Le pays des maréesSi près de Calcutta, et si loin des paillettes de Bollywood : le pays des marées, lieu de rencontre du fleuve et des bras de mer.
La nature y est omniprésente, imposant sa loi aux hommes ; parfois généreuse, et si souvent hostile.
Avec ses paysages changeants aux grée des marées, quand l'eau recouvre quasiment toute la terre et que le sel s'infiltre en elle, rendant le sol infertile.
Ses tempêtes qui hantent les souvenirs et imprègnent de leur marque les éphémères constructions humaines.
Et sa jungle impénétrable, dans laquelle rode l'insaisissable tigre mangeur d'hommes, celui dont on ne prononce jamais le nom. Celui dont on dit que celui qui l'aperçoit est déjà mort. Celui qui, aidé par le redoutable crocodile du fleuve, fait tant de veuves dans le pays des marées.
Pourtant, ceux qui sont nés là n'imaginent pas vivre ailleurs qu'ici, entre mangrove et jungle, sous la protection de Bon Bibi.
Kanai, citoyen moderne ayant réussi à New Delhi, retourne sur l'île de Lusibari qu'il n'a pas revue depuis son enfance. Sa tante l'a instamment prié de revenir, ayant par hasard retrouvé de mystérieux écrits légués à Kanai vingt ans auparavant par son défunt mari. Il n'imagine pas alors que la plume de son oncle et celle de Rilke lui donnent rendez-vous avec son passé, avec l'histoire du pays des marées, et que ce voyage de quelques jours entrepris à contrecoeur va se révéler bien plus riche qu'il ne l'aurait cru.
A lusibari, Piya l'américaine va débarquer ; elle est là pour étudier les derniers dauphins du fleuve, les mystérieuses orcelles. Son destin va rencontrer celui de Kanai, celui des habitants de Lusibari et celui de Fokir, l'insaisissable pêcheur qui connaît les moindres méandres du fleuve comme s'il en était le fils.
Décrire l'intrigue ôterait une grande partie du plaisir, aussi je n'en dirai pas plus. Au fil du récit, passé et présent vont s'entremêler, éclairant d'un jour nouveau le destin de ces êtres réunis de façon improbable dans cette nature indomptable.
Si j'ai été intéressée dès le départ, je n'ai réellement été happée qu'au bout de 150 pages d'un texte qui en compte près de 500. Certes, le style n'est pas exceptionnel, mais si comme pour moi la magie opère, vous vous apercevrez du réel talent de conteur d'Amitav Ghosh, capable de vous tenir en haleine sur plusieurs pages avec le récit de gestes et sentiments simples en apparence.
Au fur et à mesure que le puzzle se construit et que les histoires s'entremêlent, le charme opère de plus en plus ; grâce à la plume évocatrice de l'auteur, vous visualisez vraiment cet envoûtant pays des marées. Et vous sortez de ce livre bien plus marqué(e) que les premières pages ne vous l'auraient laissé penser.
Une jolie découverte !