
Parfum de livres…parfum d’ailleurs
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coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | |  | | kenavo Zen Littéraire

Messages: 22980 Inscription le: 08/11/2007 Age: 43 Localisation: Luxembourg
 | Sujet: Re: Laurent Mauvignier Mer 9 Sep 2009 - 22:49 | |
| Des Hommes| Citation: | Présentation de l'éditeur Ils ont été appelés en Algérie au moment des " événements ", en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d'autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d'une journée d'anniversaire en hiver, d'un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier. |
Le premier livre de Laurent Mauvignier que je lis. Mais certainement pas le dernier. Quelle force, quelle écriture, quelles émotions.. Un effet d’aspiration qu’il sait créer avec ses mots. Une histoire qui se dévoile sereinement, il prend tout son temps, faut pas se hâter pour raconter les atrocités d’une guerre.. et des atrocités, il y en a. Des deux côtés. Mais ce ne sont pas ces pages qui forment le centre de ce livre. Il y a tout ce côté humain, les effets sur ces jeunes partis dans un pays qu’ils ne connaissaient pas, dans une guerre dont les raisons leurs étaient plus souvent inconnues.
Ce livre m’a rappelé des lectures d’auteurs américains, parlant de Vietnam. Un traumatisme trouve toujours son chemin vers la littérature. Je pense qu’il est urgent qu’il y ait des auteurs qui parlent de l’Algérie.
Mais je vais laisser la parole à Coline et Li qui peuvent certainement vous en parler mieux de ce roman. En tout cas une vrai découverte et j’en ressors toute à fait convaincue ! _________________ Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui a perdu sa passion. Saint Augustin
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|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | |  | | kenavo Zen Littéraire

Messages: 22980 Inscription le: 08/11/2007 Age: 43 Localisation: Luxembourg
 | Sujet: Re: Laurent Mauvignier Ven 11 Sep 2009 - 20:21 | |
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|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Laurent Mauvignier Ven 11 Sep 2009 - 21:20 | |
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|  | | Li Main aguerrie

Messages: 405 Inscription le: 09/05/2009
 | Sujet: Re: Laurent Mauvignier Jeu 17 Sep 2009 - 17:48 | |
| Quel plaisir de lire tes impressions, Kenavo!!  Tu vas beaucoup aimer Dans la foule, c'est sûr. Je partage ce que tu dis sur Des hommes. Encore une claque avec ce roman. J'ai fait un "petit" commentaire en attendant de pouvoir me reconnecter ici. Je le poste mais je conseillerais quand même à ceux qui n'ont pas lu le livre et qui projettent de le faire, de ne pas trop s'attarder dessus... D’abord, il y a cette phrase mise en exergue, qui reflète parfaitement le fond du livre : « Et ta blessure, où est-elle ? Je me demande où réside, où se cache la blessure secrète où tout homme court se réfugier si l’on attente à son orgueil, quand on le blesse ? Cette blessure – qui devient ainsi le for intérieur -, c’est elle qu’il va gonfler, emplir. Tout homme sait la rejoindre, au point de devenir cette blessure elle-même, une sorte de cœur secret et douloureux » Jean Genet, Le Funambule. Puis, une situation décrite minutieusement, avec ces petits détails qui semblent insignifiants mais qui ne le sont pas. Le malaise d’une fête terriblement bien décrite, on sent une situation explosive avec un invité qui n’est pas désiré, le mal-aimé de la famille sans toit, alcoolique, raciste… Une petite fête qui va réveiller des souvenirs douloureux. Des souvenirs de guerre … … ses raisons obscures qui dépassent ceux qui sont « mobilisés » « Et lorsque le train s’arrête le matin, ce n’est pas Marseille, c’est une petite gare. Du mouvement, tout ce mouvement, il a du mal à comprendre. Comme s’il était étranger dans un pays dans la langue lui serait aussi inconnue que les coutumes. Il ne dort pas, mais il n’est pas non plus éveillé. » « Le wagon était rempli de gars comme lui, l’air effaré des plus jeunes, ou des plus maigres, avec leurs têtes pâles et seulement colorées sur les joues par des boutons d’acné. Ils pensaient tous qu’ils verraient Marseille, le soleil, déjà la mer. Une image de carte postale, un pot noyé dans le soleil et les reflets brillants dans l’eau comme du papier d’aluminium. Mais on est arrivés dans une gare qui n’est pas Marseille, une gare trop petite. Et il fait trop nuit encore, on ne voit pas grand-chose si ce n’est, dans le petit matin, les silhouettes massives et noires des camions dans lesquels on va être embarqués, très vite, comme en cachette –et les camions bâchés rouleront pendant que personne ne parlera vraiment, impressionnés, tous. » … Ses atrocités, ses conditions de vie difficiles la faim, « ces latrines puantes et cette odeur si rance de sueur dans la chambrée », les lâchetés des uns et des autres. Et surtout de très belles pages sur les blessures qui ne peuvent être partagées, comment gérer le retour, la famille qui ne veut pas entendre, le souvenirs douloureux et les blessures qu’on ne veut pas remuer, l’envie d’en parler mais son impossibilité en même temps, la honte que cette situation provoque, le malaise. « La vérité c’est que le passé, le passé on n’en parle pas, il faut continuer, reprendre, il faut avancer, ne pas remuer. » « Et je me souviens de la honte que j’avais lorsque j’étais rentré de là-bas et qu’on était revenus, les uns après les autres, sauf Bernard – il se sera au moins évité l’humiliation de ça, revenir ici et faire comme on a fait, de se taire, de montrer les photos, oui, du soleil, beaux paysages, la mer, les habits folkloriques et des paysages de vacances pour garder un coin de soleil dans la tête, mais la guerre, non, pas de guerre, il n’y a pas eu de guerre … » « Et cette nuit encore il se réveillera et se souviendra et pourra se demander si c’est à cause du froid qu’il tremble, que son corps tremble, ou si c’est parce que qu’il y a en lui cette voix qui ne sait pas se taire et murmure des souvenirs comme dans un champ de mines ou de ruines, des mots, des questions, des images, un amas compact et confus dont il ne sait pas tirer autre chose que de la peur et le mal au ventre. »
« Peut-être que ça n’a aucune importance , tout ça, cette histoire, qu’on ne sait pas ce que c’est une qu’une histoire tant qu’on a pas soulevés celles qui sont dessous et qui sont les seules à compter, comme les fantômes, nos fantômes qui s’accumulent et forment les pierres d’une drôle de maison dans laquelle on s’enferme tout seul, chacun sa maison, et quelles fenêtres, combien de fenêtres ? Et moi, à ce moment-là, j’ai pensé qu’il faudrait bouger le moins possible tout le temps de sa vie pour ne pas se fabriquer du passé, comme on fait tous les jours ; et ce passé qui fabrique des pierres, et les pierres, des murs. » Enfin donc , un retour comme incapacité à être au monde, rester dans la nuit avec ses souvenirs... « Je voudrais savoir si l’on peut commencer à vivre quand on sait que c’est trop tard. » J'aime le titre que Mauvignier a choisi pour son livre : Des hommes : un pronom indéfini qui fait référence à une troupe, une masse indistincte : « Demain, une partie des hommes partira pour Oran. » Qui pourrait vouloir dire aussi : ce ne sont que des hommes et pourtant, la nature humaine est capable du pire. « Parce que, c’est, de faire ce qu’ils ont fait, je crois pas qu’on peut le dire, c’est tellement loin de tout, faire ça, et pourtant ils ont fait ça, des hommes, des hommes ont fait ça, sans pitié, dans rien d’humain, des hommes ont tué à coup de hache ils ont mutilé le père, les bras, ils ont arraché les bras, et ils ont ouvert le ventre de la mère et – Non. On ne peut pas. » Mais pourtant, ces hommes sont bien des individualités distinctes qui vivent les choses à la fois de manière similaire et différente. L'un ne rentre pas à la maison, tandis que l'autre rentre en faisant croire que tout s'est bien passé; pourtant les deux sont blessés au plus profond. Les pages sur l'impossible retour sont saisissantes; avec cette écriture qui réussit à dire ces hésitations, ces images qui reviennent en tête, qui sont trop dures pour être racontées, trop difficiles à décrire. La pensée confuse, la pensée qui est dépassée, le silence accumulé qui devient un mur qui sépare des autres, de ses proches. Un roman d’une très très grande force, encore… J’admire définitivement cet auteur pour sa sensibilité, sa compréhension, sa capacité à « nous faire ressentir ». Pendant la lecture de ce livre, je repensais au film Flandres de Dumont, j'ai trouvé des parallèle entre les deux. Une guerre ici d’Algérie qui aurait pu être une autre (comme dans le film dans lequel on ne sait jamais où on est), une sorte d’universalité du comportement des soldats et des blessures, aucun jugement, des personnages maladroits, des ruraux profonds qui ressortent encore affaiblis de cette épreuve, écrasés... L’incommunicabilité, un enfermement douloureux, récurrente chez Mauvignier, constitutive des personnages et aussi conséquence de ce qu’ils ont vécus. Et cette question, toujours : Que faire après ?  |
|  | | kenavo Zen Littéraire

Messages: 22980 Inscription le: 08/11/2007 Age: 43 Localisation: Luxembourg
 | Sujet: Re: Laurent Mauvignier Jeu 17 Sep 2009 - 18:05 | |
|  et bien, merci à toi Li... je savais pourquoi je pouvais faire court je me retrouve tout de suite dans cette lecture avec ton commentaire.. c'est un livre qui va m'accompagner encore pendant longtemps.. c'est tellement bon _________________ Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui a perdu sa passion. Saint Augustin
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|  | | aériale Zen littéraire

Messages: 9898 Inscription le: 01/02/2007 Age: 54 Localisation: Le Sud
 | Sujet: Re: Laurent Mauvignier Jeu 17 Sep 2009 - 19:10 | |
| Merci pour vos commentaires qui me mettent définitivement sur le grill | Li a écrit: | Un roman d’une très très grande force, encore… J’admire définitivement cet auteur pour sa sensibilité, sa compréhension, sa capacité à « nous faire ressentir » ... L’incommunicabilité, un enfermement douloureux, récurrente chez Mauvignier, constitutive des personnages et aussi conséquence de ce qu’ils ont vécus. Et cette question, toujours : Que faire après ? |
D'après ce que tu résumes Li, des thèmes très proches de Dans la foule. Pour moi ça n'a pas été une lecture facile. J'ai rarement autant souffert d'ailleurs, et j'espère m'en sortir avec celui-ci! Tu transcris bien ce ressenti, quasi physique... _________________ Après tout, la meilleure façon de parler de ce quel'on aime est d'en parler légèrement. Albert Camus
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|  | | Li Main aguerrie

Messages: 405 Inscription le: 09/05/2009
 | Sujet: Re: Laurent Mauvignier Jeu 17 Sep 2009 - 19:28 | |
| | aériale a écrit: | D'après ce que tu résumes Li, des thèmes très proches de Dans la foule. Pour moi ça n'a pas été une lecture facile. J'ai rarement autant souffert d'ailleurs, et j'espère m'en sortir avec celui-ci! Tu transcris bien ce ressenti, quasi physique... |
En fait, Mauvignier écrit sur des traumatismes, sur la manière dont chacun les gère. Ses personnages sont souvent des blessés qui ne parviennent pas à communiquer. Et là encore.
Moi aussi j'ai souffert en lisant "Dans la foule". Moins pour celui-ci par contre. Si ça peut te rassurer, Aériale... |
|  | | aériale Zen littéraire

Messages: 9898 Inscription le: 01/02/2007 Age: 54 Localisation: Le Sud
 | Sujet: Re: Laurent Mauvignier Jeu 17 Sep 2009 - 19:32 | |
| Ah oui ça me rassures Li Ce week-end je l'emprunte à une amie (qui en est encore sous le choc) je ne peux plus tenir _________________ Après tout, la meilleure façon de parler de ce quel'on aime est d'en parler légèrement. Albert Camus
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|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Laurent Mauvignier Jeu 17 Sep 2009 - 21:21 | |
| J'ai commencé Des hommes cette nuit... Si le style de Sylvie Germain évolue peu à peu vers une épure, celui de Laurent Mauvignier, au contraire, amplifie le ressassement qui le caractérise... J'étais peut-être un peu fatiguée mais j'ai trouvé le début de ma lecture un peu pénible... A suivre...  _________________ "Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie." (Jean Louis Barrault)
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|  | | Li Main aguerrie

Messages: 405 Inscription le: 09/05/2009
 | Sujet: Re: Laurent Mauvignier Ven 18 Sep 2009 - 17:28 | |
| | coline a écrit: | J'ai commencé Des hommes cette nuit... Si le style de Sylvie Germain évolue peu à peu vers une épure, celui de Laurent Mauvignier, au contraire, amplifie le ressassement qui le caractérise... J'étais peut-être un peu fatiguée mais j'ai trouvé le début de ma lecture un peu pénible... A suivre...  |
J'avais un peu la même sensation au départ, je sentais que j'allais être déçue (finalement pas), je trouvais la mise en place un peu longue. Après avoir terminé le livre, je pense ces pages nécessaires.
Pour ce que tu dis sur l'amplification du style, tu ne trouves pas Coline qu'avec Dans la Foule, il y a eu une "petite" rupture dans ce ressassement? En le lisant, je me souviens que je me disais "tiens, le style de Mauvignier change un peu, des phrases moins longues, qui errent moins...". Et pour Des hommes, je trouve aussi qu'il s'éloigne (enfin relativement, on reconnaît tout de même son style) des débuts, d'un "Loin d'eux" par exemple, où les phrases étaient vraiment parfois très "brouillon", comme la pensée peut l'être. Mais peut-être que je m'habitue en fait?  |
|  | | kenavo Zen Littéraire

Messages: 22980 Inscription le: 08/11/2007 Age: 43 Localisation: Luxembourg
 | Sujet: Re: Laurent Mauvignier Ven 18 Sep 2009 - 19:43 | |
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|  | | Li Main aguerrie

Messages: 405 Inscription le: 09/05/2009
 | Sujet: Re: Laurent Mauvignier Ven 18 Sep 2009 - 22:50 | |
| Merci Kenavo, c'est vrai que tu es très bien placée pour comparer après avoir lu Des Hommes puis Apprendre à finir. Je te rejoins sur le fait qu'incluant plus de personnages, le style plus étiré des débuts serait sûrement plus difficilement tenable. |
|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Laurent Mauvignier Sam 19 Sep 2009 - 13:41 | |
| | Li a écrit: | | coline a écrit: | J'ai commencé Des hommes cette nuit... Si le style de Sylvie Germain évolue peu à peu vers une épure, celui de Laurent Mauvignier, au contraire, amplifie le ressassement qui le caractérise... J'étais peut-être un peu fatiguée mais j'ai trouvé le début de ma lecture un peu pénible... A suivre...  |
J'avais un peu la même sensation au départ, je sentais que j'allais être déçue (finalement pas), je trouvais la mise en place un peu longue. Après avoir terminé le livre, je pense ces pages nécessaires.
Pour ce que tu dis sur l'amplification du style, tu ne trouves pas Coline qu'avec Dans la Foule, il y a eu une "petite" rupture dans ce ressassement? En le lisant, je me souviens que je me disais "tiens, le style de Mauvignier change un peu, des phrases moins longues, qui errent moins...". Et pour Des hommes, je trouve aussi qu'il s'éloigne (enfin relativement, on reconnaît tout de même son style) des débuts, d'un "Loin d'eux" par exemple, où les phrases étaient vraiment parfois très "brouillon", comme la pensée peut l'être. Mais peut-être que je m'habitue en fait?  |
Je partage en tous points ce que tu dis sur ce post...
J'ai beaucoup avancé dans ma lecture Des hommes...Quelle puissance!... L'écriture s'est allégée au fil du texte (mais on ne peut pas dire qu'elle soit légère, hein!...et c'est d'ailleurs ce qui fait que je l'aime... ). Mon impression de départ pour Des hommes était que j'avais l'impression que cette parole ne me semblait pas aussi naturelle que dans les ouvrages précédents... comme si l'auteur avait cherché à amplifier la confusion et le ressassement qui caractérisent son style . Un style qui traduit comme tu le dis la pensée humaine, cherchante et cahotique parfois...Un style qui donne au texte toute son humanité... _________________ "Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie." (Jean Louis Barrault)
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