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Bernhard Schlink

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Marie-Laure
Sage de la littérature



Inscrit le : 12 Juil 2007
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MessageSujet: Re: Bernhard Schlink   Mer 19 Sep 2007 - 10:15

Je vous remercie à tous d'être là, de nous faire entre autre découvrir de nouveaux auteurs Very Happy J'ai adoré, vraiment Le Liseur que j'ai pu lire grâce à vous. Very Happy C'est un livre remarquable, écrit avec beaucoup de talent, qui nous parle de l'amour, de la loyauté, qui nous fait poser des questions sur notre propre analyse des évènements... Very Happy
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Stell_A
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MessageSujet: Re: Bernhard Schlink   Mer 3 Oct 2007 - 18:41

La quatrième de couverture ne m’avait pas, jusqu’à ce le Cercle m’en donne l’occasion, donné envie de lire ce roman.
J’ai été agréablement surprise.

C’est un récit sur l’amour et la culpabilité, symbolisant l’ambivalence des sentiments des allemands de la génération d’après-guerre, partagés entre l’amour pour leurs pères nazis et la honte.
Un thème resté longtemps tabou, que Bernhard Schlink a à nouveau traité dans son dernier roman paru en début d’année, Le retour.


Interview de l'auteur dans le Monde des Livres du 23/2/2007 :

Comment expliquez-vous la "culpabilité" de la génération qui n'a pas connu la guerre ?
L'histoire du droit montre que la culpabilité peut engager ceux qui ne furent ni les acteurs ni même les témoins des crimes. J'ai compris ce mécanisme en travaillant sur les sociétés primitives. Dans ces cultures premières, lorsqu'un membre d'une tribu assassinait un membre d'une autre tribu, sa tribu avait le choix entre l'exclure et le garder parmi les siens. En le gardant, elle assumait son crime : la faute, alors, rejaillissait sur la tribu entière.
De la même manière, en Allemagne, la deuxième génération a décidé non pas de rejeter mais d'intégrer la précédente dans son cercle de solidarités. Les pères, les oncles ont été acceptés en tant qu'hommes politiques, magistrats, professeurs... Ce faisant, les "fils" ont implicitement endossé la faute des "pères".

N'y a-t-il pas aussi un malaise plus intériorisé ?
Je crois à l'idée de culpabilité collective, lorsque la faute de celui qui a commis un crime devient aussi la faute de celui qui ne l'a pas commis. En Allemagne, ce sentiment est manifeste pour la plupart des écrivains de la première comme de la deuxième génération. En dépit des différences, ce qui les relie, c'est une "littérature de la culpabilité". L'expression d'une honte vécue dans leur chair mais enfouie et souvent refoulée comme toute forme de véritable culpabilité.

Pourtant, en ce qui vous concerne, votre père n'était en aucune façon lié au régime nazi. Comment expliquer que toute votre oeuvre s'enracine néanmoins dans cette obsession ?
En effet, mon père était professeur de théologie et membre de la très antinazie Eglise confessante. Mais grandir dans l'Allemagne de l'après-guerre a été une expérience étrange. Comme si les secrets empoisonnés du passé étaient cadenassés quelque part, hors de portée des enfants et que, comme dans Le Retour, seule la mère en détenait les clés. De temps en temps surgissaient des bribes de vérité. Un professeur que j'admirais particulièrement parce qu'il avait su me transmettre son amour de la langue anglaise avait été un officier SS. On avait vu son tatouage. Les rumeurs les plus terribles couraient sur son compte.
Plus tard, quand j'étais étudiant, je me suis engagé à l'usine pour gagner un peu d'argent. Je faisais partie de l'équipe de nuit qui travaillait de 6 heures du soir à 6 heures du matin. Entre 2 et 5 heures du matin, les ouvriers se mettaient à parler. Certains avaient vécu en Roumanie ou dans des zones de peuplement allemand où ils avaient été enrôlés dans la SS ou la Wehrmacht. Ce fut une expérience cruciale car j'avais pour eux une véritable affection. Et ces hommes que je côtoyais, que je trouvais sincèrement sympathiques, je les entendais dans le même temps faire le récit des atrocités qu'ils avaient commises.

Est-ce à dire qu'une des sources de cette culpabilité tiendrait à la fascination que la génération des fils éprouve encore à l'égard de celle des pères, quels qu'aient été leurs crimes ?
Tout le dilemme tourne autour des notions d'amour et de condamnation, d'admiration et de dégoût. Dans Le Retour, l'ambivalence des sentiments du narrateur est emblématique de ce que peut ressentir toute une génération d'intellectuels à propos d'Heidegger ou de Carl Schmitt. Moi-même, j'ai grandi avec des professeurs comme ça. A l'époque, j'ai rencontré Carl Schmitt lors de séminaires et fait personnellement l'expérience de cette déchirure - d'un côté, l'admiration pour l'intelligence du propos, de l'autre, la conscience claire de ce qu'il avait de répugnant. Aujourd'hui, je vous avoue que je ne m'y intéresse plus du tout, mais je vois bien quelle fascination il exerce encore auprès de certains groupes d'intellectuels allemands.

Une polémique est née aux Etats-Unis après la sortie du Liseur. L'écrivain Cynthia Ozick vous a reproché de faire de votre héroïne une analphabète pour mieux la disculper de ses crimes. Ne craignez-vous pas que cette discussion rebondisse avec Le Retour où les écrits du père nazi exercent sur le fils un trouble mélange de fascination et de répulsion ?
Les tenants de cette polémique passent à côté de mes romans, tout comme ils passent à côté de la réalité du monde. Ils voudraient que la division entre le bien et le mal soit une donnée, un point de départ. Or c'est l'inverse : cette frontière, il nous faut constamment la redessiner, en contournant toutes sortes d'obstacles et de séductions intellectuelles. Si le bien et le mal étaient clairement dissociables, si les nazis avaient été des monstres, il n'y aurait pas de problème. Le monde serait intelligible. C'est précisément parce qu'ils n'étaient pas que des monstres que ce qui s'est passé reste pour nous opaque et angoissant.

Qu'en est-il des "petits-fils", autrement dit de la troisième génération ?
Les écrivains de la troisième génération ne sont plus ligotés par la culpabilité. Ils ont certes une conscience claire des atrocités du IIIe Reich, mais cette question n'est pas pour eux un point de passage obligé. A mesure que la période s'éloigne, ils dépassent ce contexte historique particulier et donc la notion de "culpabilité allemande". Les conditions de production de la littérature deviennent plus libres, moins collectives. Plus universelles, peut-être.
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Marie-Laure
Sage de la littérature



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MessageSujet: Re: Bernhard Schlink   Dim 21 Oct 2007 - 13:16

Si quelqu'un (Stell A ? ) a dans sa bibliothèque, Le retour... je prends sourire
Je regardais hier sur Chapitre.com à propos des livres de cet auteur et au vu du résumé, je crois qu'il me plaira autant que Le Liseur !!!
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Stell_A
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MessageSujet: Re: Bernhard Schlink   Dim 21 Oct 2007 - 21:31

Marie Laure, je n'ai pas ce livre. :|
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Marie-Laure
Sage de la littérature



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MessageSujet: Re: Bernhard Schlink   Dim 21 Oct 2007 - 21:32

Stell_A a écrit:
Marie Laure, je n'ai pas ce livre. :|


Tant pis alors Crying or Very sad
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Sahkti
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MessageSujet: Re: Bernhard Schlink   Dim 6 Jan 2008 - 20:09

Le retour

Peter Debauer est un petit garçon, vivant dans l'Allemagne de l'après seconde guerre, entre une mère trop occupée pour l'aimer et un père qui a disparu pendant le conflit. Le petit passe ses vacances en Suisse, chez ses grands parents qui sont correcteurs de romans populaires. En farfouillant dans les livres qu'ils corrigent, Peter tombe sur le récit d'une prisonnier allemand en Russie qui rentre au pays pour découvrir que sa femme ne l'a pas attendu. Peter est persuadé d'avoir déjà lu ou entendu cette histoire, il se dit qu'elle pourrait être celle de son père, alors il mène l'enquête, mais dès qu'il pense s'approcher de la vérité, celle-ci s'éloigne à grand pas. Devenu adulte, Peter Debauer n'a pas abandonné sa quête de vérité. Les coïncidences et autres hasards se succèdent, au point d'envahir une bonne partie de la vie du jeune homme.

Magnifique récit de Bernhard Schlink qui mène deux histoires en parallèle: celle de Peter Debauer et celle de l'Allemagne obésissante puis groggy, qui se réveillera avec la gueule de bois et des bobos au coeur.
A travers les nombreuses interrogations de Peter au fil des ans, Schlink pose ces questions au lecteur et s'interroge à son tour sur ce pays meurtri, sur les notions de justice, de bien, de mal, de mensonge et de vérité. Le procédé est habile car il permet d'éviter l'écueil des leçons de morale trop savamment données ou des vérités assénées comme indiscutables. Les réflexions de Peter deviennent les nôtres, on cherche à comprendre et la quête du père devient celle de l'exil, de tous ces êtres partis au nom d'une conviction et rentrés pour croiser du vide.
En plus de cette manière de faire, j'ai également beaucoup aimé le temps que prend Bernhard Schlink pour planter son décor et ses personnages, ces vacances en Suisse dont aucun détail n'est épargné, cette atmosphère en apparence insouciante qui se retrouvera assez vite ébranlée par le besoin de savoir.
L'écriture est belle, élégante et le propos pertinent. Une vraie belle lecture!
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Bellonzo
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MessageSujet: L'odyssée du Retour   Mar 22 Juil 2008 - 18:39

Livre déroutant que Le retour du berlinois Bernhard Schlink,tenant du roman d'apprentissage et de la quête du père,et surtout du thème de L'Odyssée,du retour à la maison.Nous savons tous maintenant que si Ulysse a mis dix ans pour retrouver Ithaque c'est qu'il a musardé, peu pressé semble-t-il de retrouver cette chère Pénélope et ses soucis quotidiens.Le jeune Peter a retrouvé les traces de celui qu'il pense être son père.Mais il y eu la Guerre et dans cette Allemagne bientôt divisée en deux il lui est bien ardu de savoir la vérité sur ce père absent,lointain,irréel et ce n'est pas sa mère, étrangement aphasique à ce sujet qui peut le renseigner. La tendresse il l'aura trouvée chez ses grands-parents maternels, relecteurs de romans populaires qui vont orienter les recherches du jeune Peter.Sous influence littéraire certes Peter va remonter un fil d'Ariane qui s'avèrera une via dolorosa dont sa rencontre avec Barbara souffrira,entre remises en question et abandons.

Point par point,pierre par pierre,il reconstituera le puzzle de ses origines et tout au long du roman nous assistons aux recherches entreprises par Peter,devenu spécialiste des questions de loi et de justice(comme Schlink lui-même professeur de droit et magistrat), pour connaître la vérité.Mais au bout d'une enquête en chausse-trapes la rencontre s'avèrera rude et très surprenante.On ne sera pas étonné de voir dans Le retour une réflexion très serrée sur la notion de culpabilité ,inhérente à tout romancier allemand depuis soixante ans.Et si à force de déconstruire l'Histoire se pointait quelque chose qui ressemblerait au révisionnisme.Je m'empresse de préciser que ceci concerne le roman,absolument pas le grand écrivain qu'est Bernhard Schlink dont on n'a pas oublié Le liseur ni les nouvelles d'Amours en fuite.
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domreader
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MessageSujet: Re: Bernhard Schlink   Mar 22 Juil 2008 - 18:48

Le Liseur

Bellonzo, tu me rappelles que j'avais beaucoup aimé ce roman aussi quand je l'ai lu, et je vais très certainement un jour lire le Liseur. Voici, ce que j'avais écrit dans mes notes a propos du 'Retour':

"Un très beau roman, qui nous promène sur de multiples pistes pour mieux nous ramener à l'essentiel, à ce qui compte vraiment. Il pose le problème de l'identité, de la maturité, des apparences du bien et du mal. Bernhard Schlink nous y amène avec un talent de conteur formidable, sans nous ennuyer une minute, à coup de chapitres brefs et de mots simples. Chapeau bas." bonjour

Bellonzo, en tout cas le mot "déroutant" convient parfaitement à cet ouvrage.
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bix229
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MessageSujet: Bernhard Schlink   Mar 22 Juil 2008 - 18:58

Le liseur, un livre que j'avais beaucoup aimé et qui pose de nombreuses
questions.
Le livre ou plutot le sujet traité, les amours d'un ado avec une ancienne Kapo avait soulevé des controverses. A tort, je crois. Il me semble que
l' auteur a voulu montrer que l'amour et la passion peuvent l'emporter sur toute autre considération.
Mais d'autres lectures sont possibles.
Schlink n'a malheureusement pas confirmé. Difficile d'écrire un autre livre après Le liseur...
colibri
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Argantel
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MessageSujet: Re: Bernhard Schlink   Mar 22 Juil 2008 - 20:13

J'ai également beaucoup aimé Le liseur. C'est un livre dont on m'avait beaucoup parlé et dont j'appréhendais un peu la lecture, de peur d'être déçue.

Il n'en est rien, je l'ai dévoré et adoré !

Ce livre nous met face à la culpabilité du peuple allemand et face à la difficulté des jeunes générations de porter le poids de l'Histoire. Toutes ces questions sur la responsabilité, le respect, le libre arbitre sont abordées avec une grande sensibilité et beaucoup d'humanité.

Je recommande vraiment ce beau texte qui, sans être difficile à lire, m'a permis de mieux comprendre ce qui s'est passé dans l'Allemagne de l'après-guerre.
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chrisdusud
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MessageSujet: Re: Bernhard Schlink   Mar 22 Juil 2008 - 21:19

J'ai également beaucoup aimé "le liseur". . je l'ai lu l an dernier et je ne m'en souviens plus très bien mais je me souviens que je l'avais trouvé bien écrit. Un livre lourd de sens.
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Bernhard Schlink

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