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 Anna Maria Ortese [Italie]

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bix229
Zen littéraire


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MessageSujet: Anna Maria Ortese [Italie]   Lun 23 Mar 2009 - 19:23



Anna Maria Ortese, 1914-1998

Pour parler d' Anna Maria Ortese, une fois n' est pas coutume, je vais m' attarder sur sa vie, qui permet de mieux comprendre son oeuvre, une oeuvre belle et originale mais très surprenante parfois.

Je me suis servi d' une étude De Bernard Simeone, écrivain lui-meme et
grand traducteur et introducteur de la littérature italienne en France.

Anna Maria Ortese a mené en Lybie et dans toute l' Italie une vie errante
pratiquement toute sa vie.
Une vie qui ressemble à un mélo : disparition à Fort de France d' un frère très aimé, conditions matérielles de plus en plus précaires, exils...
Après la Deuxième Guerre Mondiale, la maison de Naples où elle vivait alors, est détruite par les bombes.
Meme si elle a quelques amis, aucun ne lui pardonnera d' avoir mis à nu avec la cruauté de sa candeur, les mensonges de l' écriture, l' oubli des utopies et la quete désespérée du succès.

Anna Maria Ortese connaissait depuis longtemps Edgar Poe et Katherine
Mansfield, et plus tard, Lewis Carroll, Coleridge, Blake, Defoe, Stevenson
les soeurs Bronte, Emily Dickinson, Hawthorne, Melville, James.
Et ces écrivains, dont on sent parfois l'influence dans son oeuvre,
l' aidèrent à supporter une solitude terrible et souvent hallucinée.

De maisons d' amis en chambres meublées, de ports en villes du continent, de la jeunesse sauvage et muette jusqu' à la vieillesse très malheureuse,
on peut dire que sa vie ne fut jamais réelle.
La pauvreté, l' hypersensibilité, le sentiment d' une Italie morte avec la guerre lui a fait écrire, comme Sivio d'Arzo, que nous vivons dans la maison des autres.

Toute sa vie, elle connut des problèmes de survie. Et ceci permet d' expliquer d' où naissent les tensions dans ses écrits... Et puis la solitude,
la fuite et cette sensation permanente de désastre.

La plupart des histoires d' amour, écrit A.M. Ortese, ne sont qu' histoires de haine, de vol et de farce, accompagnées de chants célestes...
Naturellement, il existe aussi des exceptions, et ce sont les histoires de l' affection, des grandes affections qui concernent les humbles vies
purement animales, où l' amour n' existe pas.

Les oeuvres de Anna Maria Ortese sont hantés, en permanence, visionnaires...

La norme et la règle semblent semblent brisées. Cela ne signifie pas
que la raison nous soit plus lointaine qu' hier. C'est la normalité qui s'est éloignée.

L' étrangeté est dans les choses, dans la vie réelle. La peur aussi.

Seul l' homme fait souffrir, car il le fait aussi quand ce n' est pas nécessaire... Il choisit ceux qui n' ont aucun droit.
Je me sens plus que jamais du coté des bètes, je me sens comme leur parente, à tout le moins leur amie, leur fidèle.

Si écrire lui était nécéssaire, indispensable meme, plus nécéssaire encore
était la compassion, le secours porté à toute vie.

Je voudrais parler encore longtemps de cette femme, mais je le ferai quand elle sera lue.
Je crois que son oeuvre est parfois difficile à lire et à comprendre.
Je n' ai pas tout lu ni tout compris.
Mais elle m' a beaucoup apporté.


Bibliographie sélective :

- L' Iguane, Gallimard, 1988

- Le murmure de Paris, Terrain vague, 1989

- De veille et de sommeil, Gallimard, 199O

- Les beaux jours, Terrain vague, 1991

- La lune sur le mur, Terrain vague, 1991

- La Douleur du chardonneret, Gallimard, 1998


Dernière édition par bix229 le Lun 23 Mar 2009 - 23:38, édité 1 fois
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bix229
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Lun 23 Mar 2009 - 20:38

DE VEILLE ET DE SOMMEIL

Ce recueil est un bon exemple des récits qu' écrivit Anna Maria Ortese, et qui relèvent de l' état de sommeil et des réflexions propres à l' état de veille.

Et comment elle savait avec bonheur meler le réel et le songe.

De temps à autre, la nuit, ou aux approches de l' aube, je me réveille sous
le coup d' une douleur qui est la plus désespérée, la plus intolérable que je
connaisse.
Je ne sais pas où je suis.
Certes, à y réfléchir un instant, je connais le lieu immédiat, le nom de la ville et meme la rue, qu' éclaire encore, à cette heure-là, le réverbère du coin ; de meme je connais le nom du pays, du continent, du globe , où
cette ville et cette rue se trouvent : Italie, Europe, Terre.
Mais où l' univers est-il lui-meme situé, voià ce que j' ignore...

Salut nocturne. Dans le recueil De veille et de sommeil. P. 147
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Marko
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Lun 23 Mar 2009 - 21:04

J'ai lu L'Iguane il y a quelques années et c'est un roman qui m'a beaucoup marqué. Je l'avais trouvé très complexe mais envoûtant. Un récit presque hallucinatoire, visionnaire, où les personnages de cette île mystérieuse coexistaient avec leurs propres projections mentales. Elle a écrit plusieurs récits dans ce registre fantastique et proche du rêve. En tout cas c'est un grand livre. Tu me donnes envie d'y retourner.

_________________
Peut-être n'y a-t-il pas d'auteurs littéraires véritablement ennuyeux, mais seulement des lecteurs impatients ou non avertis.
Joyce Carol Oates
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tom léo
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Lun 23 Mar 2009 - 22:46

Les beaux jours“

(Italien: Poveri e simplici, Firenze, 1967)

La narratrice, Bettina, se souvient des « beaux jours » quand au début des années 50 elle vivait comme jeune femme dans une « commune », marqué par la gauche. Cette période est sous le signe de la pauvreté et la recherche constante de travail, mais aussi un moment de partage des mêmes idéaux. Elle essaie de travailler l’écriture et reçoit, un moment décisif pour elle et ses amis, un prix important. Puis une histoire d’amour prendra le dessus : d’abord dans la distance, avec un journaliste et qui au cours de deux ans deviendra une relation d’amour qui « date jusqu’à aujourd’hui ».

J’ai lu avec joie ce livre, certes un peu trop romantique un moment donné. En cela il pourrait être de la plume d’une jeune fille. Mais le livre fut publié en 1967 et Ortese avait déjà ses 50 ans! J’ai fait une grande gaffe en regardant pendant la lecture dans une biographie de l’auteur. Là, elle disait que « Poveri e simplici » était son plus mauvais livre. Comment contredire un auteur ? Ou est-ce que cela parle alors pour la qualité des autres œuvres ? Surtout dans le premier aspect d’une vie communautaire, à la recherche permanente de travail, elle arrive à donner une image à cette époque, peut-être aussi à un part autobiographique. Et la critique de son pays fut pas d’accord avec son avis, car elle obtenait le Prix Strega.
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bix229
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Lun 23 Mar 2009 - 23:22

Oui, L' Iguane est un livre étonnant, peut etre le meilleur d' Anna Maria Ortese.
Mais peut etre est il préférable de ne pas commencer par ce livre-là...

Depuis que je suis sur ce forum et que j' ai commencé à parler d'auteurs
italiens, j' ai toujours pensé à Svevo et Ortese tout en réfléchissant aux difficultés qu' il y aurait à les présenter.

Je suis persuadé qu' on peut entrer dans l' univers d' Ortese, et qu'on peut
l' aimer, en connaissant sa vie déjà, et à condition de ne pas etre trop dérouté d' emblée.
Or les derniers livres d' Ortese sont vraiment dérangeants et meme parfois
incompréhensibles, soit parce que son univers mental se dégradait, soit parce que la logique de sa propre évolution la rendait moins facilement compréhensible.
Je ne sais pas.

Mais je pense que pour éviter tout malentendu avec elle, il faudrait peut
etre commencer par des livres comme Le Murmure de Paris, La Lune sur le
mur ou Le Silence de Milan, où l' on est saisi plus directement par l' angoisse de cette femme, mais aussi par sa grande sensibilité, son imagination extraordinaire, sa compassion pour la souffrance...
Et par cette beauté poétique, propre à ceux qui ont beaucoup souffert et dont la felure est durable.

Il y a aussi le texte d' un entretien qu' elle eut avec Bernard Simeone dans
le recueil De veille et de sommeil qui est lumineux pour la compréhension
de l' oeuvre...
Mais bon je savais que ce serait difficile de parler d' Anna Maria Ortese !jypeurien
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bix229
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Mar 24 Mar 2009 - 20:07

Une partie des hommes -nous ne savons jamais laquelle- aime la destruction pour la destruction, aime l' effet du détruire : la douleur de l' autre est son but.
Le monde est un enfer à cause de ces hommes-là. et ce ne sont pas toujours les exlus de la société.

Il est des hommes intègres qui jouissent de la souffrance d' une bète,
et qui mentent lorsqu' ils affirment (science, labos) que cette souffrance est nécéssaire.
Il en va de meme pour les chasseurs et les marchands d' animaux.
Non moins atroce (et mystéreux) nous apparait le comportement de nombreux pères et mères, en Europe comme ailleurs.

Ces gens-là, que rien ne distingue apparemment des gens normaux, sont laissés libres de faire ce qu'ils veulent, de décider, de torturer...
En vérité ce sont des fantomes, des morts vivants...
La littérature tout entière, abonde en objets du mal de cette espèce, mais ils ne viennent pas de la littérature - elle ne fait que les identifier, les isoler -, ils proviennent du monde.

Anna Maria ORTESE - Le Petit dragon, entretiens avec Bernard Simeone. Dans le recueil De veille
et de sommeil, p. 183.
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bix229
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Jeu 27 Aoû 2009 - 19:11

LA LUNE SUR LE MUR - Ed. Verdier

Anna Maria Ortese nous décrit sovent des créatures touchantes qui
n' ont rien d' exceptionnel sinon la volonté d' aimer et le désespoir de ne jamais y parvenir.
Ce sont des perdants, des marginaux, des invisibles, des oubliés vivants.
Ils sont enfermés dans le silence et la solitude et les mots ne parviennent
pas à sortir d' eux.
Et pourtant Anna Maria Ortese nous fait ressentir la terrible
beauté d' un amour qui ne sert à rien ni à personne.
Seulement à se consumer dans le silence et l' attente.
Anna Maria Ortese parvient aussi souvent à l' éclairer d' une lumière
étrange qu' elle est seule à capter et qu' elle nous transmet un instant.

... Je me retrouvai Piazza di Spagna (à Rome), magique avec ses lumières
tamisées, ses fleurs, son crépuscule, son escalier plein de jeunes gens reveurs : tout à coup je me souvins d' un autre soir d' été, huit ou neuf
ans plus tot, et d' une jeune fille des Abruzzes, mmon amie, avec qui j' allais me promener.
Cette jeune fille n' avait pas de travail (de toute façon, elle n' aurait pas pu travailler, car elle manquait presque totalement de souffle), elle n' avait qu' un filet de voix, rauque et doux, et ses merveilleux yeux noirs brillaient comme ceux d' un petit chat noir blotti derrière le charbon.


Terreurs d' été, p. 99

Ce livre est un recueil de 5 nouvelles et la première : Masa est un vrai joyau :

Soudain, agenouillée ainsi sur le carrelage de briques de sa chambre,
près de cette valise et regardant ces vitres nues et ces marguerites qui balançaient la tete, Masa sentait que c' était vraiment le dernier jour
où elle habitait cette maison, et ce n' était pas seulement la sienne
mais celle de Dino Piermattei, qui pendant presque trois ans était venu ici chaque soir et s' y était reposé.
En quittant cette maison, elle perdait Dino une seconde fois, mais d' une

façon plus désespérée, définitive...
...Elle n' avait plus les idéees en place, voilà tout, peut etre ne les avait elle jamais eues, et c' était pour cela que Dino était parti.
Non seulement elle était muette et gauche, mais folle aussi.
A la vérité, elle ne savait pas dire le moindre mot de ce qu' elle avait à l' intérieur, elle ne savait pas parler, elle ne savait pas : ce qui lui venait

aux lèvres était toujours terne, sans vie, voire dur ...

Masa p. 23

J' ai pensé souvent à Carson McCullers en lisant ces nouvelles et j' ose
dire qu' elle soutient la comparaison, meme si elle est plus inégale.
Elles étaient presques exactement contemporaines et avaient en commun
d' habiter des terres de douleur, de chagrin et d' incompréhension.
Et d' en parler avec la force du désespoir et la grace de la compréhension.
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Bédoulène
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Sam 17 Oct 2009 - 8:38

J'ai aussi lu le recueil de nouvelles portant titre "la lune ur le mur"



C'est aussi la nouvelle intitulée Masa qui m'a le plus retournée.
Un tel enfermement de ces personnages qui survivent dans l'amour, l'amitié, enfuis. Aucune perspective sociale ne leur permet l'espérance d'une vie meilleure ; disparue elle aussi avec l'amour et l'amitié.
La maison déménagée s'est aussi vidée des souvenirs.


Terreurs d'été :
"Conny et moi nous vous attendons" cette courte phrase révèle dans cette nouvelle l'espoir d'une reconnaissance, d'un moment d'amitié pour la narratrice.
Toutefois le sentiment de solitude, de pauvreté s'étend à la vision de l'auteure sur l'Italie entière.

Je pense lire un autre livre de cette auteure mais je choisirai le moment pour le faire car les mots d'Anna maria Ortese sont lourds à entendre.

_________________
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Nathria
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MessageSujet: Re: Anna Maria Ortese [Italie]   Mar 20 Oct 2009 - 5:59

Femmes de Russie

En 1954, Anna Maria Ortese, alors inscrite au parti communiste, est invitée par la délégation à venir découvrir la Russie. Abhorrant les voyages en avion, A.M.Ortese utilise le train (18 heures de voyage) et en profite pour observer, lier connaissance avec des russes et aborder tranquillement l’étranger. Enfin à Moscou, sa phobie de l’avion l’empêche de suivre les visites programmées et la délégation a tendance à l’ignorer. Elle doit se contenter de ses seules observations.
« Femmes de Russie » regroupe les six articles qu’elle a écrits lors de son périple.
Anna Maria Ortese exprime son ressenti et derrière ses remarques, on sent poindre de temps à autre, son inquiétude d’être seule loin de son Italie.

Extraits :

P44 : « Sergio vous demande si ces corbeaux vous surprennent beaucoup.
-Oui. Ils me semblent incompréhensibles. La nature paraît paisible et maternelle, mais eux lui font comme des griffures au front. On dirait que quelque chose la tourmente. »


P56 : « Je crois que néoréalisme veut dire ceci. » Je m’efforce de sourire. « Un metteur en scène italien monte dans ce train, il sait que c’est un train d’ Union soviétique, ce qui est très important, parce qu’il y a derrière toute l’histoire de ce pays, mais pour donner la sensation du train, c’est-à-dire de la vie, il lui faut regarder tous les détails qui se trouvent dans ce train, qui font le train entier (avec sa signification), et qui peuvent être parfois décevants, et en contraste avec la belle idée que nous avons du train, avec ce que nous voudrions que fût un train. »

_________________
Définir, c'est limiter. (O.Wilde)
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Anna Maria Ortese [Italie]

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