
Parfum de livres…parfum d’ailleurs
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| Auteur | Message |
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coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | |  | | animal Zen littéraire

Messages: 9135 Inscription le: 12/05/2007 Age: 28 Localisation: Tours
 | Sujet: Re: Jean-Baptiste Del Amo Mar 18 Nov 2008 - 22:26 | |
| | coline a écrit: | Mais accrochez vous et écoutez plutôt Jean Baptiste del Amo lire un passage représentatif de ce que je veux dire: clic |
j'ai entendu un truc à la radio à la sortie du livre, j'ai lu vos avis, reparcouru vos avis (et je vous ai écoutés l'autre jour), j'ai écouté cet extrait. je ne pense pas lire le livre et certainement pas dans un futur proche ou un peu plus éloigné (il y en a trop !). Mais... j'ai une question (qui est un peu plus générale finalement mais tant pis). Effectivement il a l'air doué, ça a l'air très travaillé et sans doute efficace mais ça me donne une impression "à froid" d'exercice de style, le dégueu-crado-beurk-immonde avec détails (c'est pas non plus une description façon BC l'extrait) étant en plus une "bonne pub"... qu'est ce que vous définiriez comme plus de ce livre ? (en plus d'un exercice de style sans doute réussi, et d'une capacité de l'auteur, d'un côté "travaillé à l'ancienne")... est-ce que son côté apparemment crade chemine vers quelque chose ?
c'est pas le risque d'une lecture crado qui provoque mon indifférence mais mon doute quand a un contenu motivant derrière une façade (peut être victime de son succès en plus) ? _________________ Vous savez, "Qu'importe" est une maladie qu'on ne soigne pas encore...
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|  | | Marko Zen littéraire

Messages: 5545 Inscription le: 23/08/2008 Age: 41 Localisation: Lille
 | Sujet: Re: Jean-Baptiste Del Amo Mar 18 Nov 2008 - 23:10 | |
| | animal a écrit: | Mais... j'ai une question (qui est un peu plus générale finalement mais tant pis). Effectivement il a l'air doué, ça a l'air très travaillé et sans doute efficace mais ça me donne une impression "à froid" d'exercice de style, le dégueu-crado-beurk-immonde avec détails (c'est pas non plus une description façon BC l'extrait) étant en plus une "bonne pub"... qu'est ce que vous définiriez comme plus de ce livre ? (en plus d'un exercice de style sans doute réussi, et d'une capacité de l'auteur, d'un côté "travaillé à l'ancienne")... est-ce que son côté apparemment crade chemine vers quelque chose ?
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Tout n'a-t-il pas déjà été dit depuis longtemps? Peut-on encore avoir une pensée originale? "Apporter" quelque chose? Alors on répète, on copie, on suit un sillon... Il ne reste plus qu'à trouver un style et construire une histoire qui tienne la route. Del Amo a du style. Sa démarche est la-même qu'un Sade. Il se vautre dans la noirceur, la déliquescence morale, il dérange pour montrer qu'un personnage qui cherche à fuir des blessures de l'enfance (voir tous les "flash back" du livre) , qui se méprise lui-même au point de vouloir en mourir, aura besoin d'aller aux limites de l'humiliation et de l'autodestruction pour tenter d'exister, de se trouver une identité. Une quête de lumière à travers la noirceur absolue. Mais cette lumière il ne la trouvera peut-être jamais comme certaines victimes de traumatismes ne la trouvent jamais non plus, se mutilent, se font du mal de façon purement masochiste pour ne pas sentir la douleur morale bien plus insupportable. Il ne montre rien de plus mais c'est déjà un sujet fort. Et il le fait bien avec une certaine allure. _________________ Peut-être n'y a-t-il pas d'auteurs littéraires véritablement ennuyeux, mais seulement des lecteurs impatients ou non avertis. Joyce Carol Oates
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|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Jean-Baptiste Del Amo Mar 18 Nov 2008 - 23:47 | |
| | Marko a écrit: | | Tout n'a-t-il pas déjà été dit depuis longtemps? Peut-on encore avoir une pensée originale? "Apporter" quelque chose? Alors on répète, on copie, on suit un sillon... Il ne reste plus qu'à trouver un style et construire une histoire qui tienne la route. Del Amo a du style. Sa démarche est la-même qu'un Sade. Il se vautre dans la noirceur, la déliquescence morale, il dérange pour montrer qu'un personnage qui cherche à fuir des blessures de l'enfance (voir tous les "flash back" du livre) , qui se méprise lui-même au point de vouloir en mourir, aura besoin d'aller aux limites de l'humiliation et de l'autodestruction pour tenter d'exister, de se trouver une identité. Une quête de lumière à travers la noirceur absolue. Mais cette lumière il ne la trouvera peut-être jamais comme certaines victimes de traumatismes ne la trouvent jamais non plus, se mutilent, se font du mal de façon purement masochiste pour ne pas sentir la douleur morale bien plus insupportable. Il ne montre rien de plus mais c'est déjà un sujet fort. Et il le fait bien avec une certaine allure. |
Réponse magistrale... Qui me ferait presque regretter d'avoir abandonné (j'ai horreurderenoncer)... J'ai renoncé surtout pour le côté morbide qui me fait trop violence... _________________ "Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie." (Jean Louis Barrault)
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|  | | Marko Zen littéraire

Messages: 5545 Inscription le: 23/08/2008 Age: 41 Localisation: Lille
 | Sujet: Re: Jean-Baptiste Del Amo Mer 19 Nov 2008 - 0:21 | |
| | coline a écrit: | | J'ai renoncé surtout pour le côté morbide qui me fait trop violence... |
C'est étrange parce que je ne l'ai pas trouvé si morbide que ça finalement! Quand on lit Gabrielle Wittkop, dont il s'inspire beaucoup, alors là on est vraiment effrayé! La Marchande d'enfants est un livre d'une violence morale terrible dans un style littéraire magnifique façon XVIIIe siècle! _________________ Peut-être n'y a-t-il pas d'auteurs littéraires véritablement ennuyeux, mais seulement des lecteurs impatients ou non avertis. Joyce Carol Oates
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|  | | Marie Zen littéraire

Messages: 6904 Inscription le: 26/02/2007
 | Sujet: Re: Jean-Baptiste Del Amo Mer 19 Nov 2008 - 0:36 | |
| | Citation: | | Quand on lit Gabrielle Wittkop, dont il s'inspire beaucoup |
Il en parle beaucoup, sur son blog. Je vais aller voir qui est cette Gabrielle Wittkop! _________________ J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible. André Comte-Sponville
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|  | | Marko Zen littéraire

Messages: 5545 Inscription le: 23/08/2008 Age: 41 Localisation: Lille
 | Sujet: Re: Jean-Baptiste Del Amo Mer 19 Nov 2008 - 0:58 | |
| | Marie a écrit: | | Citation: | | Quand on lit Gabrielle Wittkop, dont il s'inspire beaucoup |
Il en parle beaucoup, sur son blog. Je vais aller voir qui est cette Gabrielle Wittkop! |
C'est le diable! Et le diable est donc une femme! Mais c'est un sacré écrivain! Avec une biographie étonnante!
Oulala.net:
Comme Gabrielle Wittkop revendiquait de vivre en « homme libre », elle a choisi sa mort en se suicidant à 82 ans.
Née en 1920 à Nantes, cette auteure étrange, a agenouillé la faucheuse le 22 décembre 2002 à Francfort dans le silence de son quarante mètres carrés, quelques jours seulement avant que la bouche édentée de la mère Noël, ne répercute dans les cheminées, les rires d’enfants qu’elle détestait.
Auteure d’une oeuvre non volumineuse -dérangeante au-delà de toute morale- cette femme sophistiquée, laisse derrière sa chair et ses os, une écriture d’orfèvre, ciselée, pointue, cruelle entraînant le lecteur vers des rives d’une sensualité macabre. Sa constance à déterrer l’inavouable des désirs enfouis relève de l’empathie implacable ainsi que d’une grande curiosité des tourments humains. Derrière le miroir.
Au décès de sa mère -à ses six ans- elle fut élevée par un père fantasque . Elle aima et séduisit des femmes dans sa vie d’adulte, sans jamais pouvoir vivre avec une, les désignant avec une « misogynie » affichée, comme mollassonnes et passives . Elle leur préféra Justus, un homosexuel Allemand avec lequel elle vécu quarante ans, qu’elle cacha pendant la guerre avant de l’épouser et de le suivre en Allemagne. Cet amour interdit lui fit perdre sa magnifique chevelure puisque qu’elle subit l’opprobre de la « tonte ».
A défaut de progéniture qui lui provoquait des allergies, elle accoucha, d’une dizaine de romans et recueils de nouvelles, dont son livre culte « le nécrophile » où l’amour physique de Lucien pour les cadavres entraîne paradoxalement leur décomposition accélérée. Une exploration des entrailles de l’âme humaine, sans concession. L’amour dépourvu de limites. Le droit aux derniers spasmes voluptueux des allongés livrés à la terre et aux lombrics.
Telle une fleur vénéneuse et rare, dont on sait que le poison s’infiltrera en nos veines, Gabrielle Wittkop a eu l’élégance et la pudeur de placer le lecteur en position de manque.
Dans cette littérature aseptisée et formatée qui s’affiche chaque année sur les étals des libraires, la prose de la Divine Wittkop, est une cicatrice béante. _________________ Peut-être n'y a-t-il pas d'auteurs littéraires véritablement ennuyeux, mais seulement des lecteurs impatients ou non avertis. Joyce Carol Oates
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|  | | Marie Zen littéraire

Messages: 6904 Inscription le: 26/02/2007
 | Sujet: Re: Jean-Baptiste Del Amo Mer 19 Nov 2008 - 1:02 | |
| | Citation: | | Et le diable est donc une femme! |
Normal. Malin, le diable... Je vais peut être lire plutôt Del Amo, et rechercher la biographie du diable écrivain. _________________ J'appelle bonheur tout espace de temps où la joie paraît immédiatement possible. André Comte-Sponville
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|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | |  | | Marko Zen littéraire

Messages: 5545 Inscription le: 23/08/2008 Age: 41 Localisation: Lille
 | Sujet: Re: Jean-Baptiste Del Amo Mer 19 Nov 2008 - 1:07 | |
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|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Jean-Baptiste Del Amo Mer 19 Nov 2008 - 1:12 | |
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|  | | aériale Zen littéraire

Messages: 9898 Inscription le: 01/02/2007 Age: 54 Localisation: Le Sud
 | Sujet: Re: Jean-Baptiste Del Amo Mer 19 Nov 2008 - 8:28 | |
| | Marko a écrit: | | Tout n'a-t-il pas déjà été dit depuis longtemps? Peut-on encore avoir une pensée originale? "Apporter" quelque chose? Alors on répète, on copie, on suit un sillon... Il ne reste plus qu'à trouver un style et construire une histoire qui tienne la route. Del Amo a du style. Sa démarche est la-même qu'un Sade. Il se vautre dans la noirceur, la déliquescence morale, il dérange pour montrer qu'un personnage qui cherche à fuir des blessures de l'enfance (voir tous les "flash back" du livre) , qui se méprise lui-même au point de vouloir en mourir, aura besoin d'aller aux limites de l'humiliation et de l'autodestruction pour tenter d'exister, de se trouver une identité. Une quête de lumière à travers la noirceur absolue. Mais cette lumière il ne la trouvera peut-être jamais comme certaines victimes de traumatismes ne la trouvent jamais non plus, se mutilent, se font du mal de façon purement masochiste pour ne pas sentir la douleur morale bien plus insupportable. Il ne montre rien de plus mais c'est déjà un sujet fort. Et il le fait bien avec une certaine allure. |
C'est la réponse parfaite à la question maligne! Et je ne peux rien ajouter, tu as tout dit Marko 
(Et moi non plus je ne l'ai pas trouvé si morbide finalement... D'ailleurs je n'aime pas ça d'habitude! ) _________________ Après tout, la meilleure façon de parler de ce quel'on aime est d'en parler légèrement. Albert Camus
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|  | | Le Bibliomane Sage de la littérature

Messages: 2950 Inscription le: 21/02/2007 Age: 43 Localisation: Bretagne
 | Sujet: Re: Jean-Baptiste Del Amo Mer 19 Nov 2008 - 8:49 | |
| Pour compléter ce que dit Marko, qui a fort bien développé la noirceur intérieure de ces personnages tourmentés, je reviendrais pour ma part sur le côté "crade" et sordide du décor de ce roman. N'oublions pas que nous sommes à une époque, le XVIIIème siècle, où hygiène et prophylaxie sont des notions relativement marginales. Dans toutes les couches de la société, saleté et odeurs repoussantes sont omniprésentes. Les monumentales perruques des belles marquises grouillent de vermine, le tout-à-l'égout appartient au domaine de la science-fiction et se laver trop souvent est considéré comme néfaste à la santé. On pourrait multiplier les exemples à l'infini et je ne crois pas que, avec ces descriptions souvent repoussantes, del Amo donne dans l'excès. Il a juste voulu nous replonger dans ce qui était l'ordinaire de l'époque au sein d'une ville où s'entassait une population pléthorique. La réalité historique, bien que peu ragoûtante, n'a que peu à voir avec les pimpantes bergères des toiles de Jouy et des porcelaines de Sèvres. Lisez-donc " Les nuits de Paris" de Restif de la Bretonne, et vous verrez que del Amo n'exagère en rien dans le domaine du sordide. _________________ "Travailler moins pour lire plus"
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|  | | Marko Zen littéraire

Messages: 5545 Inscription le: 23/08/2008 Age: 41 Localisation: Lille
 | Sujet: Re: Jean-Baptiste Del Amo Mer 19 Nov 2008 - 9:35 | |
| | Le Bibliomane a écrit: | | Lisez-donc "Les nuits de Paris" de Restif de la Bretonne, et vous verrez que del Amo n'exagère en rien dans le domaine du sordide. |
Ce devait être terrible effectivement! Mais la question d'Animal (et Troglo) est de savoir s'il y a autre chose dans ce roman qu'un brillant exercice de style sur le cloaque d'un Paris XVIIIe. J'ai esquissé une réponse mais il y en peut-être d'autres... _________________ Peut-être n'y a-t-il pas d'auteurs littéraires véritablement ennuyeux, mais seulement des lecteurs impatients ou non avertis. Joyce Carol Oates
Dernière édition par Marko le Mer 19 Nov 2008 - 14:01, édité 1 fois |
|  | | aériale Zen littéraire

Messages: 9898 Inscription le: 01/02/2007 Age: 54 Localisation: Le Sud
 | Sujet: aspard Mer 19 Nov 2008 - 9:54 | |
| | animal a écrit: | | c'est pas le risque d'une lecture crado qui provoque mon indifférence mais mon doute quand a un contenu motivant derrière une façade (peut être victime de son succès en plus) ? |
Autre chose ? oui, on peut se demander pourquoi il accroche malgré nos réticences. Là dessus j'ai essayé d'y répondre dans mon post
| Citation: | Mais parfois on ne résiste pas à soulever le voile, s'aventurer en eaux troubles, là où le sol est glissant et la vase embourbe. Juste en spectateur, parce que les méandres de l'âme humaine sont sans limites et que chercher à les approcher est sans doute une des choses les plus excitantes dans un monde balisé. L'horreur effraie et captive autant. C'est la fascination du pire, les entrailles de la vie, ce qui va happer l' innocent et naïf Gaspard du début, et le métamorphoser en une sorte de pantin monstrueux |
Ce qui m'a fascinée en fait c'est cette transformation physique et mentale du jeune Grégoire. Del Amo nous décompose l'ascension sociale, et la chute vertigineuse de l'âme, de son personnage de façon très subtile. A tel point qu'on le suit dans ces méandres comme hynotisé, le jugement est presque superflu. Ce n'est d'ailleurs pas le but
Son but est sans doute de nous faire toucher du doigt ce qui peut rabaisser l'homme à cet état quasi bestial. La face noire cachée dans les viscères que Gaspard tente d'évacuer en se tailladant le ventre... _________________ Après tout, la meilleure façon de parler de ce quel'on aime est d'en parler légèrement. Albert Camus
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