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 Ernesto Sabato [Argentine]

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Marko
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MessageSujet: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 14:23


Ernesto Sabato

"Je ne connais aucun livre qui introduise mieux aux secrets de la sensibilité sud-américaine, à ses mythes, phobies et fascinations". (Gombrowicz à propos d'Alejandra)

"Il arrive qu'on se croie un surhomme, jusqu'au jour où l'on s'aperçoit que, comme les autres, on est mesquin, répugnant et faux. Je ne parle pas de la vanité: je crois que nul n'est dépourvu de ce remarquable moteur du Progrès humain. Même quand on s'imagine que toute trace de vanité a disparu, on en découvre tout à coup, sous la forme la plus subtile: La vanité de la modestie" Le Tunnel d'E. Sabato

Biographie (Wikipedia):

Après des études de sciences physiques et de philosophie où il obtient un doctorat en physique à l'université de La Plata, il se rend à Paris où il séjourne deux années dans les années 1930, interrompues par un bref retour en Argentine. Deux années décisives de l'avant-guerre durant lesquelles il mène une double vie: assiste aux cours à la Sorbonne puis travaille en tant que chercheur en sciences le jour, au sein du prestigieux Institut Curie aux côtés de Irène et Frédéric Joliot-Curie, et devient poète le soir à Montparnasse, en compagnie des surréalistes dont il fait connaissance.

De retour en Argentine, après un passage au M.I.T. de Cambridge (États-Unis), il continue de mener des travaux sur la relativité. En 1940 il enseigne à l'université de La Plata. Il abandonne définitivement les Sciences en 1945 afin de se consacrer exclusivement à la littérature.

En 1945, il écrit des articles littéraires pour le journal la Nación qui mécontentent le régime de Péron et l'obligent à quitter son poste d'enseignant. Il entreprend alors la rédaction de Uno y el Universo, un recueil de réflexions et d'observations sur la politique, la société et la philosophie, dans lequel il déplore la neutralité morale de la science. Directeur pendant un an de l'hebdomadaire Mundo argentino, collaborateur de divers périodiques américains et européens, il a publié trois romans et de nombreux essais généralement polémiques.
Nommé par le gouvernement de Raúl Alfonsín, où il est président de la commission d'enquête sur les personnes disparues en Argentine pendant la dictature (CONADEP), il recueille des milliers de témoignages de tortures, d'enlèvements, de viols et de crimes perpétrés par les militaires et publiés à Buenos Aires en 1985 dans le livre Nunca más [Jamais plus].

Atteint d'une grave maladie oculaire, il cesse d'écrire et se consacre à la peinture (exposition au Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou en 1989). Il vit aujourd'hui en Argentine, dans la province de Buenos Aires.

L'univers romanesque de Sabato restera marqué par ces deux aspects de sa personnalité. Un va et vient passionné entre apologies et rejets, une alternance en quête d'interprétations valides de l'Homme et du monde. Une recherche pleine de curiosité, une plaidoirie en défense de la contradiction, une vie que pourraient résumer ces mots de l'écrivain: On s'embarque pour des terres lointaines, on cherche la nature, on est avide de la connaissance des hommes, on invente des êtres de fiction, on cherche Dieu. Et puis on comprend que le fantôme que l'on poursuit n'est autre que Soi même. Son premier roman, Le tunnel, salué par Albert Camus et Graham Greene parait en 1948. Suivront Héros et tombes (ou Alejandra) , considéré comme son chef-d'œuvre, en 1961, puis L'ange des ténèbres qui constituent une trilogie de Buenos Aires.



Les greniers familiaux recèlent des trésors et je viens seulement de découvrir cet écrivain majeur de la littérature Argentine. Il faut dire que la 4e de couverture donne envie en rappelant que Graham Greene et Albert Camus considéraient Le Tunnel comme un chef d'œuvre et admiraient "sa sécheresse et son intensité" (Albert Camus)

J'ai donc ouvert le Tunnel, court roman de 137 pages, et je n'ai pas pu le lâcher avant de l'avoir terminé. C'est d'une force et d'une intensité impressionnantes et j'ai hâte de lire les 2 suivants, notamment Alejandra qui se présente comme une fresque au souffle lyrique et baroque.

Entrons donc dans le Tunnel...

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coline
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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 14:42

Tu as bientôt fini de nous faire de si beaux commentaires qui allongent inexorablement ma LAL... content

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Malorie
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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 14:55

Ton commentaire me donne l'eau à la bouche... J'aimerai bien le lire, après mon "voyage au Japon", une visite à mon libraire va s'imposer donc.
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Marko
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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 15:13

Le Tunnel (1948)


Ce roman est un "drame de la jalousie" qui raconte la confession d'un artiste peintre qui vient de commettre un meurtre et nous explique comment il en est arrivé là. L'atmosphère est de plus en plus oppressante, parfois Kafkaïenne, et on s'enfonce dans le tunnel de cet esprit dépressif et paranoïaque dont le délire est d'autant plus perturbant qu'il semble simplement illustrer certaines vérités que nous nous refusons de voir ou d'exprimer. Discours misanthropique mais se révélant être pratiquement le paroxysme de la lucidité. Un miroir effrayant et implacable.

Le début du roman pourrait être une réponse à l'énigme de cette peinture d' Edward Hopper (Morning Sun) :



"Quand elle s'était arrêtée devant mon tableau et qu'elle avait regardé cette petite scène sans entendre ni voir la foule qui nous entourait, c'était déjà comme si nous nous étions tutoyés, et aussitôt j'avais su comment elle était et qui elle était, à quel point j'avais besoin d'elle et à quel point, aussi, elle avait besoin de moi.
Ah, et pourtant je l'ai tuée! Et c'est moi qui t'ai tuée, moi qui voyais comme à travers un mur de verre, sans pouvoir le toucher, ton visage muet et anxieux! Moi si stupide, si aveugle, si égoïste, si cruel!
Trêve d'effusions. j'ai dit que je raconterai cette histoire sans m'attendrir et c'est ce que je ferai."


Et une lettre de Maria:

" J'ai passé trois jours étranges: la mer, la plage, les sentiers m'ont évoqué des souvenirs du temps passé. Pas seulement des images: également des bruits et des voix, des appels et ces longs silences d'autrefois. C'est curieux, mais vivre consiste à se faire de futurs souvenirs; à cette heure même, ici, face à la mer, je sais que je suis en train de me préparer de minutieux souvenirs, qui un jour m'apporteront mélancolie et désespoir.
La mer est là, permanente et rageuse. Mes pleurs d'antan, inutiles; inutiles aussi mes heures d'attente sur la plage solitaire, le regard inlassablement fixé sur la mer. Sont-ce mes souvenirs que tu as devinés et que tu as peints, ou bien as-tu peint les souvenirs de nombreux êtres qui nous ressemblent?
Mais maintenant ton visage s'interpose: tu te tiens entre la mer et moi. Mes yeux rencontrent tes yeux. Tu es calme et un peu inconsolé, tu me regardes comme si tu m'appelais à l'aide.
"

Le roman a des fulgurances oniriques (chapitre XXII) ou poétiques qui rompent avec l'essentiel du récit qui consiste en une introspection remarquable dans l'esprit torturé et les obsessions de ce peintre.

" De combien d'actions atroces cette maudite division de ma conscience n'a-t-elle pas été coupable! Pendant qu'une part de moi-même m'inspire une belle attitude, l'autre en dénonce le mensonge, l'hypocrisie, la fausse générosité; pendant que l'une m'incite à insulter un être humain, l'autre le prend en pitié et m'accuse moi-même de ce que je dénonce chez les autres; pendant que l'une me fait voir la beauté du monde, l'autre me signale sa laideur et le ridicule de tout sentiment de bonheur. "

Clivage psychotique ou prise de conscience douloureuse et réaliste? Je suis sorti secoué de ce voyage mental au cœur des contradictions humaines.

" Le suicide séduit par sa facilité d'anéantissement: en une seconde, tout cet univers absurde s'écroule comme un gigantesque simulacre, comme si la solidité de ses gratte-ciel, de ses cuirassés, de ses citernes, de ses prisons, n'était rien d'autre qu'une fantasmagorie, sans plus de solidité que le gratte-ciel, cuirassés, et prisons d'un cauchemar.
La vie m'apparait à la lumière de ce raisonnement comme un long cauchemar dont on peut cependant se délivrer par la mort, qui serait une espèce de réveil. Mais réveil à quoi? Ce risque de ne trouver au-delà que le néant absolu et éternel m'a retenu dans tous mes projets de suicide. Malgré tout l'homme est si attaché à ce qui existe qu'il préfère finalement supporter son imperfection et la douleur que lui cause sa laideur, plutôt que d'annihiler la fantasmagorie par un acte de volonté propre.
En outre, d'ordinaire, quand nous en sommes arrivés à cette frontière du désespoir qui jouxte le suicide, après avoir fait l'inventaire complet de tout ce qui va mal et être parvenus au point où ce mal semble insurmontable, le moindre élément positif acquiert une valeur disproportionnée, finit par jouer un rôle décisif et nous nous accrochons à lui comme nous nous agripperions à n'importe quel brin d'herbe devant le danger de rouler dans un précipice.
"

On comprend que Camus ait admiré cette œuvre.

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 15:43

coline a écrit:
Tu as bientôt fini de nous faire de si beaux commentaires qui allongent inexorablement ma LAL... content


Je deviens parfois lyrique quand je suis transporté! drunken

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coline
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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 15:48

markofr a écrit:
coline a écrit:
Tu as bientôt fini de nous faire de si beaux commentaires qui allongent inexorablement ma LAL... content


Je deviens parfois lyrique quand je suis transporté! drunken


Et voilà...Ton lyrisme m'embarque... Very Happy
Ne change rien surtout... bisous

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 15:54

Malorie a écrit:
Ton commentaire me donne l'eau à la bouche... J'aimerai bien le lire, après mon "voyage au Japon", une visite à mon libraire va s'imposer donc.


Content de susciter la tentation! Very Happy C'est un livre vraiment important et il ne faut pas s'arrêter à sa noirceur apparente. C'est un peu comme chez Cioran, derrière le nihilisme et la violence morale, il y a une quête de vérité et de lumière!

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kenavo
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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 18:16

Merci pour ce fil.. tout comme Coline et Malorie je suis tentée et vais noter Wink

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aériale
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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 18:16

Coline dépassée laugh
coline a écrit:
Tu as bientôt fini de nous faire de si beaux commentaires qui allongent inexorablement ma LAL... content

Et en plus il nous fait un parallèle avec Hopper...

Ca va être encore plus dur de résister!

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eXPie
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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 18:50

Très curieux roman, que ce Tunnel.

On sent que l'auteur n'aime pas les aveugles... ce qui est confirmé, paraît-il, dans Alejandra (Héros et Tombes), que je n'ai pas encore lu.

A noter qu'il existe aussi un livre d'entretiens Sabato-Borges...

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 19:06

eXPie a écrit:
Très curieux roman, que ce Tunnel.


Tu peux développer?

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 19:15

eXPie a écrit:
On sent que l'auteur n'aime pas les aveugles... ce qui est confirmé, paraît-il, dans Alejandra (Héros et Tombes), que je n'ai pas encore lu.


Au contraire je pense... Il souffrait lui-même de cécité comme Borges.

Puisés sur Internet:

Rapport sur les aveugles d'Alberto Breccia d'après une nouvelle de Sabato

Fernando Vidal Olmos est obsédé par une idée : les aveugles relèvent tous d'une société secrète qui, réunie dans les profondeurs même de la terre, dirige les destinées du monde.
Tourmentée par cette conviction, il entame une véritable enquête qui bien vite se transforme en une descente aux enfers hallucinante. Avec Rapport sur les aveugles, réalisé peu avant sa mort, Alberto Breccia nous fait plonger dans un monde de ténèbres, inquiétant et trouble, où rôdent le mal et la folie. Il puise dans son immense talent graphique des ressources novatrices qui lui permettent d'interpréter et de suggérer au lecteur la perception de la lumière par les aveugles.
De la nouvelle d'Ernesto Sabato, qui compte quelques une des meilleures pages de la littérature argentine, Breccia a tiré une interprétation magistrale, où se déploie une nouvelle fois le talent du maître du noir et blanc. Cette nouvelle édition comprend une préface de Carlos Sampayo, ainsi que quatre planches préparatoires inédites de Breccia.


Pourtant, ce Rapport sur les Aveugles, un album qu’il acheva peu avant sa mort, ne justifie pas tant de sévérité. Adaptation partielle d’une fascinante nouvelle du grand écrivain argentin Ernesto Sabato, il raconte la folle paranoïa de Fernando Vidal Olmos, obsédé par l’idée que les aveugles forment une société secrète qui dirige le monde dans les profondeurs même de la terre. Bande dessinée hallucinée et hallucinante, elle est un hommage à Borgès, comme on sait frappé de cécité, mais aussi une réflexion sur la perception qui n’a pas d’égale dans la bande dessinée. Borgès parce qu’on y revient toujours quand on vit à Buenos Aires, « ce sont mes racines », dit Breccia ; Borgès parce qu’en abordant la réalité avec des yeux à jamais plongés dans la nuit, et avec seulement quelques mots, le candidat malheureux au Prix Nobel de Littérature [1] avait su changer le regard des « voyants », leur faire percevoir la face insoupçonnée des choses. Le tour de force de Breccia, c’est qu’il arrive précisément à faire de même avec une matière visible, avec de simples, quoique pas si simples, dessins.

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 20:19

markofr a écrit:

d’une fascinante nouvelle du grand écrivain argentin Ernesto Sabato [...] Borgès parce qu’en abordant la réalité avec des yeux à jamais plongés dans la nuit, et avec seulement quelques mots, le candidat malheureux au Prix Nobel de Littérature [1] avait su changer le regard des « voyants », leur faire percevoir la face insoupçonnée des choses.[/i]


Ouï ! Aie !

1/ "Nouvelle", tu parles ha ha. 420 pages au compteur, la nouvelle. Le type qui a écrit ce texte est allé voir des sites anglo-saxons, il a lu "novel", et a traduit par "nouvelle". Dommage pour lui.
Il parle d'une "fascinante nouvelle", genre je l'ai lu, c'est super bien.
Mais en fait, non.
Alors, il écrit "De la nouvelle d'Ernesto Sabato, qui compte quelques une des meilleures pages de la littérature argentine, Breccia a tiré une interprétation magistrale,"
Mais oui, c'est ça ! La littérature Argentine ! Mais qu'est-ce qu'il en connaît ? Comment peut-il le savoir, vu qu'il n'y connaît rien : il ne sait même pas qu'il parle d'un roman. Ce n'est pas compliqué, pourtant, Sabato n'en a écrit que trois.
Ou alors, il a lu la version reader digest ? Ou alors j'ai tout faux, et c'est un recueil de nouvelle ?
Qui croire ?
(vous venez de lire un des posts les plus fascinants du Web francophone, qui détruit les certitudes et fait douter du réel).

2/ Candidat au Prix Nobel, ça fait également rire. Comme si on pouvait s'y présenter.

3/ Parler d'yeux plongés dans la nuit, ça continue à me faire penser que la personne qui a écrit ça - mais qui s'estime à même de juger de la pertinence de pages du Sabato comparées à la littérature argentine dans son ensemble - n'y connaît pas grand chose, même dans l'oeuvre de Borges : quand on demandait à Borges ce qui lui manquait le plus, il disait justement "l'obscurité".
Car sa cécité (héréditaire) l'empêchait certes de voir, mais il avait continuellement un flou lumineux, ce qui était très gênant pour dormir.
Tout le contraire, donc, de la nuit.

Conclusion : il y a des gens qui racontent n'importe quoi, sur le net.
Mais ce n'est pas un scoop.

Bon, avec tout ça, j'ai fait un post super long et un peu lourd.
Je vais donc essayer de l'alléger avec une blague sur les aveugles.
C'est une histoire vraie : un journaliste a un jour demandé à Ray Charles : "Est-ce que ça n'a pas été dur pour vous, d'en arriver là, alors que vous êtes aveugle ?"
Ce à quoi Ray Charles a répondu : "oh, aveugle, ce n'est rien. Mais imaginez que, en plus, j'aie été Noir !"

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 21:18

markofr a écrit:
eXPie a écrit:
Très curieux roman, que ce Tunnel.


Tu peux développer?

Cela fait quelque temps que je l'ai lu.
De mémoire, on est dans la tête d'un type qui, dès le début, n'est pas très équilibré.
C'est un artiste, vous me direz, ceci excuse cela.
Mais c'est plus qu'un drame de la jalousie, non ? Un drame de la jalousie, cela me fait penser à "El", le film de Bunuel (excellent).

Dépressif et paranoïaque, d'accord. Mais peut-on vraiment parler de drame de la jalousie ?
Ou bien la jalousie n'est-elle, dans le roman, qu'une manifestation de sa dépression et de sa paranoïa, une forme d'expression, en somme ?

L'atmosphère oppressante, c'est ce que l'on retient, après la lecture.
En tout cas ce qu'il m'en reste, une impression plus que des détails.

Désolé de ne pas être plus précis...

Pour finir, une phrase de Borges, citée par Vargas Llosa dans sonDictionnaire amoureux de l'Amérique latine, page 113, à propos de Sabato : "son oeuvre peut être mise entre les mains de quiconque sans aucun danger".
Que penser de cette phrase... Humour ?

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MessageSujet: Re: Ernesto Sabato [Argentine]   Lun 3 Nov 2008 - 22:12

J'ai mis volontairement "drame de la jalousie" entre guillemets parce que c'est ce qui est marqué sur le résumé mais c'est évidemment bien plus que ça!

Pour la citation de Borges c'est un humour malicieux et un peu pervers à mon avis parce que ce sont quand même des livres dérangeants ( en tout cas Le Tunnel qui est mon premier). Mais je découvre seulement cet auteur et je connais mal la relation avec Borges... Je pense qu'ils s'estiment beaucoup mutuellement.

Pour ton commentaire de l'article que j'ai trouvé sur le net (ce sont d'ailleurs 2 articles différents...) , je ne suis pas assez connaisseur en littérature argentine pour en juger... Je ne sais pas s'il fait référence à une nouvelle dont j'ignore l'existence mais je sais qu'il n'a pas écrit seulement 3 livres. J'ai un article de journal de 2000 qui évoque un autre ouvrage mais je ne l'ai pas sous les yeux. Je préciserai...

Une chose est sûre c'est que ce sont ses personnages misanthropes qui en veulent à la terre entière et aussi aux aveugles mais dans le Tunnel par exemple le mari aveugle de Maria est une victime bien innocente... Si Sabato en veut à quelque chose ce doit être d'abord à la cécité elle-même pas aux aveugles. Et puis c'est une métaphore de toutes façons.

Pour la place importante qu'occupe Sabato dans la littérature argentine, il semblerait qu'il y ait unanimité sur ce point...

As-tu lu les autres romans ? J'attaque Alejandra après le Pynchon

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