Julian Barnes
Julian Barnes, auteur anglais né à Leicester le 19 janvier 1946, est bien connu pour être le plus francophile des écrivains de la "perfide Albion". Rien d'étonnant quand on a des parents tout deux profs de français et que, dès l'âge de 12 ans, on passe ses vacances à sillonner l'Hexagone. Inutile de dire que Julian Barnes parle correctement la langue de Flaubert, auteur à qui il voue une admiration sans bornes.
C'est néanmoins à Londres que l'auteur vit et écrit ses romans au ton souvent ironique, malicieux, et peu complaisant envers ses compatriotes.
England, England est le premier roman que j'ai lu. C'est le sujet qui m'avait surtout attiré : un homme d'affaires un rien excentrique, Jack Pitman, se lance dans le projet farfelu de construire sur une île une sorte de parc d'attractions façon Disneyland, qui rassemblerait tous les symboles prestigieux que compte l'Angletterre après un sondage effectué auprès de vingt-cinq pays. Résultat : la famille royale, Robin des Bois, les taxis londoniens, le snobisme, pour n'en citer que quelques-uns. L'île s'appellera England, England.
Au-delà de cette idée, le roman s'articule autour du personnage de Martha Cochrane dont nous suivons l'enfance liée au traumatisme d'un père disparu, puis en la personne d'une femme d'affaires au tempérament bien trempé, collaboratrice de Jack Pitman sur lequel elle exerce une influence certaine suite à sa découverte des goûts particuliers de son patron en matière de moeurs sexuelles.
Satire délirante où Julian Barnes tire à boulets de canon sur son pays natal, grosse farce qui met à nu les excès et les contradictions du Royaume,
England England n'est sans doute pas le meilleur roman de l'auteur mais il n'en reste pas moins très amusant et caustique.
Arthur et George est, par contre, une belle réussite.
Proche du polar, il met tout d'abord en scène un certain Arthur Conan Doyle, dont nous suivons la biographie au détail près : son enfance bercée par les romans de chevalerie, ses études de médecine, son entrée dans la profession, son mariage, sa liaison "scandaleuse" avec Jean Leckie, sa passion pour le spiritisme et, bien sûr, sa production littéraire. Ceux qui auraient déjà lu une biographie du père de Sherlock Holmes seront en terrain connu. Mais il n'était pas dans l'intention de Barnes d'écrire une biographie de l'auteur.
Le noeud de l'histoire, c'est l'apparition d'un fait divers criminel - bien réel - impliquant un certain George Edalji, un homme d'origine indienne, avoué de son état, qui se heurte au racisme ambiant. Accusé à tort d'être l'auteur d'une série de massacres sur des animaux, Edalji est condamné à trois ans de prison. A sa libération, l'homme, qui porte désormais la marque infâmante du criminel, écrit à Conan Doyle pour lui demander de rouvrir le dossier de l'enquête et ainsi laver son honneur. Doyle, grâce à ses talents de déduction et son expérience des affaires criminels, entame alors sa contre-enquête et parvient à prouver l'innocence de l'avoué, éclairant au passage les méthodes et l'incompétence de la justice de l'époque (et son manque d'impartialité).
Julian Barnes transforme un fait divers en roman à suspense sur fond de xénophobie (un aspect très intéressant du roman), alternant les points de vue de Doyle et d'Edalji, et rendant par la même occasion justice à un Conan Doyle devenu à son tour personnage de roman marchant sur les traces de son légendaire détective.