J’ai beaucoup aimé tous les avis que vous avez donnés sur Yasmina Khadra. Les extraits, les commentaires…vous en dites beaucoup de choses, et j’ai adoré.
Concernant son pseudonyme Yasmina Khadra, c’est le nom de sa femme. Dans un article de journal de la presse algérienne, on parle d’un pseudonyme utilisé par crainte des crimes du terrorisme. Qui ne connaît pas la décennie noire qu’a vécu l’Algérie de 1990 jusqu’à l’an 2000, dont beaucoup d’intellectuels en furent les victimes du premier plan : journalistes, écrivains, chanteurs, magistrats, comédiens…etc. L’écrivain avait commencé par publier des textes en langue arabe signés par son véritable nom : Mohamed Moulessehoul (officier dans l’armée algérienne, il a participé à la guerre contre le terrorisme). En suite il passa à la langue française avec ce pseudonyme en guise de nom, et une nouvelle carrière qui s’annonce, c’est l’écriture qui s’est forgée après des années de combat à la vue du sang, des malheurs du peuple algérien à l’époque, et de l’horreur qui avait régné dans toutes les régions. A la question « Pourquoi le français ? » Yasmina Khadra répond : « Je n’ai pas choisi. Je voulais écrire. En russe, en chinois, en arabe. Mais écrire ! Au départ, j’écrivais en Arabe. Mon prof d’arabe m’a bafoué, alors que mon prof de français m’a encouragé ». Moi je pense plutôt qu’il avait fait ce choix parce qu’il savait que son pays dans les temps difficiles qu’il vivait dès lors n’allait pas l’apercevoir, alors que Yasmina Khadra voulait une véritable carrière d’écrivain !
Si je réponds à ce fil, c’est surtout pour parler d’un livre, qu’apparemment vous n’avez guère lu ! Ou peut-être que je n’ai pas bien remarqué. « A quoi rêvent les loups », Editions Julliard, 1999. la décennie noire qu’a vécue l’Algérie se trouve révéler dans toutes ses lignes dans ce livre. Il est surprenant par son vocabulaire choquants parfois, mais objectif, la révélation de l’impact des faits politiques et historiques. Ce n’est plus l’écriture d’un écrivain, mais le témoignage d’un officier militaire, qui a tout vu, et qui en a la gorge pleine, il faut qu’il raconte !
Je présente l’histoire ;
Récit d’un terroriste, qui au moment même où la police assiégeait un immeuble de la banlieue d’Alger dans lequel il se trouvait avec ses compagnons, tués l’un après l’autre, prenant conscience qu’il vivait ses derniers moments ; défile dans sa mémoire les instants de sa vie, le chemin qui l’a amené jusqu’ici, qui a fait de lui un terroriste.
Nafa Walid, était un jeune homme beau, séduisant, qui rêvait de gloire, et de célébrité. Son but était d’être comédien ; mais comment peut-on devenir acteur, n’ayant aucune fortune, ni un niveau d’étude important ? Obligé de subvenir aux besoins de sa famille, et afin de gagner sa vie, il devient chauffeur chez les Raja –riche famille prospère à Alger-.
Il découvrira l’argent facile, l’aisance, tout en étant dénudé au fil du temps de sa dignité, de son amour propre, de ses principes, de sa personne elle-même. Il accepte quand même de se plier aux outrances, n’ayant pas trop le choix.
Cependant les choses prennent un autre tournant, quand Nafa Walid assiste au meurtre d’une jeune fille morte par overdose. Il observa avec une âme effarée comment on tabassa son visage, puis on enterra le cops gisant dans une forêt au milieu de nulle part.
N’en pouvant supporter d’avantage, il s’enferme chez lui, anéanti par l’atrocité de la scène dont il fut témoin, hanté par le démon de la victime.
Son seul refuge fut la mosquée, son imam était un terroriste. Lavage de cerveau, une lente descente aux enfers commence pour ce jeune algérien dont l’âme était faible. Il est une proie facile pour les terroristes, qui influent notamment sur les exclus de la société, ceux qui étaient pauvres et mis en quarantaine. Ravagé par une haine atroce qui l’excédait, il se transforme en combattant, perdant toute conscience humaine. Tuant, égorgeant, massacrant sans aucune pitié ni reproche, même les bébés ne furent pas épargnés, il légitimait chaque acte meurtrier.
Ce qui est terriblement vrai dans l’histoire, c’est que c’est vrai ! La fiction disparaît derrière la part d’histoire relatait avec une vigueur expressive remarquable. Khadra lance un cri, il montre que ces mis en quarantaines sont ceux qui se retournent contre la société. Il passera beaucoup de temps pour que ce livre soit enfin compris