L'ennemi intimede Florent Emilio Siri
avec Benoît Magimel et Albert Dupontel.
Comme chacun sait, la guerre d'Algérie est un sujet délicat et peu adapté au cinéma. A part le R.A.S de Boisset qui fait référence, peu de films ont osé aborder cette guerre qu'on refusait d'appeller comme telle.
L'ennemi intime de Siri comble cette lacune avec un film âpre, spectaculaire et dérangeant, à la manière dont certains réalisateurs américains ont traité la guerre du Vietnam.
Le film montre bien, entre deux embuscades sanglantes et quelques massacres de villageois innocents, les doutes de certains soldats français sur la cause "juste" qu'il sont censés défendre et la constation que, comme dans toutes guerres, justifiées ou non, rien n'est ni tout blanc ni tout noir.
Ajoutons que Benoît Magimel et Albert Dupontel y sont excellents, l'un dans le rôle d'un jeune lieutenant idéaliste fraîchement débarqué sur le terrain qui verra ses belles convictions profondément bouleversées par la réalité, l'autre en sergent déjà bien aguerri mais qui n'en sera pas moins traumatisé.
Bon, voilà pour le commentaire, du genre de ceux que vous trouverez dans toutes les revues de cinoche (à tel point que je me demande si je n'aurais pas pu m'en dispenser mais il faut bien annoncer le sujet)
Maintenant venons-en à mon sentiment personnel : les films de guerre contemporains commencent vraiment à m'ennuyer et celui-ci m'a permis d'en prendre pleinement conscience.
Le problème, c'est que
L'ennemi intime ressemble à la plupart des films de guerre "réalistes" que j'ai pu voir ces dernières années. Mêmes ingrédients, mêmes situations, mêmes atrocités (qui à force, c'est triste à dire, ne vous émeuvent même plus ou à peine), même personnages typés.
A savoir, dans le détail :
- le soldat idéaliste et encore plein d'humanité dont le baptème du feu transformera à tout jamais et, par opposition, le vieux briscard (Dupontel) qui considère les choses de manière plus pragmatique.
- les soldats crapahutant en silence dans un environnement hostile avant qu'une balle ennemie ne vienne fauché un des leurs et la panique qui s'ensuit.
- les considérations "philosophiques" entre deux canardages du genre "qu'est-ce qu'on fout ici ?" et "putain de guerre !"
- les scènes de torture de rigueur pour faire parler le paysan/le berger sois-disant en cheville avec l'ennemi.
- les erreurs et la culpabilité qui va avec.
- LA scène dont le spectateur se souviendra (dans ce cas-ci, des soldats bombardés au napalm dont les corps carbonisés ressembent à ceux des habitants de Pompéï)
- les soldats qui occupent leur temps de repos à déconner, picoler et écrire à leur petite amie.
- le sergent aguerri qui pête les plombs parce que, vraiment, trop c'est trop.
etc... etc...
Bref, il n'y a pas une seule scène dans ce film qui n'ait été déjà vue ailleurs - en particulier dans le cinéma US - et parfois en mieux. Faut-il malgré tout faire mine de l'ignorer sous prétexte qu'il s'agit d'un film français ? J'utilise mon joker, d'autant que je suis belge.
Et qu'on n'aie l'élégance de ne pas me dire, à l'instar d'Alain Delon envers Philippe Geluck : "oh, toi le belge, ta gueule !"
