Il n’est pas toujours de bon goût que les romanciers s’inspirent des faits divers.
L’ «
Affaire » reprise par Besson, Mazarine et son
Cimetière des poupées prévu pour le mois d‘août...
Lorsque les faits sont particulièrement frais, à peine sortis des colonnes d’une presse parfois malsaine, les auteurs passent devant les tribunaux : ainsi de Thierry Jonquet au moment de la publication de
Moloch chez Gallimard en 1998.
Pour les familles, le récit fictionnel peut constituer une atteinte à la dignité ou à la vie privée, même si les noms des protagonistes ont été modifiés ainsi que le lieu d’un drame. La loi statut et je trouve ça très normal.
Il existe aussi parfois, et les éditeurs en font commerce, certaines complaisances pour des individus pas forcément sympathiques, à voir exprimer au grand jour une version qui leur conviendrait ; d’autres écrivent eux-mêmes…
- Mais, à travers l’actualité plus générale, il y a un autre champ d’investigation qu’il me semble intéressant et souhaitable de développer, notamment à travers le roman noir contemporain, lorsqu’il permet de mettre à jour des faits dont les médias (pas toujours libérés des pouvoirs institutionnels) en leurs temps ou immédiatement n’osent pas révéler les dessous.
Je pense à ce très beau roman à présent incontournable de Didier Daeninckx :
"
Meurtres pour mémoire", par lequel l'auteur évoqua au grand public la manifestation de dizaines de milliers d’Algériens du 17 octobre 1961 à Paris, et la sanglante répression policière qui suivit :
| Citation: |
| " Au petit matin, il ne restait plus sur les boulevards que des milliers de chaussures, d’objets, de débris divers qui témoignaient de la violence des affrontements." |
Un évènement qui, pour l’histoire officielle immédiate, ne comptabilisait alors selon la préfecture que trois décès…
Tout le long de ma scolarité, aucune page d’histoire de nos manuels, ni aucun enseignant n’abordait ce sujet. Si les évènements n’étaient pas évoqués dans les familles, les jeunes étaient condamnés à ignorer ce qui se passait dans leur pays. Combien d’années aura-t-il fallu pour que Meurtre pour mémoire soit enfin étudié en classe ?