Loin du Paradis (
Far from Heaven)
Réalisé par : Todd Haynes
Acteurs : Julianne Moore (Cathy Whitaker),
Dennis Quaid (Frank Whitaker), Dennis Haysbert (Raymond Deagan), Patricia Clarkson (Eleanor Fine), Viola Davis (Sybil)
Voilà un couple modèle dans un cadre idyllique. Des enfants très (trop) sages, un mari très (trop) gentleman, un bonheur (forcément trop ) sur mesure.
Cathy semble flotter avec grâce et volupté dans cet univers aux couleurs acidulées assorties à ses bibis et ses tenues. Un peu irréelle elle accomplit ses taches de femme au foyer avec une constance et un dévouement extrêmes . Admirée, enviée surement, surtout lorsqu'elle est élue par la gazette locale pour représenter cette image d'épinale, preuve même que tout est conforme et rassurant. Tout parait bien lisse .
Lorsqu'elle récupère son mari un peu éméché au poste de police du quartier, elle préfère y voir une erreur et jette le PV. Et lorsque ses amies se livrent à des confidences sur leur intimité conjugale et la fréquence de leurs rapports, elle ne parait pas plus concernée. Nous sommes dans le monde des apparences ...
Tout n'est pas si net lorsquel'on en sort. Cathy est bien trop compatissante avec son jardinier noir et plus grave, son mari traîne un peu trop au bar (celui des messieurs) L'édifice s'écroule subitement un soir où elle le rejoint au bureau et le surprend embrassant un autre homme . Atterrée, désemparée elle tente de maintenir le standing et incite son mari à consulter un psychiatre. Car " la chose" peut-être "soignée " pensent-ils...
J'ai bien aimé ce parti pris esthétique de
Todd Haynes exagérant les tonalités chatoyantes, acidulées de l'univers conte de fée des Whitaker, pour ensuite sombrer dans un bleu acier plus dur lorsqu'elle pénètre dans l'autre partie de son monde: au bureau, chez le psy ou face à ses voisins médisants. De même, les voix manifestement sirupeuses et doucâtres du début (en vf notamment) s'accomodent bien à sa vie dorée.
Peu à peu tout change. Cathy (superbe
Juliann Moore ) va prendre son vrai visage de femme tourmentée, fragile et avide d'amour. Son visage serein (quasi evanescent) va laisser transparaître la quête, l'incompréhension, le désarroi , bien plus riches, mais tout aussi contenus dans son regard.
Car elle ne peut aimer un noir. La société l'interdit qu'elle soit blanche ou noire d'ailleurs. On est surpris de voir l'effet produit à cette époque par un couple mixte dans une cafétéria quelconque, moins des ragots qui en découlent. Idem lorsque la petite fille de Raymond (le jardinier) est prise à partie par ses camarades de classe, blancs eux .
.
Dennis Quaid est également parfait dans son rôle. Tout aussi désespéré, et presque effrayé par ses attirances qu'il n'arrive pas à contrôler, l'homosexualité étant considérée dans ces temps (pas si lointains) comme une maladie par la morale protestante. Chacun est pris au piège de ses pulsions, mais peine à les vivre car rien n'est prévu pour eux en dehors de leurs cadres.
J'ai vu qu'il est fait référence aux films de
Douglas Sirk, que je ne connais pas bien. Mais j'imagine que l'envers du décor était plus suggéré qu'ici.
Ce qui est sûr c'est que j'ai beaucoup aimé ce voyage au coeur de cette société aseptisée qui lutte pour maintenir ses codes et qui paraît à la fois lointaine mais pas tant... qui reflète en fait toutes les luttes encore réelles de l'individu face à chaque société quelqu'elle soit s'il n'est pas en adéquation avec l'image qu'il doit donner.
:heart: Un beau film tout en nuances que j'ai pu voir sur Arte lundi (grâce à Babelle

) et que je vous recommande en DVD ...
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Après tout, la meilleure façon de parler de ce quel'on aime est d'en parler légèrement.
Albert Camus