Merci pour cet article fort intéressant, mais comme c'est un sujet qui me tient à coeur et que j'ai lu certaines choses qui m'ont fait
bondir je ne peux m'empêcher de réagir!
Si Nolte est à lire "avec prudence", certaines affirmations dans cet article sont aussi à considérer "avec prudence". Edouard Husson semble réfuter Nolte lorsque ce dernier affirme que le fascisme est une réponse au communisme et même que le fascisme n'aurait pas vu le jour sans le communisme. Autrement dit, pour Husson, il semble ne pas y avoir de lien entre les deux (du moins, d'un point de vue historique, l'un n'entraînant pas nécessairement l'autre). Déjà, là je ne suis pas du tout d'accord. Certes, réduire le fascisme (et plus particulièrement le nazisme) à une simple réponse au communisme est un peu simplet, mais faire le contraire et considérer que le fascisme est en parfaite continuité avec la droite réactionnaire des XVIII et XIXème siècles est totalement absurde. Le lien que fait Nolte entre "lutte des classes/lutte des races" n'est pas aussi choquant qu'il y paraît. En effet, la lutte des classes est une réponse au problème posé par le libéralisme, la seconde en est aussi une et il fort aisé de precevoir (dans sa formulation au moins) un apport déterminant des thèses marxistes. De même, la conscience des masses que semble avoir le fascisme est fort semblable à cette du marxisme. Que l'un se soit construit sur l'autre est plus qu'évident. Je dirais même que l'évidence saute aux yeux lorsqu'on sait que Mussolini était au départ socialiste et qu'Hitler a eu une période d'accointances avec les mouvements communistes de l'Allemangne de l'immédiat après-guerre.
Concevoir le fascisme comme un mouvement indépendant du marxisme, c'est ne pas comprendre en quoi ce mouvement d'extrême droite opère une ruture fondamentale avec la droite traditionnelle.
La droite traditionnelle est royaliste, religieuse et désire revenir à l'ancien système (corporation, stratification explicite de la société, etc.), le fascisme reprend certains points, mais pas tous. De plus, la divergence des mouvements fascistes ne permet de les réduire à un seul modèle. D'une manière générale, le fascisme est religieux (chrétien), et et cherche à instaurer une dictature monarchique (dirigée par un seul homme -ici pris dans son sens masculin-), il refuse l'égalité entre les êtres humains et désire donc instorer une société stratifiée, tout comme la droite réactionnaire. Les divergences apparaîssent à partir de là. Si les fascistes veulent une société stratifiée, ils ne la veulent pas sur le mode des classes mais du peuple, de l'identité nationale. Les nazis, par exemple, poussent cette vision jusqu'à la division de l'espèce humaine en "race" (l'idée est loins d'être neuve cependant) et ils reprennent les idées de la droite réactionnaire en fondant l'appartenance aux différentes strates de la sociétés sur base du sang. La division de la société reposant sur la nationalité (ou la race) et non les classes, le fascisme refuse (en théorie, car dans la pratique ce fut beaucoup moins évident) la prise du pouvoir par une classe (ouvriers, religieux, bourgeoisie, etc.). Un noble allemand n'aura pas plus de droit qu'un ouvrier allemand, ils auront par contre tous deux bien plus d'avantage qu'un slave ou un juif. En théorie, le fascisme reconnaît l'égalité au sein de l'entité nationale (raciale), de plus, à l'instar du communisme, le fascisme tend à une égalité homme/femme. Cette égalité est cependant toute relative. Hitler considère par exemple qu'une femme allemande a autant de droits qu'un homme allemand mais que les deux doivent être séparés dans leurs tâches. Il y a des fonctions réservées aux hommes, d'autres aux femmes. Dans l'ancien régime, la femme n'a aucun droit. Cette différence est, comme je l'ai dit plus haut, toute relative puisqu'elle s'exprime avant tout dans les textes car en laissant la femme prisonnière de certaines fonctions privilégiées (qui sont toujours les mêmes: enfants, tâches ménagères) en refusant tout accès au pouvoir ou aux fonctions politiques (et donc aux fonctions "dirigeantes"), les femmes sont d'office en position de faiblesse et d'inégalité flagrante. Cependant, si cette égalité prônée par certains mouvements fascistes est creuse, sa formulation est tout à fait inédite (pour l'extrême droite du moins).
Comme je l'ai pointé plus haut, une des différence fondamentale entre fascisme et droite réactionnaire réside en la reconnaissance des masses comme acteur de la société. Pour un fasciste, c'est le peuple qui amène son chef au pouvoir, pour un monarchiste, c'est le sang et Dieu qui confère ses droits au monarque. Le fascisme rejette donc tout pouvoir fondé sur les liens du sang (en pratique, cela ne s'est à ma connaissance en effet jamais produit, mais il faut souligner qu'aucun mouvement fasciste n'a survécu à la mort ou au retrait de son leader).
Bref, je peux continuer encore très longtemps, mais ce que je voulais dire pour l'essentiel, c'est que le fascisme, s'il n'est pas dénué de tout lien avec la vieille droite réactionnaire conservatrice, ne peut être compris sans le communisme. J'irai même plus loin en affirmant que sans le communisme, jamais le fascisme n'aurait vu le jour. Cependant, et là je rejoints Husson, c'est précisément parce que le fascisme reste (malgré tout) l'héritier des mouvements réactionnaires que tous ses aspects ne peuvent être compris dnas l'unique comparaison avec le communisme. De plus, il est intéressant de souligner que lors de la nuit des longs couteaux, Hitler se sera arrangé pour éliminer, entre autres, le gros des branches "marxisantes" du NSDAP (mais aussi les monarchistes, ce qui tend encore une fois à relativiser toute comparaison du fascisme à un autre mouvement).
D'une manière générale, je considère, comme Nolte, que la comparaison et la critique des deux systèmes (communiste et fasciste) a été mise à mal par la guerre froide et la victoire du communisme à l'est qui a tendu (et tend toujours) à faire voir le communisme comme "moins dangereux" que le fascisme, mais je ne le conçois pas de la même façon que lui. Si l'un et l'autre se touchent sur certains points, la comparaison des deux n'épuise pas le problème.
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nieks