Parfum de livres…parfum d’ailleurs

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 Hwang Sok-yong [Corée]

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Lafreizh
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Lun 27 Avr 2009 - 18:35

Hwang Sok-yong a les honneurs du "Monde" du 25 avril, en page trois! Voici le premier des deux articles de Philippe Pons, envoyé spécial de Séoul.

Un nobélisable mise sur Internet

"S'il est un pays au monde où le fossé d'incompréhension entre générations pourrait être plus important qu'ailleurs, c'est bien la Corée du Sud. En moins d'une génération, le pays a connu une expansion économique spectaculaire, qui l'a vu passer de l'extrême pauvreté, dans les années 1960, à la situation de membre de l'OCDE, et, depuis une vingtaine d'années, des dictatures militaires à la démocratie. Pourtant, avec son dernier roman, L'Etoile du berger, paru à l'été 2008, Hwang Sok-yong (66 ans) est en train de faire mentir cette idée reçue.
Hanag Sok-yong a traversé un demi-siècle de l'histoire de la Corée. Il a lutté pour la démocratie, il a été emprisonné pour ses idées. Ses romans (...) ont pour toile de fond les déchirements d'un pays divisé (La Route de Sampo, Monsieur Han), sa participation à la guerre du Vietnam aux côtés des Américains (L'Ombre des armes), la dissidence et la répression (Le Vieux Jardin). Toute une génération, qui a grandi à l'heure de la partition de la Corée peut se reconnaître en lui. Pourtant, les lecteurs de son dernier roman (non traduit) sont en majorité des jeunes de 20 à 30 ans.
Le livre infirme une autre idée reçue, qui veut que le Net tue l'écrit. Car Hwang Sok-yong a d'abord publié son texte en feuilleton sur son blog entre février et juillet 2008 : il a été lu et commenté par près de 2 millions de lecteurs. Publié sous la forme d'un livre à la fin de l'été, il s'est vendu à 500 000 exemplaires. Ce succès a incité d'autres écrivains de renom à faire de même.
La littérature en ligne n'est pas une singularité sud-coréenne. Mais en raison de la diffusion du Net dans la population, elle connaît un essor spectaculaire, avec des portails spécialisés dans la littérature. Ces romans ne sont le plus souvent qu'"une sorte de parodie désespérée de la réalité" s'inquiète le critique Kim Chie-su dans la Nouvelle revue française, dont les livraisons d'avril et de juin 2008 rassemblent des textes inédits d'écrivains contemporains.
La célébrité d'Hwang Sok-yong, dont le nom a circulé pour le prix Nobel de littérature, a assurément joué pour le succès de ce roman en ligne. Mais ce qui a sans doute séduit le jeune lectorat, c'est l'attitude du romancier. Hwang Sok-yong est allé vers eux, il leur a raconté sa vie lorsqu'il était adolescent. Une époque, au lendemain de la guerre de Corée (1950-1953), certes bien différente. Mais beaucoup se sont identifiés au parcours erratique, aux quêtes, à la rébellion, aux vagabondages, aux émois et aux bonheurs instantanés du lycéen en rupture de ban qu'a été Hwang Sok-yong.
"La société a changé, mais je ne pense pas qu'il y ait incompréhension entre les générations," dit-il. "Le livre que j'avais commencé à écrire était destiné à être publié de manière classique. J'y racontais mon adolescence, et en même temps, j'avais le sentiment que je ne connaissais pas ceux qui aujourd'hui ont l'âge que j'avais alors. Mon entreprise me semblait vaine ou simplement narcissique. J'ai failli arrêter. Puis j'ai décidé de communiquer avec ces jeunes en publiant mon roman en feuilleton sur le Net. Et au fur et à mesure que j'écrivais, je recevais des messages, des commentaires et des questions de lecteurs dont les deux tiers étaient ces jeunes."
Les romans d'Hwang Sok-yong sont ancrés dans l'histoire contemporaine. Jusqu'à présent, ils avaient pour toile de fond l'époque de son engagement politique, qui commença très jeune, comme son travail d'écriture : il avait un peu plus de 20 ans. L'Etoile du berger est en revanche un roman d'apprentissage.
La toile de fond sociopolitique est estompée : le romancier se concentre sur les troubles intérieurs d'un homme, Jun, envoyé comme soldat au Vietnam, qui se souvient de son passé. Un retour sur soi qui sera aussi pour Jun l'occasion d'entrevoir ses fragilités et ses désillusions.
Le Vieux Jardin était un récit de l'âge adulte, de l'engagement, de la prison, de l'utopie, mais aussi de la mélancolie et du regret d'un bonheur perdu, sacrifié. L'Etoile du berger se situe en amont : peut-être est-ce pour cela qu'il parle autant à la jeune génération née dans l'abondance et la démocratie, ignorante des luttes de ses aînés. "Peut-être. Je n'y avais pas pensé en l'écrivant", dit Hwang Sok-yong. "Certes cette génération n'est pas engagée, mais elle n'est pas pour autant dépolitisée. Elle se détache - et on peut la comprendre -, de la politique telle que la pratiquent les partis, déphasés par rapport à la société. Elle est sombre derrière son insouciance. Elle a des élans, mais elle est inquiète sans être pour autant passive. Quand j'achevais mon roman, au cours de l'été 2008, des centaines de milliers de personnes, et notamment des adolescents manifestaient, portant des bougies à travers les grandes villes de Corée. La protestation contre l'importation du boeuf américain avait été le déclencheur d'un mouvement beaucoup plus vaste, qui sonnait comme un désaveu du gouvernement Lee Myung-bak. La jeune génération s'exprime à sa manière. Elle est plus individualiste en ce qu'elle croit moins au mouvement collectif, et elle se demande ce que la société fait pour elle. Je ne renie pas l'action collective, mais je pense que la liberté individuelle, les petites libertés de chacun, sont au moins aussi importantes. Sinon, on sombre dans le fascisme qui immole l'individu au nom du collectif."
Traduire mot à mot le titre du roman d'Hwang Sok-yong par L'Etoile du berger, faute de mieux, est approximatif et trompeur par sa connotation chrétienne. La référence à cette "étoile brillante" parle en fait au tréfonds du coeur des Coréens. C'est l'étoile que l'on voit au crépuscule. "Celle qui accompagne la quête d'un gîte du jeune vagabond que j'étais", dit le romancier. Elle appelle aussi l'image de ce moment où le chien attend son écuelle, où le mendiant vient quémander les restes du repas...
Le roman d'apprentissage est un genre peu développé en Corée. Hwang Sok-yong lui donne ses lettres de noblesse. Il soulève, comme il le dit, "le couvercle d'un pan " de sa vie, celui de l'adolescent rebelle vulnérable qu'il fut. Comme beaucoup. Coréens ou non. Hier comme aujourd'hui."

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kenavo
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Lun 27 Avr 2009 - 18:54

Merci pour le rappel Lafreizh Wink
J'ai toujours son livre Le vieux jardin à la maison.. et la lecture est 'en cours'.. malheureusement je n'ai pas le calme pour l'instant de terminer un tel pavé - mais cela avance Very Happy

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Lafreizh
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Mer 29 Avr 2009 - 18:12

kenavo a écrit:
J'ai toujours son livre Le vieux jardin à la maison.. et la lecture est 'en cours'.. malheureusement je n'ai pas le calme pour l'instant de terminer un tel pavé - mais cela avance Very Happy


C'est vrai qu'il faut un peu de calme pour le lire, mais on est vite emporté. Tous mes encouragements, Kenavo ! bravo

Voici le 2ème et dernier article que Philippe Pons consacre à Hwang Sok-yong dans "Le Monde" du 25 avril :

Le grand dessein d'Hwang Sok-yong : la paix avec la Corée du Nord

Dans son dernier roman, Hwang Sok-yong se dégage toujours plus de la "littérature de la division" qui a marqué sa génération. Il n'en renonce pas pour autant à la grande aspiration des Coréens : la réunification du pays, coupé en deux depuis 1953. Il croit aux relations que tissent les individus, au dialogue, aussi difficile soit-il, plus qu'aux manoeuvres politiques. C'était pour amorcer un tel dialogue qu'il se rendit à Pyongyang, capitale de la Corée du Nord, en août 1990, afin de participer au premier festival littéraire transnational, violant ainsi la loi sud-coréenne sur la sécurité nationale. Il dut alors vivre en exil, à Berlin et à New-York avant de revenir à Séoul en 1993. Condamné à 7 ans de prison pour ce voyage interdit, il ne sera libéré qu'en 1998, avec l'arrivée au pouvoir du président Kim Dae-jung.
Aujourd'hui, Hwang Sok-yong travaille à un grand dessein : mettre sur pied un train de la paix, qui irait de Paris à Séoul en passant par Oulan-Bator et Pyongyang à l'occasion du soixantième anniversaire du déclenchement de la guerre de Corée (juin 1950). Il a associé à son entreprise le grand romancier nord-coréen Hong Sok-jung - couronné en 2004, en Corée du Sud, par le prestigieux prix littéraire Manhae -, et deux Prix Nobel de littérature : le Français Jean-Marie Le Clézio et le Turc Orhan Pamuk.
"Ce train qui traverserait le continent de l'Europe à l'Extrême-Orient serait à la fois le symbole de la fin de la guerre froide et du rapprochement entre les deux Corées après plus d'un demi-siècle d'hostilité", explique le romancier. "Il serait aussi l'occasion de jeter les bases d'une union altaïque réunissant l'Asie centrale, la Mongolie et la péninsule coréenne."
Le projet, qui a été transmis aux gouvernements concernés, sera financé uniquement avec des fonds privés, poursuit Hwang Sok-yong. "Au-delà de la Corée elle-même, la tension dans la péninsule est un facteur de déstabilisation de toute la région. Historiquement, l'Asie orientale n'a jamais été en paix tant que la péninsule a été le jouet des puissances étrangères."

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tom léo
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MessageSujet: Re: Hwang Sok-yong [Corée]   Lun 19 Oct 2009 - 12:20

Entre-temps j`ai lu donc deux livres de Hwang Sok-Yong et j`ai bien aime. On a parle ici deja de "Monsieur Han", entre autre:

eXPie a écrit:
Pas mal, Monsieur Han. Mais après l'introduction qui parle de passages de ce livre qui constituent des sommets de la prose coréenne, j'ai eu une légère déception.
Je n'ai pas senti, dans la traduction (mais est-ce traduisible ?) un tel niveau dans l'histoire de la littérature, des passages aussi inoubliables qu'il l'était précisé.


Passant quelques semaines en Coree, je me demande souvent sur les possibilites de comprendre la LECTURE des autres, surtout du peuple dont emane un texte. Sans vouloir trop dire de ce texte precis, il me semble que le passage en question de ce livre est bien l`adieu pour ainsi dire definitif entre membres d`une famille a la suite des mouvements de populations durant la guerre de Coree.

Est-ce qu`en Europe on est assez conscient que cette division continue a marquer des familles jusqu`a aujourd`hui? Qu`on empeche qu`une femme voit son mari, des enfants leurs parents? Si de temps en temps des reunions sont prevues maintenant dans un cadre tres stricte et limite, des fois alors 55 ans apres les evenements, on assiste a des scenes dechirantes... CECI EST ACTUEL pour beaucoup de Coreens, donc un texte evoquant les origines de la rupture est fortement marquant ici.


Puis j`ai lu donc: L`invité

L’invité, c’est d’abord Ryo Yosop, un pasteur coréen exilé aux Etas-Unis, amené à passer quelques jours en Corée du Nord pour y retrouver des membres de sa famille. Mais l’invité, c’est aussi un fléau terrible, importé en Corée par l’Occident : aussi bien la variole… que les idéologies, porteuses de destruction et de mort.

Dans une forme littéraire audacieuse, inspirée d’un rite chaman destiné à consoler les âmes des défunts, Hwang Sok-yong revisite la période cruciale qui a précédé le déclenchement de la guerre de Corée. Les voix des vivants et des morts, victimes ou bourreaux, s’entremêlent – plaidant pour une réconciliation à travers le temps. Un récit halluciné, au caractère magique.
(copie chez Amazon.fr)

La partie la plus prenante est sans doute la visite du pasteur en Coree du Nord et des retours en arriere vers ce qui s`est passe bien AVANT la guerre de Coree (1950-53) dans le Nord. L`auteur elabore ce que nous voulons souvent ignorer: C`etait bien une guerre fratricide en commencant au coeur meme des donnees de la Coree du Nord et de son passe d`avant l`occupation sovietique. Meme si les troupes etrangeres se sont au courant de la guerre de Coree engagees, il y avaient deja des tensions dans le Nord entre anciens riches proprietaires (majoritairement chretiens) et ouvriers simples, aussi ravis de trouver dans l`ideologie marxiste un trampolin pour prendre revanche sur leur maitres d`autrefois etc.

C`est un chapitre que j`ignorais. Il est beau quel chemin sera propose par l`auteur pour sortir des cercles vicieux des haines non-pacifiees...
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Hwang Sok-yong [Corée]

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