
Alison Bechdel
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FUN HOMEJ'en entends parler depuis plus d'un an de cette bd, devenue un classique, surtout il est vrai pour les homos. Mais pas que. Parce que quand même ça parle avant tout de la famille, de la place qu'on y a, des mensonges qui la fondent, des non dits qui en bouffent les racines. Et de cet équilibre paradoxal entre l'obligatoire émancipation et l'acceptation de son appartenance à ce cocon pourrissant.
Chronique familiale écrite et dessinée par une jeune femme qui revient sur son passé. Sur les petits drames de la vie quotidienne, sur les mensonges inhérents à toute famille, leurs conséquences, leurs points inconscients sur les enfants. Une plume incisive, drôle, un humour grinçant, acide et un esprit d'analyse pour chercher à comprendre qui est qui, et quelle est sa place au sein de la famille et dans la vie.
C'est une bd très littéraire, avec beaucoup de textes, et une réelle force d'écriture. Bechdel a grandi au milieu des livres, ils l'ont accompagné et l'ont aidé à se construire une relation aux autres (surtout avec son père) et à elle-même (par la littérature, elle met des mots sur ses désirs sexuels, comprend son homosexualité).
Ses descriptions de tous ses tocs compulsifs naissants, apparaissants à cette période troublante et déstabilisante de l'adolescence sont à la fois drôles, émouvantes et tragiques. Là où s'extériorise le mal être il y a toujours une part distanciée et humoristique. Une sorte d'auto-parodie de soi pour dédramatiser le mal.
Des dessins au trait fin, qui pourraient ressembler à ces dessins gribouillés dans les marges, mais avec un certain souci du détail sur quelques éléments qui posent une ambiance réaliste. Les expressions du visage, le positionnement des corps, et la texture, le tombé des vêtements sont dessinés avec soin et en quelques traits, tout est presque déjà dit.
Savoureux.
Des images :

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des citations :
| Citation: |
"Parfois, quand tout allait bien, je crois que mon père aimait vraiment avoir une famille. Du moins, la touche d'authenticité que nous apportions à son tableau. Une nature morte avec enfants."
"Sa honte habitait notre maison, aussi invisible et envahissante que le musc aromatique du viel acajou."
"Il était vraiment là toutes ces années, une présence de chair et de sang décollant le papier peint, déterrant les cornouillers, polissant les fleurons, dégageant une odeur de sciure, de sueur et d'eau de toilette. Pourtant j'avais mal comme s'il était déjà parti."
"En racontant à mon amie ce qui s'était passé (mort du père, renversé par un camion), je pleurai tout à fait sincèrement pendant environ deux minutes. Ce fut tout."
"Joan était poétesse et "pro-matriarcat". Je passai très peu de ce qui restait du semestre hors de son lit. Le tout entrelacvé de livres, en une sorte de fusion pour moi inédite entre le mot et la chose."
"Les livres vierges de Gatsby et ceux usés de mon père signifient la même chose - qu'on a préféré la fiction à la réalité."
"l'expression "quelle horreur" a un côté un peu facétieux qui me rappelle Wilde. Elle englobe l'horreur réelle - la puberté, la disgrâce publique - pour l'esquiver d'un rire à la dernière seconde." |
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Shielded from unexpected fury
Frightened survivor in my world too shy to see
Softly I spoke, softly I'm dying
Crushed by your power, by my wilingness to bleed