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 Gao Xingjian [Chine]

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The Valuk
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MessageSujet: Re: Gao Xingjian [Chine]   Dim 11 Jan 2009 - 22:01

La montagne de l'âme:

Je suis enfin venu à bout de ce pavé. Quel régal! Je l'ai trouvé difficile d'accès mais passionnant. La difficulté vient de deux éléments qui font l'essence du livre: le premier est la narration très particulière qui m'avait déjà interloqué dans Le livre d'un homme seul, raconté à travers l'emploi de "il" et de "tu". Ici un troisième pronom entre en jeu: le "je" (justement). Il m'a été très difficile dans ce roman de trouver une ligne directrice entre ces trois "narrateurs", d'autant plus que le "elle" entre en jeu à travers les rencontres féminines du narrateur (et il y en a!). Du coup, ayant été "habitué" à l'emploi du "il" dans le passé et du "tu" dans le présent, dans Le livre d'un homme seul, j'ai eu du mal à discerner temporellement les "tu", "je", "il"... L'auteur les met parfois en relation, jouant sur les mots, en prétendant que le "tu" est l'ombre ou le reflet du "je" et que le "il" est la même personne mise à distance... Bref, je n'ai pas les talents pour rendre ici toute la subtilité de la chose, et mieux vaut le découvrir dans le roman. Mais ayant fini le livre, j'ai encore du mal et discerner clairement ces trois pronoms. Cela dit c'est loin d'être un défaut, c'est une sorte d'effet de style très bien rendu qui ouvre la porte au deuxième grand élément du livre: son aspect "patchwork".
En effet, comme le souligne un chapitre vers la fin du roman, on n'est pas vraiment ici en présence d'un "roman traditionnel" avec une trame bien déterminée. C'est plutôt une suite de réflexions, de petites histoires folkoriques et populaires, de légendes, d'esquisses historiques retraçant les désastres de la révolution culturelle... Tout cela pour aboutir à quoi? Il serait dommage de le dire, mieux vaut laisser aux lecteurs la découverte, mais globalement, il y a bien le vide dans ces plus de 600 pages. Un vide noble et non inepte. Le vide même de l'existence. L'angoisse originelle.

Je voudrais finir en citant un passage qui pourrait bien représenter ce que laisse entrevoir le livre:
Citation:
Il dit que c'est plutôt un roman oriental.
- En Orient, on trouve encore moins vos procédés bizarres: réunir des récits de voyages, recueilli des bribes d'histoires et de notes au fil du pinceau, mélanger de la théorie à l'essai; on n'invente pas comme ça des fables qui ne ressemblent guère à des fables, on ne recopie pas quelques chants ou romances populaires avec en plus quelques histoires de fantômes créées de bric et de broc, qui n'ont rien à voir avec des mythes pour réunir le tout et l'appeler finalement "roman"!


C'est tellement ça mais beaucoup mieux encore! aime

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Ki no Tsurayuki
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eXPie
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MessageSujet: Re: Gao Xingjian [Chine]   Dim 11 Jan 2009 - 22:57

Dire que ça fait des années que j'ai La Montagne de l'Âme dans ma bibli...

Ta bonne critique, The Valuk, a fait remonter ce roman vers le haut de la pile... il nage maintenant dans l'Ecume de la Pile.

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kenavo
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MessageSujet: Re: Gao Xingjian [Chine]   Dim 11 Jan 2009 - 22:59

eXPie a écrit:
Dire que ça fait des années que j'ai La Montagne de l'Âme dans ma bibli...

Ta bonne critique, The Valuk, a fait remonter ce roman vers le haut de la pile... il nage maintenant dans l'Ecume de la Pile.
tout à fait la même chose chez moi.. mais je crains qu'il ne va pas sortir sitôt de ma PAL.. mais ton commentaire est vraiment très tentant The Valuk, merci... Very Happy

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The Valuk
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MessageSujet: Re: Gao Xingjian [Chine]   Jeu 12 Mar 2009 - 22:26

Une canne à pêche pour mon grand père

Ce recueil de nouvelles m'a laissé sur ma faim. Je trouve l'auteur meilleur dans ses deux épais romans. Disons qu'il pourrait être bon, et il l'est dans certaines nouvelles, je trouve. Mais c'est loin d'être la règle dans toutes. Les sujets traités sont prétextes à la contemplation, la nostalgie, ce genre de choses.
Dans une nouvelle on parle d'une petite lune de miel de jeunes mariés dans la campagne, dans une autre du "processus" d'un accident de la route, ailleurs d'un homme et d'une femme qui se remémorent leur jeunesse et éprouvent des regrets... Dans le titre éponyme, il s'agit d'un jeune homme qui foule les sentiers de son pays natal, complètement transformé, et faisant d'interminables rêveries teintées de nostalgie.
La dernière nouvelle: Instantanés, m'a déçu car elle est écrite de manière étrange. Non pas que l'étrangeté me rebute mais il s'agit là d'une sorte de récit "haïku" (je précise que j'adore les haïkus) dans le sens où des paragraphes de texte interviennent les uns à la suite des autres pour décrire des événements qui, à mes yeux, n'avaient ni queue ni tête.

Bref, pas un mauvais recueil, loin de là, mais un recueil décevant connaissant l'auteur, prix nobel de littérature... jypeurien

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Arabella
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MessageSujet: Re: Gao Xingjian [Chine]   Sam 3 Oct 2009 - 16:28

La montagne de l’âme



J’ai achevé ce livre et j’ai attendu un petit peu pour essayer de décanter mon ressenti. Certains ont déjà parlé de ce « roman », donc un homme, un écrivain, en délicatesse avec les autorités, qui a du mal à être publié, qui voyage, en partie pour fuir ses ennuis, en partie pour aller à la découverte de son pays et de ses traditions en train de disparaître, et aussi pour atteindre cette mystérieuse Montagne de l’âme, qui n’apparaît pas vraiment sur les cartes et qui semble presque impossible à découvrir. Le texte est composé de courts chapitres, dans presque chacun d’entre eux nous passons à un autre moment du voyage, la narration oscille, le personnage qui voyage est tantôt je, tantôt il, avec visiblement de forts liens entre le je et le il, il y a aussi elle qui revient, une elle dont on ne sait pas si elle est la même ou une autre, de même pour le il. Nous découvrons au passage des paysages, des bouts d’histoire des pays traversés, des minorités, des légendes, et des événements ou des souvenirs de l’histoire personnelle du narrateur.

Assurément un beau livre complexe et riche. Mais j’ai tout de même quelques réserves (il faut bien soutenir ma réputation). J’ai trouvé par moment le procédé narratif, l’oscillation entre le je et le il, les différents avatars de elle, un peu artificiel, trop pensés et pas organiquement nécessaires.
Je vous donne un extrait du chapitre dans lequel l’auteur explique sa démarche :

Citation:
Tu sais que je ne fais rien de plus que me parler à moi-même pour distraire ma solitude. Tu sais que ma solitude est sans remède, personne ne peut me soulager, je ne peux avoir recours qu’à moi comme partenaire de mes discussions.
Dans ce long monologue, « tu » est l’objet de mon récit, en fait c’est un moi qui m’écoute attentivement, « tu » n’est que l’ombre de moi.
Pendant que j’écoutais attentivement mon propre « tu », je t’ai fait créer « elle», parce que tu es comme moi, tu ne peux supporter la solitude, tu dois aussi trouver quelqu’un à qui parler.
Tu as donc eu recours à « elle » de la même manière que j’ai eu recours à « tu ».
« Elle dérive de « tu » et, en retour, confirme mon moi.
« Tu », le partenaire de mes dialogues, tu as converti mon expérience et mon imagination en relations entre « tu » et « elle », sans que l’on puisse distinguer ce qui ressortit de l’imagination ou de l’expérience.


Je trouve ces explications un petit peu lourdes et inutiles, mais bon, ce n’est qu’une petite partie du livre. J’ai aussi été un peu gênée par les personnages féminins, qui n’existent vraiment qu’en fonction du personnage masculin, qui n’ont en quelque sorte aucune consistance en dehors de son besoin à lui, besoin très superficiel, et essentiellement physique. La symbolique de la « Montagne de l’âme » m’a aussi parue un peu simpliste.

Mais néanmoins, il y a des vraies merveilles dans ce livre. J’ai été très sensible à la façon dont l’auteur met en parallèle la destruction des vestiges historiques, par exemple dans la construction d’un barrage, la destruction d’objets ou de pratiques ancestrales, une sorte de rupture de l’histoire, de la mémoire collective, la fin d’une culture, dont on efface les traces avec violence, et les ruptures dans les histories de vie individuelles, au cours en particulier de la Révolution Culturelle. Le narrateur recherche ainsi l’hospice dans lequel est morte sa grand-mère, dont il a été séparé, et dont il ne lui reste que les souvenirs de la petite enfance. Et il est presque impossible de renouer les fils, pas de tombe, pas de cendres, le nettoyage par le vide. Comme pour ces vieux chants paysans, qui ont été interdits, et dont on a détruit méthodiquement les traces écrites. Et les vieillards qui s’en souviennent, meurent. Une coupure brutale s’opère dans l’histoire d’un pays et aussi dans les histoires de chacun ; ce qui précédait, est comme dissout, avec quelques vagues traces. Et les jeunes n’ont plus à quoi se raccrocher, et donc s’engouffrent dans les nouveaux modèles.

Le voyage que fait le narrateur est donc un voyage à la recherche de la mémoire de civilisations en train de disparaître, et aussi de ses souvenirs à lui, les plus profonds. Et les deux se répondent et font sens ensemble. C’est souvent émouvant, sensible. D’autant plus que le narrateur est un fin observateur, qui sait s’effacer derrière les gens qu’il rencontre, les paysages, les contextes. Et on sait que l’on ne pourra sans doute plus refaire ce voyage, car le monde décrit disparaît de plus en plus, il n’en restera bientôt plus grand-chose.

Citation:
Tu te souviens que tu as habité à l’étage d’un petit bâtiment isolé devant lequel s’étendait un terrain jonché de décombres. Tu ignores si c’étaient les restes d’un incendie ou d’un bombardement. Entre les murs en ruine, poussait du millet, et parfois, sous les tuiles et les briques cassées, se faufilaient des grillons. L’un deux, particulièrement malin, nommé le Noiraud, produisait un son strident quand il agitait ses ailes d’un noir brillant. Un autre, appelé le Jaunet, était de grande taille, bagarreur, avec des ailes parfaitement distinctes. Tu as passé des heures merveilleuses sur cette esplanade couverte de gravats.


Et puis, nous apprenons à quel point les pandas sauvages sont des animaux dangereux. Amis qui fréquentez ce forum, méfiez-vous.

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Wittgen
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MessageSujet: Re: Gao Xingjian [Chine]   Lun 5 Oct 2009 - 9:56

Merci pour ces belles remarques sur ce livre.

J'avais pour ma part été très troublé par l'utilisation de la seconde personne du singulier.
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coline
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MessageSujet: Re: Gao Xingjian [Chine]   Lun 5 Oct 2009 - 10:13

Arabella a écrit:
La montagne de l’âme



Le voyage que fait le narrateur est donc un voyage à la recherche de la mémoire de civilisations en train de disparaître, et aussi de ses souvenirs à lui, les plus profonds. Et les deux se répondent et font sens ensemble. C’est souvent émouvant, sensible. D’autant plus que le narrateur est un fin observateur, qui sait s’effacer derrière les gens qu’il rencontre, les paysages, les contextes. Et on sait que l’on ne pourra sans doute plus refaire ce voyage, car le monde décrit disparaît de plus en plus, il n’en restera bientôt plus grand-chose.



J'ai ce livre dans ma PAL depuis longtemps...Comme quelques autres qui lui tiennent compagnie, je sais qu'il contient une belle promesse de lecture , je le garde comme un trésor en réserve... content

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"Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie."
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Arabella
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MessageSujet: Re: Gao Xingjian [Chine]   Lun 5 Oct 2009 - 16:07

Wittgen a écrit:

J'avais pour ma part été très troublé par l'utilisation de la seconde personne du singulier.


C'est troublant au début, mais en ce qui me concerne je m'y suis habitué assez rapidement. Je trouve néanmoins que les chapitres avec "je" sont les plus réussis.
coline a écrit:


J'ai ce livre dans ma PAL depuis longtemps...Comme quelques autres qui lui tiennent compagnie, je sais qu'il contient une belle promesse de lecture , je le garde comme un trésor en réserve... content


Je pense Coline que c'est un livre que tu devrais apprécier. Mais connaissant la lecture attentive que tu accorde aux livres, il te prendra un temps certain, non seulement à cause de la longueur, mais pour relire certains passages.

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Gao Xingjian [Chine]

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