Parfum de livres…parfum d’ailleurs

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 Catherine Mavrikakis

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aériale
Zen littéraire


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MessageSujet: Catherine Mavrikakis   Ven 6 Nov - 11:45



Citation:
Catherine Mavrikakis est née à Chicago en 1961, d'un père grec et d'une mère française, est écrivaine et essayiste. Elle est aussi professeure au département des littératures de langue française de l'Université de Montréal depuis juin 2003. Elle a été professeure à l’Université Concordia de 1993 à 2003. Ses livres précédents ont été publiés au Québec


-Le ciel de Bay City -Editions Wespieser

Soyez prévenus c'est noir de chez noir! Mais c'est un grand roman tout de même...

Citation:
Ta mère me disait d'arrêter de fouiller le passé, de ne rien déterrer du temps. Mais on ne peut déterrer les cendres qui voltigent encore dans le ciel polonais. On ne peut déterrer la poussière humaine qui s'est mêlée à l'air et qui a empoisonné le siècle. Des corps de mes parents, de mes oncles, de mes tantes, nous continuons à respirer les restes, poussés par les grands vents. Nous avalons depuis plus de cinquante ans nos morts, cela nous entre par le nez, les poumons obstrués par la fumée grise et funèbre


Amy est une ado révoltée, une écorchée vive. Elevée dans une famille apparemment typique du Michigan, des immigrants "de la vieille Europe" qui tentent de se fondre dans le paysage, entre une mère tyrannique et une tante bigote, elle n'éprouve que hargne et désespoir ("je n'ai pas eu la chance d'être mort-née comme ma salope de soeur") Le poids du passé l'obsède, ces silences étouffés l'empêchent de s'affranchir, elle se persuade qu'elle doit d'abord s'en débarasser pour enfin construire un futur. Alors elle décide de tout brûler...

Je ne vous révèle que ce qui est dit d'emblée dans la 4ème de couverture et le premier chapître. Mais je crois que c'est ce qui fait aussi la force du livre. Comment une adolescente nourrie aux grains d'une Amérique aseptisée et tournée vers le progrès peut-elle en arriver là?

L'auteure ne nous épargne rien. les fantômes rôdent, les cauchemars et les images d'un bourbier sans limite pullulent dans ce récit illuminé où la ferveur se dispute à l'horreur. Il faut être bien accroché pour tenir sur la longueur, et pourtant on le fait...Parce que malgré les répétitions et l'évocation obsédante de l'enfer des camps, l'écriture de Catherine Mavrikakis est flamboyante, un peu comme ces ciels mauves de Bay city où le noir et le rouge se confondent et s'embrasent. Il y a une puissance indéniable, un style percutant qui ne nous lâche pas, et on finit par être happé dans cet enfer à l'image de l'héroïne.

Roman grinçant, étrange, dense, à la limite de la folie, Le ciel de Bay City est vraiment à part et quelques zones d'ombres restent en suspens. On se demande comment peut-elle survivre à l'incendie, est-ce bien elle l'incendiaire, et bien sûr, comment une fille si perturbée peut-elle piloter des avions! Mais ces questions sont finalement sans importance, on n'est presque plus surpris de voir revivre les morts, et la frontière avec le réel finit par s'estomper complètement.

Et puis derrière la plume alerte, il y a aussi une belle critique sous jacente de cette course au progrès et à la consommation frénétique, paravent illusoire de ce qu'on laisse derrière et qu'on ne peut rattraper.
...Je ne peux que saluer sa force et son talent, à vous de juger

Citation:
J'ai dix huit ans aujourd'hui et plus rien n'a d'importance. La maison de tôle que je regarde un moment avant d'y pénétrer me semble encore plus triste que moi. Elle est un avorton de rêve. Un cauchemar inavoué qui constitue toute la fierté et la joie misérable de la famille. Sa médiocrité ne me trouble pas. Elle semble même fière de ce qu'elle est devenue au cours des années où elle a prospéré à coups de garage, de rallonge, de pièces et de décorations kitsch de toutes sortes. J'ai beaucoup de peine devant ce lieu dérisoire et vaniteux qui a accueilli nos vies étriquées, vaines. J'y vois l'insipide orgueilleuse de ma propre existence.


Citation:
Quand nous avons fini mon cousin me demande si je suis contente. Je ne sais quoi lui dire. Je vois notre vie étalée devant nous, notre vie tape à l'oeil, faite de papiers et de plastique, notre vie captive comme ces ballons gonflés d'espoir qui ne pourront jamais prendre leur envol vers le ciel.


Ce roman a obtenu le Grand prix du livre de Montréal en 2008, le Prix littéraire des collégiens, et le Prix des libraires du Québec en 2009

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kenavo
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MessageSujet: Re: Catherine Mavrikakis   Ven 6 Nov - 12:01

et ben, tu me mets bien dans l'embarras... j'avais noté ce livre lors de sa sortie.. puis remis "à plus tard" après quelques avis négatifs.. mais comme nous deux on se retrouve quand même assez souvent dans les lectures, je sens bien que je vais lui donner une chance
Merci en tout cas pour ce fil.. je re-note Very Happy
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aériale
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MessageSujet: Re: Catherine Mavrikakis   Ven 6 Nov - 12:08

kenavo a écrit:
et ben, tu me mets bien dans l'embarras... j'avais noté ce livre lors de sa sortie.. puis remis "à plus tard" après quelques avis négatifs.. mais comme nous deux on se retrouve quand même assez souvent dans les lectures, je sens bien que je vais lui donner une chance
Merci en tout cas pour ce fil.. je re-note


Difficile de le conseiller...Faut être prévenu c'est tout, car il n'y a pas beaucoup de lumière là dedans. Enfin, si...mais je vous laisse les trouver.
Mais c'est superbement écrit, vraiment!

Il m'a fallu un peu de temps pour décanter car très très lourd...
J'espère que tu seras conquise Kena

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Catherine Mavrikakis

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