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| Auteur | Message |
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coline Abeille bibliophile

Age : 57 Inscrit le : 01 Fév 2007 Messages : 14868 Localisation : Nord Auvergne
 | Sujet: Philippe Forest Mar 4 Sep 2007 - 23:19 | |
| Un fil consacré à Philippe Forest est déjà ouvert sur le forum en Littérature non romanesque. Comme il est écrit sur Le nouvel amour: roman, j'en ouvre un second.

« Là où tu étais, un trou est resté dans ma vie. Tout tombe autour et moi je tombe en lui. »
« Il n’y a pas de dernier mot. Tant que dure la vie, tout peut recommencer. Et ce recommencement est une grâce aussi. Je remercie le hasard qui m’a fait survivre à ma fille. Je le remercie même pour toute la dévastation qui a suivi. »
Philippe Forest écrit pour survivre à un drame. La mort de sa fille Pauline, d’un cancer, à l’âge de 3 ans. On se découvre plein d’empathie pour cet homme blessé. Et on le lit parce qu’il écrit bien, finement et juste. Je n’ai pas lu L’Enfant éternel , Toute la nuit et Tous les enfants sauf un …mais je connaissais Sarinagaraque j'ai beaucoup aimé ( j’y reviendrai sur l'autre fil).
Parmi les 700 et quelques livres qui sortent en cette rentrée, il y avait Le nouvel amour: roman. Je me suis laissée tenter …
Mais je n’aime pas trop les récits-confessions, les auto-fictions… Et dans ce "roman" Philippe Forest parle de lui. De sa femme Alice qui s’éloigne (la mère de la petite Pauline) sans toutefois se séparer totalement de lui. Tous deux semblent à jamais liés par le chagrin et le deuil. De Lou qu’il rencontre et se prend à aimer sans vraiment vouloir, lui non plus, quitter Alice.
Il ne s’agit pas d’une histoire d’adultère, de dissimulation. Tout semble naturel, tendre, simple. Avec une sincérité (oserais-je dire une impudeur ?) totale Philippe Forest parle de ce temps entre les deux femmes, disséquant sa passion pour Lou et ses sentiments pour Alice. Les débuts enchanteurs de ce nouvel amour : « Dans toute histoire d’amour, il y a ce point d’équilibre où l’on se tient un seul instant, dont ensuite reste à jamais la nostalgie, et à partir duquel on surplombe soudain tout le temps de sa vie. Le passé semble alors tout entier derrière soi. C’est à peine s’il a jamais existé. Le présent est là et il fait s’ouvrir devant soi, à ses pieds, le vide fabuleux d’un merveilleux avenir au bord duquel on se trouve encore, ivre d’un vertige stupide auquel on veut s’abandonner, tombant pour de bon et sans aucun remords vers un nouveau demain. »
Mais au point du merveilleux équilibre il est impossible de se tenir… Reviennent le désamour, la solitude…« un immonde chaos triste ».
Philippe Forest a besoin d’être précis, de comprendre et fait cheminer le lecteur avec lui dans sa réflexion, ses sensations, et le moindre de ses gestes, y compris les plus intimes. Etait-ce bien nécessaire d’en arriver jusque-là ? On se sent voyeur et gêné… _________________ « Parfois on rêve de recevoir un beau mensonge, des paroles dont on dit qu’elles sont dictées par l’amour. Dans l’instant on pleure dans les bras de personne, éperdument. » (Marie Cosnay, Adèle la scène perdue) |
|  | | Marie Zen littéraire

Inscrit le : 26 Fév 2007 Messages : 4750
 | Sujet: Re: Philippe Forest Mer 5 Sep 2007 - 19:32 | |
| | Citation: | | On se sent voyeur et gêné… |
Je n'ai bien sûr pas encore lu Le nouvel amour. Et peut-être que j'aurai la même impression. Mais la lecture des trois livres précédents ne m'a jamais amenée à ce constat, et pourtant, il va très loin dans la retranscription en mots de son réel, c'est à dire de la mort de sa fille . Il s'explique sur sa vision de la littérature dans un essai ,intitulé Le Roman, le Je, ici
dont j'extrais quelques phrases: L’autofiction, c’est tout simplement l’autobiographie soumise au soupçon. Au soupçon, c’est-à-dire au questionnement lucide de la conscience critique. Quiconque raconte son existence la transforme en roman et pénètre ainsi dans le domaine enchanté de la fable. On croit dire le vrai de sa vie et, dès que l’on y réfléchit, on s’aperçoit que tout récit, même le plus intime, a forme obligée de fiction
Car toute vie, en vérité, est un roman. Et en conséquence, seul le roman sait dire la vie.
Même dans le plus maladroit des récits de vie, je trouve davantage de vérité que dans toutes ces fables hypnotiques que le marché éditorial rémunère à hauteur de leur pouvoir de diversion. Chacun a droit au récit de sa vie et reprendre possession de ce récit est, pour celui qui s’y livre, un geste authentique de libération et de vérité.
L’intime n’a rien de commun avec la contemplation satisfaisante de son moi. Pour qu’il ait un sens, il faut entendre le mot dans le sens radical que lui donnait, par exemple, Georges Bataille. L’intime est blessure au plus profond de soi et c’est par cette blessure que les êtres communiquent entre eux et se trouvent rendus à la beauté de la nuit. |
|  | | coline Abeille bibliophile

Age : 57 Inscrit le : 01 Fév 2007 Messages : 14868 Localisation : Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Philippe Forest Jeu 6 Sep 2007 - 10:43 | |
| | Marie a écrit: | | Citation: | | On se sent voyeur et gêné… |
Je n'ai bien sûr pas encore lu Le nouvel amour. Et peut-être que j'aurai la même impression. Mais la lecture des trois livres précédents ne m'a jamais amenée à ce constat[/url]
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Je n'ai pas non plus eu ce sentiment à la lecture de Sarinagara où le drame vécu par Philippe Forest est évoqué, mais évoqué de façon sensible .
Dans Le nouvel amour, comment dire?...Je n'ai pas le livre sous la main pour en recopier des passages (je ne suis pas chez moi)...Mais je me serais bien passée de lire en détail tout ce qui se passe dans le sexe de son amoureuse ou au bout du sien...et comment ça vient...et comment de toutes les façons ils se font l'amour... Non pas que je me formalise facilement (j'ai lu et apprécié Françoise Rey! )...Cela aurait pu donner une lecture érotique mais ce n'est pas le cas...C'est une écriture impudique qui place le lecteur en position de voyeur... Sans compter, puisque c'est autobiographique, que je me suis sentie gênée pour Lou, l'amoureuse...Même si le prénom a sans doute été changé, je pense que tous ceux qui connaissent Philippe Forest savent de qui il s'agit, ce n'était pas une liaison cachée...
Bien sûr, il n'y a pas que cela dans ce roman, mais ces détails représentent des paragraphes et des paragraphes... Plus j'y pense, et plus ce livre me dérange... _________________ « Parfois on rêve de recevoir un beau mensonge, des paroles dont on dit qu’elles sont dictées par l’amour. Dans l’instant on pleure dans les bras de personne, éperdument. » (Marie Cosnay, Adèle la scène perdue) |
|  | | coline Abeille bibliophile

Age : 57 Inscrit le : 01 Fév 2007 Messages : 14868 Localisation : Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Philippe Forest Ven 7 Sep 2007 - 21:19 | |
| Dans Le Monde des Livres (24 Août 2007)
Par Patrick Kéchichian (Extrait) : La fièvre amoureuse après le deuil : un livre cru et cruel de Philippe Forest. A la fin de son roman, Philippe Forest qualifie celui-ci d' « objet incongru et injustifiable auquel le monde ne pourrait faire aucun accueil ». Quant à l'histoire qu'il renferme, elle est dite « insignifiante, certainement ». Sévère jugement qui place le lecteur face à une alternative délicate : rassurer l'auteur en démentant son propos ou s'empresser méchamment de l'approuver. Il faut bien sûr refuser ce choix qui interdit de faire justice à ce livre douloureux et terriblement imprudent. Un livre qui ne répond pas aux seules catégories de l'échec ou de la réussite. _________________ « Parfois on rêve de recevoir un beau mensonge, des paroles dont on dit qu’elles sont dictées par l’amour. Dans l’instant on pleure dans les bras de personne, éperdument. » (Marie Cosnay, Adèle la scène perdue) |
|  | | coline Abeille bibliophile

Age : 57 Inscrit le : 01 Fév 2007 Messages : 14868 Localisation : Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Philippe Forest Sam 8 Sep 2007 - 21:44 | |
| Sarinagara
(:?: j'hésite un peu...je poste ici...ou sur l'autre fil?...mais Philippe Forest le nomme roman...Allez...je poste ici...:) )
Marie avait présenté ce livre d’une bien belle façon…Je l’avais donc, grâce à elle, noté sur ma LAL…J’hésitais à lire Philippe Forest car, ainsi que j’ai pu le dire déjà, je goûte peu au genre auto-fiction, et je savais le drame qui avait poussé Philippe Forest à écrire des « romans » fortement autobiographiques pour survivre à l’horreur absolue, la perte d’un enfant…Ses « romans » me faisaient peur…Mais je savais aussi tout ce que l’on disait de l’écriture, de la finesse, de la sensibilité, de la culture de cet homme…Le commentaire de Marie m’a décidée...
Sarinagara est un chef-d’œuvre.
Philippe Forest parle d’un roman et il sait sans doute de quoi il parle puisqu’il est professeur de littérature comparée … Mais ce « roman » est construit en fait sur trois essais biographiques.
Ces essais concernent trois artistes japonais, d’époques et d’Arts différents : -Kobayashi Issa, maître des haïkus (1763-1827). -Natsume Sôseki (1867-1916), romancier. -Yamata Yosuke (1917-1966), le premier témoin photographe de la tragédie de Nagasaki.
Philippe Forest entraîne avec lui le lecteur de Paris à Kyôto, Tôkyô, Kôbe. Et à travers l’expérience humaine et artistique des trois artistes, dans une superbe méditation sur la mort, le deuil et le désir d’écrire et de vivre…désirs qui sont aussi ceux de Philippe Forest…. L’imaginaire d’un artiste peut tenter de combler le vide.
«C'est l'histoire de chacun. Et c'est la mienne aussi. Il n'y a rien qui soit assez fort pour empêcher que reviennent à soi les images de sa propre vie, et qu'elles sortent de l'épaisseur jaune et abstraite où flottent des fantômes. »
Philippe Forest et sa femme ont fait ce voyage au Japon après la mort de Pauline, leur fillette. Kôbe s’avérera être la ville que l'auteur préfère. Et soudain, il comprendra pourquoi dans une véritable illumination…
Sarinagara est un vocable japonais que l'on peut traduire par «cependant», «pourtant», ou encore «malgré tout». L'écrivain explique dans le prologue pourquoi il a choisi ce mot, le dernier du plus célèbre des poèmes de Kabayashi Issa (1763-1827). Ce poème peut être ainsi traduit, de manière littérale : Monde de rosée - c'est un monde de rosée - et pourtant pourtant
Tout ici-bas est «passage, vapeur, silence».
« Possible et impossible, survivre a eu lieu. Telle est l’épreuve et l’énigme »
Ce texte dense mais d'une parfaite limpidité est absolument splendide! _________________ « Parfois on rêve de recevoir un beau mensonge, des paroles dont on dit qu’elles sont dictées par l’amour. Dans l’instant on pleure dans les bras de personne, éperdument. » (Marie Cosnay, Adèle la scène perdue) |
|  | | Marie Zen littéraire

Inscrit le : 26 Fév 2007 Messages : 4750
 | Sujet: Re: Philippe Forest Dim 9 Sep 2007 - 2:14 | |
| Je suis contente que Sarinagara t'ait plu, Coline...et je crois que je vais penser la même chose que toi du dernier livre de Philippe Forest, je ne suis même pas certaine de le lire... Je tente une manoeuvre complexe ( enfin pour moi...) Des extraits de Sarinagara ici
Et je crois que ça marche!!! |
|  | | coline Abeille bibliophile

Age : 57 Inscrit le : 01 Fév 2007 Messages : 14868 Localisation : Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Philippe Forest Dim 9 Sep 2007 - 2:32 | |
| | Marie a écrit: | Je tente une manoeuvre complexe ( enfin pour moi...) Des extraits de Sarinagara ici
Et je crois que ça marche!!! |
Ca marche! _________________ « Parfois on rêve de recevoir un beau mensonge, des paroles dont on dit qu’elles sont dictées par l’amour. Dans l’instant on pleure dans les bras de personne, éperdument. » (Marie Cosnay, Adèle la scène perdue) |
|  | | Marie Zen littéraire

Inscrit le : 26 Fév 2007 Messages : 4750
 | Sujet: Re: Philippe Forest Dim 18 Nov 2007 - 2:44 | |
| J'ai donc lu Le nouvel amour... D'abord, je voudrais dire que je pardonne d'avance tout à quelqu'un qui met en exergue ces mots d'Aragon:
Je ne sais ce qui me possède Et me pousse à dire à voix haute Ni pour la pitié ni pour l'aide Ni pour en avouer ses fautes Ce qui m'habite et qui m'obsède
Tout est dit...même si la plus grande partie du nouveau livre de Philippe Forest m'a ennuyée. Comme m'ennuient toujours les les histoires de je t'aime, moi non plus, je te quitte, je reviens, et ici écrit de façon très impudique, quelquefois complaisante et dérangeante.
Mais en fait, il me semble que le thème réel de ce livre soit celui-là: «Ce qui arrive aux parents endeuillés, il existe toute une littérature qui l'explique»,mais " personne n'a jamais osé porter témoignage sur le versant proprement sexuel de l'affaire: le phénomène très visible d'aimantation érotique que produit l'expérience.». Et bien, c'est fait...C'est d'abord, il me semble, une vision tout à fait personnelle , a- t-on d'autre part envie de la lire ,c'est un autre problème... Avec toujours , chez cet écrivain qui s'est senti "invulnérable" à la mort de sa fille, le paradoxe de l'écriture du deuil. Raconter ne sert à rien puisque il faut bien écrire le mot fin, et pourtant écrire, s'écrire, permet de rester en vie. |
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