Kamouraska , célèbre par un fait divers, un crime passionnel qui a eu lieu en 1839 en cette ville du bas du fleuve.
Kamouraska, c’est une femme et sa conscience qui vit avec la torture de ses pensées, tout ce subconscient qui ne nous lâche jamais et, au contraire, nous retrouve au moment de faiblesses. Haaa, le subconscient qui continue à nous juger, à appliquer la sentence alors que l’on a mit notre vie à trouver les circonstances atténuantes, les excuses platement couchées, le cœur et le corps que l’on a griffé de nos mains pour cette incompréhension du monde, de ce pardon qu’on nous refuse hautainement ; bref, tout ce qui nous paraît clair mais qui reste obscurcit, salit par l’honneur (l’idée de l’honneur) des autres.
« […] L’honneur, quel idéal à avoir devant soi, lorsqu’on a perdu l’amour. L’honneur. La belle idée fixe à faire miroiter sous son nez. La carotte du petit âne. La pitance parfaite au bout d’une branche. Et le petit âne affamé avance, avance tout le jour. Toute sa vie. Au-delà de ses forces. Quelle duperie ! Mais ça fait marcher, toute une vie. J’adore marcher dans les rues, l’idée que je me fais de ma vertu à deux pas devant moi. Ne quittant cette idée de l’œil, un seul instant. Une surveillance de garde-chiourme. L’idée, toujours l’idée. L’ostensoir dans la procession. Et moi qui emboîte le pas derrière, comme une dinde. C’est cela une honnête femme : une dinde qui marche, fascinée par l’idée qu’elle se fait de son honneur. Rêver, m’échapper, perdre de vue l’idée. Relever mon voile deuil. Regarder tous les hommes, dans la rue. Tous. Un par un. Etre regardée par eux. Fuir la rue du Parloir. Rejoindre mon Amour, à l’autre bout du monde. […] » Voilà le poids avec lequel il faut lire le roman, le poids du regard des autres…..Tout est dit dans cet extrait du tout début du roman.
Elisabeth d’Aulnières est au chevet de son mari mourant ; éreintée, elle va revivre son passé tumultueux en rêve sous l’effet d’un somnifère.
Dès le début du roman, on est confronté à de courtes phrases.
Style haletant comme l’angoisse de cette femme. L’histoire se déroule à nouveau et elle est tout impuissante, ne pouvant crier mot, faire aucun geste. Notre cœur bat au rythme du phrasé de Mme Hébert.
Tout le livre est écrit avec ce rythme-là, on perçoit toutes les images aux contours mal définis, la sueur sur les tempes de cette femme, on aime, on déteste avec elle. Le roman s’achève à son réveil, au bout de 246 pages ; le style ne demandant pas plus long.
Je n’avais encore rien lu d’Anne Hébert mais j’avoue que j’ai été séduite par ce choix, ce rythme qui s’accorde tout à fait avec la situation d’angoisse dans laquelle se trouve Elisabeth. C’est réaliste et humain avec toute la cruauté que cela peut comporter, on est obligé de vibrer avec les phrases entrecoupées couchées sur les pages.
Je vais dès à présent lire « Les fous de bassans ».
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Moi, Jane !