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 Adriana Lisboa [Brésil]

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kenavo
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MessageSujet: Adriana Lisboa [Brésil]   Ven 5 Juin 2009 - 13:37




Adriana Lisboa est née en 1970 à Rio de Janeiro où elle vit. Elle a fait des études de musique et de littérature, a vécu en France et est traductrice.

Source Editeur

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kenavo
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MessageSujet: Re: Adriana Lisboa [Brésil]   Ven 5 Juin 2009 - 13:37


Des roses rouge vif
Citation:
Présentation de l'éditeur
Dans une fazenda isolée de l'Etat de Rio, près d'une carrière de pierres depuis laquelle on aperçoit la maison abandonnée que hante le fantôme d'une femme assassinée, Clarice vit seule, elle attend sa sœur, Maria Inès, qui arrive de Rio. Dans un atelier près de la fazenda, Tomas peint des tableaux médiocres. Lui aussi attend Maria Inès qu'il a aimée il y a longtemps. Les deux sœurs ont été séparées quand l'aînée avait quinze ans, elles se sont retrouvées à la mort de leur mère puis à celle de leur père. Chacune revoit sa vie et nous découvre peu à peu leur profonde complicité, le noir passé qu'elles ont toujours occulté, le foulard orné de roses rouge vif qui a marqué leur enfance et les a projetées dans des vies qui leur sont étrangères. Adriana Lisboa écrit un roman élégant et fascinant sur un thème classique, elle crée des énigmes et les amène à ce point du dénouement dramatique où tout jugement moral sur les protagonistes relève du domaine de l'indicible. Un style très littéraire et original allié à une intrigue rigoureusement construite ont valu à cette romancière le Premier Prix Saramago, réservé à un jeune auteur de langue portugaise.


Je n’ai pas encore lu ce roman, mais Pages nous en a parlé à plusieurs reprises de ce livre – je lui ouvre un fil et Pages va nous en dire un peu plus sur ses impressions de lecture Very Happy

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kenavo
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MessageSujet: Re: Adriana Lisboa [Brésil]   Ven 5 Juin 2009 - 13:37

"Des roses rouge vif", d'Adriana Lisboa : comme des enfants vieillis

Xavier Houssin
Le Monde des Livres | 04.06.09 |


Elle a mis en exergue à son livre une phrase de Marguerite Duras : "Le souvenir du désespoir, ça reste. Quelquefois ça tue." Adriana Lisboa aurait pu dérouler la citation davantage. Dans Ecrire, Duras poursuit, en effet : "Ecrire, je ne peux pas. Personne ne peut. Il faut le dire. On ne peut pas. Et on écrit." Ce scellement des mots et leur libération, cette angoisse de leur révélation aussi, sont au coeur même de Des roses rouge vif, premier roman traduit en français de cette Brésilienne de 39 ans. "Il s'agit de la difficulté, de l'hésitation qu'a la mémoire à se livrer vraiment, explique-t-elle. Un souvenir renvoie à un autre parfois très éloigné, et sans lien apparent. Du coup tout ne s'énonce qu'en allers et retours. Mais dans cet apparent désordre, il y a une unité profonde et sûrement une vérité."

Des roses rouge vif est une histoire de famille. Une histoire de femmes, d'enfance surtout. Dans ce qui fut autrefois une fazenda, une ferme perdue au milieu d'un désert de campagne, Clarice, sculptrice, attend le retour de sa soeur cadette, Maria Inês, qu'elle n'a pas revue depuis dix ans. Maria Inês vit à Rio, elle a épousé João Miguel, le cousin avec lequel, petite, elle avait planté un "arbre à monnaie". Si rien n'est venu, bien sûr, des piécettes qu'ensemble ils avaient cachées dans l'herbe et dans les pierres, c'est tout un temps enterré qu'elle vient ici retrouver. Magnifique roman des moments dispersés du grandir.

Dans la friche sauvage se tapit un secret. Adriana Lisboa nous y emmène à travers un jeu de piste où la végétation de la fazenda et sa faune minuscule abandonnent le décor pour être autant d'indices de ce qui s'est tramé. Importance des détails. Les personnages s'esquissent, se précisent, s'éloignent et reviennent, dans une narration toujours recommencée. La mère aux "yeux bleus comme des aigues-marines", le père qui "semblait se résumer (au) cigare à l'odeur douceâtre qu'il fumait avec nonchalance", l'ex-mari de Clarice et le voisin, peintre qui a choisi d'être un peintre raté. Des fantômes aussi, à l'image de cette jeune femme à la robe immaculée, peinte en pied par Whistler, debout sur une peau d'ours. Un tableau qui est la porte d'entrée du livre et lui a donné son titre original : Symphonie en blanc. L'innocence et sa perte. Que racontent nos larmes de tristes enfants vieillis ?

"Lorsque l'on grandit, on abandonne ses rêves", dit doucement Lisboa. Depuis ses premiers poèmes, elle n'a cessé cependant de s'y accrocher, publiant trois romans, des nouvelles, des textes pour la jeunesse. Elle est aussi la traductrice de L'Art de lire, d'Emile Faguet. Des roses rouge vif est de ces textes que l'académicien appelait "les livres de sentiment". Ceux pour lesquels il invitait les lecteurs à "commencer par s'abandonner"


source

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MessageSujet: Re: Adriana Lisboa [Brésil]   Ven 5 Juin 2009 - 13:56

Extrait : « Peut-être que rien n’avait eu lieu, que rien n’avait d’importance réelle. Et que l’histoire qui les avalait tous n’était qu’un petit trait sur le mur, un gribouillage fait au crayon par un enfant malicieux.

Pourtant il y avait quelque chose d’insupportablement grand dans tout ça. »


Il est question de Maria Inês et de sa sœur Clarisse qui se retrouvent, après avoir été séparées trop longtemps. Il est question d’Afonso Olímpio, leur père et d’Otacília, leur mère. De Tomás, le peintre, et d’un tableau de Whistler aussi…

Comment rendre compte avec justesse de la lecture Des roses rouge vif ? Et du style si imprévisible d’Adriana Lisboa ?

C’est un livre envoûtant par l’atmosphère qu’il laisse planer. La narration joue avec le temps, donnant à lire cette histoire à la fois dans l’ordre et dans le désordre. C’est un napperon de dentelle, en construction, dont on identifierait le dessin – le dessein – au fur et à mesure que les mains de la brodeuse travaillent.

Les personnages vont apparaître, d’abord esquissés, une partie d’eux seulement dans le tableau d’une fazenda du Brésil. Mais ce tableau est le détail d’un tableau plus grand qui va doucement se dévoiler tout entier grâce à ce que l’écriture dessine. Et les postures des personnages prendront sens.

Le premier à être visible sur cette toile est Tomás, le peintre :

« Avant, quand il avait vingt ans, Tomás refusait de polluer son travail avec une signature imprévue, susceptible de perturber la composition générale, comme quelqu’un qui tousse en plein concert, comme les lumières d’une salle de projection qui s’allument avant la fin du film. »


Les silhouettes des deux sœurs, Maria Inês et Clarice, sont dépeintes soudées par une douleur qui ne dit pas son nom :

« Et il y avait ces paroles de chair vivante que Maria Inês et Clarice n’échangeaient jamais. Leurs parents leur avaient appris le silence et le secret. Certaines réalités ne pouvaient être dites. Ni même pensées. Là-bas, les choses étaient régies par un mécanisme très particulier, capable d’attraper le malheur dans son cours entre les viscères et les artères, et de lui fabriquer un masque de pierre. Alors, Maria Inês continuait à garder pour elle ces paroles sanguinolentes et faisait attention à ce qu’elles fissent le moins de mal possible. »

Deux petites filles, maintenant plus âgées. L’une d’elle a planté un arbre à monnaies avec une pièce en guise de graine. Un papillon vole au-dessus des têtes de quatre enfants insouciants. Un fichu imprimé de roses rouge délavées par les lessives… Des roses rouge vif est étonnant. Force et délicatesse s’y mêlent sans se contredire, de la même façon qu’y est décrite la « bonne-mauvaise » odeur de Venise.

La Symphonie n° 1, la jeune fille en blanc de Whistler revient, ainsi qu’un refrain. À croire que la jeune fille qui s’y trouve connait parfaitement le secret Des roses rouge vif.


Voilà, c'est le copié-collé de mon billet de blog. En le relisant, je réalise qu'il est complètement incapable de vous donner réellement l'idée de ce qu'il y a dans ce livre. J'aurais beau écrire vingt fois qu'il est envoûtant, ça ne vous avancera pas beaucoup plus. Alors le mieux, c'est de le lire !!! Vraiment !!!
Merci Kenavo d'avoir ouvert ce fil ! woohoo
(je me demande bien pourquoi je n'y avais pas pensé... Est-ce que je ne serais pas un peu noix par hasard ?...)
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MessageSujet: Re: Adriana Lisboa [Brésil]   Ven 5 Juin 2009 - 14:00

Merci pour les extraits et tes impressions envoûtantes Wink
je note Very Happy

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MessageSujet: Re: Adriana Lisboa [Brésil]   Mer 4 Nov 2009 - 1:14



Le titre original de ce roman, traduit du brésilien par Béatrice de Chavagnac, est Sinfonia em branco, le titre français est donc Des roses rouge vif, pourquoi, encore un mystère. Même s'il est fait allusion à un foulard couvert de roses rouge vif. Mais des allusions, dans ce roman, il y en a beaucoup. Il n'est qu'allusions, presque. Allusions à des non-dits familiaux trop lourds à porter. et comme le dit l'auteur citée par Xavier Houssin,
Citation:
"Il s'agit de la difficulté, de l'hésitation qu'a la mémoire à se livrer vraiment, explique-t-elle. Un souvenir renvoie à un autre parfois très éloigné, et sans lien apparent. Du coup tout ne s'énonce qu'en allers et retours. Mais dans cet apparent désordre, il y a une unité profonde et sûrement une vérité."
.
C'est un roman qui parle de femmes, la mère, les soeurs, la fille. Les hommes ont un rôle secondaire, sauf un. Celui à l'enterrement duquel les deux soeurs ne pleurent pas, et là, on commence à comprendre que c'est une histoire tragique, mais tellement classique, qui nous est racontée. Une histoire de femmes qui sont restées silencieuses.

Pages parlait du style d'Adriana Lisboa. J'avoue qu'il m'a gênée pendant une grande partie du livre, ce n'est même plus de la déconstruction, mais un fouillis, des répétitions, des allers et retours incessants dans le temps et l'espace. On comprend mieux où elle veut en venir par la suite, mais quand même, c'est un procédé qui, associé à quelques maladresses de traduction, et un goût de l'aphorisme un peu trop accentué , fait que ce roman ,composé de souvenirs disposés de façon quasi pointilliste, a eu du mal à me toucher.
Peut être n'était-ce pas non plus un bon moment pour le lire!

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J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible.
André Comte-Sponville
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Adriana Lisboa [Brésil]

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