la littérature contemporaine et du siècle dernier. Il cite ses références, parmi lesquelles : Pierre Michon, Henri Michaux, Paul Celan, Yeats, Emily Dickinson, Henry Bauchau , Kafka, Hölderlin, Beckett ,Caroline Sagot-Duvauroux, Claude Louis-Combet …Et surtout Ritsos, qui fit entendre la -voix de la dernière survivante du clan, Ismène, dans son long poème
Ismène !
« Mon Œdipe tient à la main L’ Etranger d’Edmond Jabès un des trois livres clés de mon inspiration. Le deuxième est Le Corps du Roi de Pierre Michon et le troisième est L’ Ismène de Ritsos. C’est un magnifique poème d’une trentaine de pages pleines de couleurs et d’odeurs qui raconte la petite enfance des enfants d’Œdipe. »L’auteur pointe ce qui nous parle aujourd’hui encore dans l’histoire du clan des Labdacides. Le pouvoir, la violence, le bouc émissaire, l’exilé …
Mais la version apporte aussi sa nouveauté : dans la pièce de J.Jouanneau l’inceste inconscient entre Œdipe et Jocaste se double visiblement de celui entre Polynice et Antigone, voire d’un autre qui lie Œdipe à Ismène.
La mise en scène est d’une grande sobriété. Le dispositif scénique bi-frontal. La longue scène, entre les gradins, est presque vide. D’un côté un mur qui brille d’une lueur métallique représente le palais de Thèbes. En face, à l'autre extrémité, un mur gris et mat figure le pays de l'exil et de la mort ...

Il est 22 heures lorsque le spectacle commence. Les spectateurs sont installés sur des sièges plus qu’inconfortables et, pendant plus de trois heures, s’éventent avec leur programme dans la chaleur étouffante d’un gymnase de lycée avignonnais. Avant d’entrer, ils ont dû se tenir longtemps debout et immobiles dans une file interminable. Bref ils sont là, au rendez-vous, très nombreux…
La première partie se déroule, largement consacrée à l’ éblouissant Œdipe -Jacques Bonnafé. Puis pause à l’extérieur. La deuxième partie, moins puissante dans l’écriture et le jeu met en scène la lutte fratricide d’ Eteocle et Polynice, les relations passionnelles entre les frères et sœurs.
La pièce de Joël Jouanneau est servie par des comédiens de statures très inégales qui ont fait un gros travail, c’est visible, sur la voix et le corps.
J’ai bien aimé le Tirésias agile et grommelant incarné par Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre.

Et l’ Euménide gracile, aux gestes d’oiseau, interprétée par Mélanie Couillaud .
Mais le jeu des frères et sœurs m’a paru bien faible en comparaison de celui de Jacques Bonnafé.
Ce dernier habite merveilleusement le personnage d’Œdipe. Il lui donne la force de sa voix et l’énergie puissante de son corps.
« Je ne sais pas si je me serais lancé dans l’aventure si Jacques Bonnaffé, à qui j’avais parlé de mon projet et proposé le rôle d’Œdipe, ne m’avait pas dit oui. Pourquoi lui ? Sans doute pour voir ce qui se cache derrière le masque et le rire du clown, mais il est clair que ce oui là a été décisif. Physiquement, vocalement, j’entendais Jacques quand j’écrivais, il était à mes côtés et je lui ai envoyé pratiquement tous mes brouillons. Le personnage est nourri de tous ces échanges, de ce qu’il est sur un plateau comme dans la vie, un poète. » (J. Jouanneau)

Je pourrais émettre plein de réserves, et en discuter si d’autres Parfumés le voient, mais dans l’ensemble ce spectacle m’a tout de même plutôt éblouie.
Diaporama ici!
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"Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie."
(Jean Louis Barrault)