1/Les nostalgiques du
petit trot
Je viens de retourner chez
Milan Kundera par la petite porte, avec ce bel ouvrage chez Gallimard intitulé
La Lenteur et que je croyais être un roman.
Mais le roman n’est qu’un prétexte à un essai sans prétention sur la mise en parallèle (prisée par tant d’autres petits ou grands auteurs et penseurs), de la vie d’avant avec celle d’aujourd’hui.
Un aujourd’hui qui va trop vite, habitués que nous sommes à l’exaltation de la vitesse sur la route, à celle d’accomplir les tâches rapidement comme pour nous en débarrasser…
Car le chauffard en toute liberté ne prend plus le temps de lorgner vers le ciel, il est trop occupé à regarder la route.
Car l’amoureux transi et sa comtesse de *** (-"
j'avais vingt ans, et j'étais ingénu" –
Point de lendemain de
Vivant Denon) se passe aujourd’hui des préliminaires qu’offrait la sortie de l’opéra en carrosse (
au petit trop) pour faire len te ment et côte à côte la route vers le château.
Trop vite, et sans préliminaire, vous dis-je ! Et nous le savons bien !
Nous les libertins de ce début de siècle qui démarrons dès notre lever sur le comptoir du bar de
Parfum de livres… parfum d’ailleurs grâce aux liens vers des musiques métalliques animalement offertes par des pandas virtuels.
On y crache nos noyaux d’olives, on y rafraîchit nos parts de fantasme dans des frigos en ligne (directe ou différée), on y fait le résumé de nos ballades en bato entre Carla et Sarko, on se dit très rapidement de quoi on a peur, ce qu’on a lu, ce qu’on a bien aimé mal aimé, ce qui nous a déçu, de Minsk au Luxembourg…
On vit une époque étrange, où même les bienveillantes institutrices durant leurs étés ne trouvent plus le temps de lire sous le cerisier ; courant elles aussi de ci de là, soucieuses de réduire notre masse plastique sociétale pas si recyclable que ça, pour dégoter des pichets afin d’y verser une simple mais mémoriale eau de robinet.
Mais dans La Lenteur de Kundera, il n’y a pas que la nostalgie libertine et malicieuse du 18è siècle (celle-ci n’est qu’un clin d’oeil) pour nous faire regretter le temps où l’éjaculation précoce était moindre.
Il y a le portrait de nos brillantes vedettes politiques à la fois de gauche et de droite, qui se mettent en scène devant la caméra portant les sacs de riz sur le dos vers les petits enfants affamés du Tiers monde.
Ils sont les danseurs évoluant sur des scènes où le monde se créer des guerres à voir en direct à l’heure du repas, ils sont ivres de se donner à voir dans la souffrance des autres, de se faire filmer en défenseurs, pourfendeurs, arbitres, sauveurs hélicoportés avec l’assurance d’être dare dare rapatriés si ça tourne mal.
Loin du siècle des Lumières où naissait enfin le goût de la reflexion, nos cervelles aussi ont été tiermondialisées.