La maison des feuilles (Mark Z. Danielewski)Ce roman s'est beaucoup fait remarquer à sa sortie pour sa forme particulière : disposition du texte bizarre, typographies diverses, notes de bas de pages très longues, pages ne comportant qu'une phrase, dessins, photos, le tout constituant un ouvrage à l'apparence aussi labyrinthique que son (ses) histoire(s).
Mais au-delà de ce qui se présente comme une sorte de "livre-gadget" le roman propose néanmoins une histoire centrale (le
Navidson Record) racontée avec un réel talent pour susciter l'angoisse (et je dois dire, sans vouloir crâner, que les romans qui parviennent vraiment à me faire flipper sont rares). Avec
La maison des feuilles, Danielewski donne tout son sens au mot Inconnu (Lovecraft aurait dit Indicible) et chacun sait que rien n'est plus effrayant qu'une menace abstraite qui laisse toute la place à l'imagination. On ne peut donc pas, selon moi, accuser l'auteur de simple esbrouffe.
L'histoire en quelques mots : un homme (Navidson) constate un jour que sa maison semble plus grande à l'intérieur qu'à l'extérieur. Peu de temps après, une ouverture de la taille d'une porte aux parois d'un noir d'encre apparaît dans un des murs de la salle de séjour. Cette ouverture est le seuil d'une incroyable structure plongée dans une obscurité totale, hors de l'espace et du temps ou située dans une autre dimension, un labyrinthe de couloirs et de salles de dimensions cyclopéennes (Lovecraft encore...) dont la configuration se modifie (!) sans prévenir et de manière apparemment aléatoire.
Le récit décrit alors, sous forme de rapports, plusieurs expéditions (dont l'une menée avec des spéléologues professionnels) qui vont tenter de comprendre la nature de cette construction au-delà de toute conception humaine. Mais circuler dans ce dédale (qui laisse parfois entendre cris et grognements inidentifiables), avec pour toute présence rassurante une lampe torche et un équipement de survie, a de quoi perturber les hommes les plus endurcis, pouvant même les mener jusqu'à la folie.
Il y a un peu de
Projet Blair Witch dans cet étonnant roman (mais à une échelle bien supérieure) et bien sûr, comme je l'ai déjà cité deux fois, Lovecraft et ses horreurs cosmiques (je pense en particulier aux
Montagnes Hallucinées).
L'autre aspect intéressant de l'ouvrage est la manière que son auteur a de donner une sorte de légitimité à sa fiction, en faisant en sorte de lui donner les apparences d'événements ayant réellement eu lieu, et ce grâce à l'utilisation de documents annexes, d'interviews de certains des protagonistes, de la mention de certains enregistrements vidéo (dont le
Navidson Record) dont le texte n'en serait que la transcription.
Ce qui permet à l'ouvrage d'avoir un pouvoir immersif certain sur le lecteur.