Arabella Zen littéraire

Messages: 4182 Inscription le: 02/12/2007 Age: 47 Localisation: Paris
 | Sujet: Re: Robert Musil [Autriche] Dim 20 Sep 2009 - 20:34 | |
| Par rapport à mon expérience des lectures communes, ce qui fait difficulté, c'est le rythme différent de lecture des participants. Et dans un livre aussi long que L'homme sans qualités, les différences risquent de s'accentuer. Donc je ne suis pas sûre que ce soit le livre idéal. Néanmoins si plusieurs personnes sont partantes, je tenterai la chose, mais alors en 2010, parce qu'il n'y a pas vraiment de date libre avant ça.  _________________ Si la raison dominait sur la terre, il ne s'y passerait rien. (Fontenelle)
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darkanny Main aguerrie

Messages: 329 Inscription le: 02/09/2009
 | Sujet: Re: Robert Musil [Autriche] Dim 20 Sep 2009 - 20:46 | |
| En janvier 2010 pour faire digérer la dinde et les chocolats de Noêl , ça va être radical |
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animal Zen littéraire

Messages: 9135 Inscription le: 12/05/2007 Age: 28 Localisation: Tours
 | Sujet: Re: Robert Musil [Autriche] Jeu 1 Oct 2009 - 21:04 | |
| extrait de Noces : | Citation: | C'était bien un angle, il suffisait d'un peu d'attention pour s'en convaincre ; mais l'"autre chose" presque matérielle qu'il y avait dans cet angle, ces deux êtres étaient seuls à pouvoir la saisir, à qui il semblait que ce fût entre eux comme une poutrelle du plus dur métal qui les eût maintenus chacun à sa place tout en les liant, si séparés fussent-ils, d'un lien quasi tangible... Cela prenait appui au creux de l'estomac où ils sentaient la pression... Cela les raidissait contre le dossier de leur siège, avec des visages immobiles et des regards fixes, et ils n'en devinaient pas moins, à l'endroit du contact, une mobilité tendre, une légèreté infinie, comme si leurs coeurs, tels deux essaims de papillons, confondaient leurs vols... A ce sentiment ténu, à peine réel et pourtant si perceptible, ainsi qu'à un axe un peu tremblant, et aux deux êtres sur qui il s'appuyait, toute la chambre était suspendue : les objets retenaient leur souffle, la lumière sur les parois se figeait en pointes dorées, tout se taisait, attendait, tout était là pour eux... Le temps, qui court dans le monde tel un fil qui n'aurait jamais fini d'étinceler, paraissait passer par cette chambre, par ces êtres, et soudain s'arrêter, se figer, toujours plus immobile, toujours plus étincelant... et les objets se rapprochèrent un peu les uns des autres. Ce fut un arrêt puis un affaisssement infime, comme quand des surfaces s'organisent soudain en cristal, autour de ces deux êtres à travers qui passait la ligne médiane et qui tout à coup se regardaient dans ce suspens, cet infléchissement, cet enveloppement ainsi que dans une multitude de surfaces miroitantes, et se regardaient encore, comme si c'était la première fois qu'ils se voyaient... La femme reposa la théière, sa main s'allongea sur la table. Comme épuisé par le poids de son bonheur, chacun se renfonça dans les coussins ; tandis qu'ils se tenaient captifs par le regard, ils eurent un sourire perdu et sentirent le besoin de ne pas parler d'eux-mêmes. Ils se remirent à parler du malade - un personnage d'un livre qu'ils avaient lu ensemble - et ils commencèrent par un passage et une question tout à fait précis, comme s'ils y avaient pensé, alors que ce n'était pas vrai, alors qu'ils ne faisaient que reprendre un dialogue qui les avait déjà pendant des jours envoûtés, comme si ce dialogue dissimulait son vrai visage et, tout en ayant l'air de parler du livre, tendait à tout autre chose ; et cette fois encore, en effet, au bout de quelques instants, grâce à ce prétexte inconscient, leurs pensées étaient revenues à eux-mêmes. -... Un homme tel que ce G., comment crois-tu qu'il se voie ? demanda la femme qui poursuivit, presque comme pour soi, tant elle était absorbée : Il séduit des enfants, il incite des jeunes femmes à se prostituer. Ensuite, le voilà qui sourit, debout, considérant d'un oeil fasciné la faible flamme d'érotisme qui vacille quelque part au fond de lui. Crois-tu qu'il pense mal agir ? - S'il le pense ?... Peut-être ; ou êut-être non, répondit le mari. Je ne sais si l'on peut poser la question ainsi à propos de tels sentiments. - Moi, je crois... dit la femme, et il apparaissait maintenant qu'elle ne parlait nullement de ce personnage fortuit, mais de quelque chose de précis qui se faisait jour déjà pour elle derrière lui... je crois qu'il pense bien agir. Alors, pendant un instant, leurs pensées glissèrent côte à côte, puis de nouveau, très loin, ressurgirent en mots. (...) |
après, les égarements et l'inquiétude plus grande...imaginez le mouvement qui se poursuit... _________________ Vous savez, "Qu'importe" est une maladie qu'on ne soigne pas encore...
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swallow Agilité postale

Messages: 677 Inscription le: 06/02/2007
 | Sujet: Re: Robert Musil [Autriche] Mar 6 Oct 2009 - 9:08 | |
| Splendide l´extrait choisi de "Noces", Animal. La sompteuse beauté de l´ecriture va éclairer ma journée, merci encore! _________________ "L´homme, par le fait d´être homme, est déjà par rapport à l´âne ou au crabe un animal malade- car la conscience est une maladie." Miguel de Unamuno.
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