
Parfum de livres…parfum d’ailleurs
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kenavo Zen Littéraire

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 | |  | | bix229 Zen littéraire

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 | Sujet: Re: W.G. Sebald [Allemagne] Mar 16 Juin 2009 - 19:57 | |
| Je me souviens de la vue obsédante qu' avait Seabald de la fenetre d' hopital dont il nous parle au débu des Anneaux de Saturne : "Je me rappelle très précisément qu' aussitot après avoir pris possession de ma chambre, au 8e étage du batiment, je devins la proie d' une véritable hantise, me figurant que les vastes espaces que j' avais franchis l' été précédent dans le Suffolk s' étaient définitivement rétractés en seul point aveugle et sourd.Il est vrai que de mon lit je ne voyais du monde qu' un morceau de ciel blafard s' inscrivant dans l' embrasure de la fenetre." Sebald raconte qu' il était toute la journée assailli par un désir devérifier (par un coup d' oeil jeté par la fenetre de l' hopital bizarrement voilée d' un filet noir) que la réalité n' avait pas, comme il craignait, disparu pour toujours.Ce désir, avec l' irruption du crépuscule, devenait si fort en luiqu' après avoir réussi, moitié à plat ventre, moitié sur le flanc,à se glisser par dessus le bord du lit jusqu' au sol et rejoindre le mur à quatre pattes, il parvenait à se redresser malgré les douleursressenties, se hissant à grand peine, cramponné à l' appui de la fenetre. Enrique Vila-Matas - Parce qu' elle ne l' a pas demandé. Dans le recueilExplorateurs de l' abime, p. 264 |
|  | | kenavo Zen Littéraire

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 | Sujet: Re: W.G. Sebald [Allemagne] Mar 23 Juin 2009 - 21:02 | |
| Quand j'aime, j'aime à 150% - et j'ai donc profité de ma présence à Paris pour visiter cette expo (dont je parle quelques messages plus haut) dans l'institut Goethe  Il y avait que quelques photos personnelles de lui.. quelques souvenirs trouvés dans sa succession..  mais - MAIS - surtout - des pages du manuscrit original de Austerlitz.. oui, je sais, cela semble étrange de s'émouvoir devant des pages écrites d'un auteur.. mais pour cet auteur, et ce livre.. c'était le cas pour moi et je suis contente de les avoir pu voir Et le plus drôle - pour la première fois de mes visites à Paris, on a dû changer de métro le soir après l'expo à la gare d'Austerlitz Cachemire, je suis navrée - mais avant l'expo je savais que je voulais demander si on va la voir à Francfort - mais l'émotion m'a fait oublier ma question.. mais je vais t'informer si je vois quelques choses _________________ Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui a perdu sa passion. Saint Augustin
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|  | | bix229 Zen littéraire

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 | Sujet: Re: W.G. Sebald [Allemagne] Mar 23 Juin 2009 - 22:20 | |
| Kena, tu n' a pas pu apprendre si on pouvais compter sur d' autres textes de Sebald que des fonds de tiroir ? |
|  | | kenavo Zen Littéraire

Messages: 22980 Inscription le: 08/11/2007 Age: 43 Localisation: Luxembourg
 | |  | | Cachemire Agilité postale

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 | |  | | kenavo Zen Littéraire

Messages: 22980 Inscription le: 08/11/2007 Age: 43 Localisation: Luxembourg
 | Sujet: Re: W.G. Sebald [Allemagne] Ven 26 Juin 2009 - 11:27 | |
| Rick Moody sur Les Anneaux de SaturneJ’ai découvert Les Anneaux de Saturne à l’époque où Austerlitz, du même auteur, paraissait aux Etats-Unis. J’avais souvent entendu parler de Sebald, mais ne l’avais pas encore exploré. Cependant, à la parution d’Austerlitz, Sebald est devenu extrêmement populaire dans les cercles littéraires, comme un Roberto Bolano peut l’être actuellement. C’était l’écrivain étranger. Il semble que les Américains ne tolèrent qu’une traduction de livre étranger à la fois. Quoi qu’il en soit, on m’a conseillé ce livre plus ancien dans sa bibliographie, Les Anneaux de Saturne. Je ne savais pas tellement à quoi m’attendre, même si je savais que Sebald utilisait beaucoup de photos dans ses ouvrages. Ce qui m’a stupéfié, c’est la façon dont il utilise la digression comme structure même du livre et comment celle-ci démantèle l’opposition entre fiction et non-fiction. Ce sont des choses qui m’intéressent énormément, et c’est ainsi que, dès cet instant, j’ai eu l’impression d’avoir entre les mains le livre de mes rêves. Il était simplement fidèle à l’idée que je me faisais de la littérature, de ses pouvoirs bien que ce fût la première fois que j’en rencontrais un si parfait exemple.
Le titre est énigmatique. Il n’est jamais évident, lorsqu’il s’agit d’un roman, d’en comprendre le titre, ce qui implique que le lecteur doit l’interpréter à sa façon. Bien sûr, à première vue, Les Anneaux de Saturne est un beau titre. Et une grande partie du livre est circulaire : c’est un « système annulaire », pour reprendre l’expression de Davis Foster Wallace, relative aux choses qui ont pour caractéristique la compulsion de répétition. Le livre décrit surtout une balade qu’un des personnages, appelé W.G.Sebald, a faite le long de la côte Est de l’Angelterre. Il n’y a donc pas grand-chose dans le « roman », qui soit véritablement en rapport avec Saturne, si ce n’est rien du tout. Et pourtant, la balade est circulaire, la structure du livre est circulaire, etc. Voilà pourquoi les anneaux de Saturne sont une structure idéale pour comprendre le livre. J’ai moi-même fait des schémas de chaque chapitre, et bien que ceux-ci ne soient pas toujours circulaires, il me paraît évident que le livre dans sont entier l’est.
Sebald a sans doute plus lu Nietzsche que moi. Je pense que la vision allemande de l’Histoire est parmi les plus tragiques qui soient, et quand on lit les toutes dernières œuvres de Sebald – celle publiées en anglais juste avant sa mort prématurée (De la destruction comme élément de l’histoire naturelle, etc.) – on a affaire à une vision très sombres, très allemande de l’Histoire. Pas totalement nihiliste, au sens nietzschéen du terme, mais marquée au seau d’un désespoir considérable. Je suis sans doute moins désespéré. Je crois sincèrement que les institutions politiques sont généralement corrompues, presque toujours appelées à péricliter, et je pense que les méfaits du capitalisme, brutal et impitoyable, sont hypocritement occultés par ses divertissements propagandistes. Mais je n’ai pas vécu avec cet héritage – celui de la Seconde Guerre mondiale, par exemple – de la même façon que Sebald. Il lui pesait. Dans son sillage, il lui était impossible de trouver la paix.
Ma technique littéraire se rapproche de la sienne, même si je pense qu’au moment où je l’ai découvert – un peu moins d’une dizaine d’années -, j’avais déjà trouvé mon propre style. C’est donc plus une coïncidence, ou peut-être un accident de l’Histoire, une âme sœur, que de l’imitation ou une influence. Ainsi, même le style singulier de Sebald n’est rien sans la voix du précurseur Thomas Bernhard qui résonne à son oreille. Je pense avoir en commun avec Sebald un goût pour la digression. Nous ne sommes pas les seuls. Il y a aussi Burton, Sterne et un grand nombre d’écrivains modernes. Et je pense que c’est moins une technique qu’une inclination. La technique suppose que vous ayez déjà réfléchi à ce que vous essayez de faire. Et une grande partie des Anneaux de Saturne, malgré sa splendide prose et sa surface très travaillée, repose sur ce simple conseil : allez là où vous mène votre plaisir, que ce soit une promenade ou une réflexion à propos de Joseph Conrad. Il est sans doute vrai que ces plaisirs, dans Les Anneaux de Saturne, permettent de désamorcer la mélancolie, de la tenir à distance, tout en les rendant encore plus précieux, plus agréables…
Il y a beaucoup de chapitres consacrés à la soie et aux vers à soie. Dans un chapitre, Sebald se promène, et sa marche l’incite à des élucubrations très érudites, parmi lesquelles deux rêveries prolongées sur la soie. J’ai appris énormément sur la soie en lisant ces passages, mais plus encore, j’ai appris énormément sur la raison pour laquelle un esprit en viendrait à s’intéresser à la soie et sur la route empruntée par une personne douée d’intelligence pour s’intéresser à un tel sujet. Il y aussi un beau chapitre consacré à la colonisation du Congo et à quelques-uns des personnalités impliqués dans ce désastre. Il y a des pages sur les harengs et sur le commerce du hareng. Le chapitre huit est lui aussi palpitant : à partir de là, le livre devient presque absurdement réflexif, poursuivant des comparaisons entreprises dans les chapitres précédents. Il est donc possible que la forme circulaire de l’ensemble ne soit pas du tout un cercle, mais plutôt une spirale. À vrai dire, j’aime le livre dans son entier, sinon je ne l’aurais pas choisi pour cet entretien ! C’est juste que ça ne ressemble pas à grand-chose parmi ce qui se fait en ce moment, et certainement pas à un roman réaliste conventionnel avec un début, un milieu, et une fin. Dieu merci ! J’en ai lu assez pour toute une vie !source: Transfuge N°6&7 - 2009 _________________ Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui a perdu sa passion. Saint Augustin
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|  | | Cachemire Agilité postale

Messages: 916 Inscription le: 11/02/2008 Age: 43
 | Sujet: Re: W.G. Sebald [Allemagne] Ven 26 Juin 2009 - 17:41 | |
| Article vraiment intéressant ! Merci Kenavo Quand Moody dit : " Ce sont des choses qui m’intéressent énormément, et c’est ainsi que, dès cet instant, j’ai eu l’impression d’avoir entre les mains le livre de mes rêves. Il était simplement fidèle à l’idée que je me faisais de la littérature, de ses pouvoirs bien que ce fût la première fois que j’en rencontrais un si parfait exemple". Voilà exactement ce que j'ai ressenti en lisant " Austerlitz", un éblouissement, l'impression d'avoir le livre de mes rêves entre les mains. C'est une sensation fantastique pour une lectrice. _________________ Le monde est fait pour aboutir à un beau livre. Stéphane Mallarmé
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|  | | kenavo Zen Littéraire

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 | Sujet: Re: W.G. Sebald [Allemagne] Ven 26 Juin 2009 - 19:35 | |
| Même ressentiment pour Austerlitz en ce qui me concerne  _________________ Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui a perdu sa passion. Saint Augustin
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|  | | Wittgen Envolée postale
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 | Sujet: Re: W.G. Sebald [Allemagne] Lun 31 Aoû 2009 - 16:58 | |
| Sebald me rappelle Montaigne et, plus près de nous, Claudio Magris ( Danube). J'y retrouve le goût de la prose travaillée, le plaisir de l'érudition, de la digression joyeusement menée (même s'il y a peut-être plus d' inquiétude chez Sebald) au gré des flâneries et des découvertes. Grand auteur. J'aimerais le lire en allemand, mais ça me paraît encore un peu délicat pour le moment - c'est une prose recherchée. |
|  | | kenavo Zen Littéraire

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 | |  | | Wittgen Envolée postale
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 | Sujet: Re: W.G. Sebald [Allemagne] Mar 1 Sep 2009 - 9:46 | |
| L'allemand est ma LV2 (collège donc), mais la langue de Sebald est trop précieuse pour m'être assez limpide pour le moment. Mais je me replonge dans mes livres de vocabulaire d'allemand pour pouvoir lire aisément toute cette grande littérature dans le texte... Langue difficile tout de même, avec ces mots qui s'agglomèrent. |
|  | | kenavo Zen Littéraire

Messages: 22980 Inscription le: 08/11/2007 Age: 43 Localisation: Luxembourg
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