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 Claudio Magris [Italie]

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kenavo
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MessageSujet: Claudio Magris [Italie]   Ven 14 Nov 2008 - 23:42



Claudio Magris, né à Trieste le 10 avril 1939, est un écrivain, germaniste et journaliste italien, héritier de la tradition culturelle de la Mitteleuropa qu'il a contribué à définir.
Il est notamment l'auteur de Danube (1986), un essai-fleuve où il parcourt le Danube de sa source allemande à la mer Noire, en traversant l'Europe centrale, et de Microcosmes (1997), portrait de quelques lieux dispersés dans neuf villes européennes différentes. Il est également chroniqueur pour le Corriere della Sera.
Il a été sénateur de 1994 à 1996. En 2001-2002, il a assuré un Cours au Collège de France sur le thème « Nihilisme et mélancolie. Jacobsen et son Niels Lyhne ».
Ses livres érudits connaissent un très grand succès public et critique. Magris a ainsi reçu plusieurs prix prestigieux couronnant son œuvre, comme le prix Erasme en 2001 et le prix Prince des Asturies en 2004, qui entend récompenser en lui « la meilleure tradition humaniste et [...] l'image plurielle de la littérature européenne du début du XXIe siècle ; [...] le désir de l'unité européenne dans sa diversité historique1. » Claudio Magris est également régulièrement cité depuis plusieurs années comme possible lauréat du prix Nobel de littérature2.
Source : wikipedia

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kenavo
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MessageSujet: Re: Claudio Magris [Italie]   Ven 14 Nov 2008 - 23:42


Vous comprendrez donc

Citation:
Présentation de l'éditeur
Une femme, par-delà la mort, se confie à un mystérieux "Président". Moderne avatar d'Eurydice, cette femme avait obtenu la permission exceptionnelle de rejoindre l'homme qu'elle aime, mais elle a décidé de ne pas l'utiliser et s'en explique. Elle a partagé avec son époux le bonheur, la plénitude, le vide et la catastrophe d'être ensemble. Depuis la pénombre de l'outre-tombe, c'est maintenant l'écho d'un amour qui remonte vers le jour, le recours au mythe d'Orphée, à la fois subtil et ironique, tenant à distance le pathos du deuil. Si ce monologue actualise l'un des récits qui ont su le mieux raconter la passion amoureuse soumise à l'épreuve de la mort, l'écriture nocturne de Claudio Magris sait y instiller des accents d'une troublante singularité tout en préservant la dimension d'universalité du mythe classique.


Citation:
Ecrit pour une actrice, Vous comprendrez donc a été porté à la scène en Italie et a rencontré un grand succès au cours de la dernière saison théâtrale.

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MessageSujet: Re: Claudio Magris [Italie]   Ven 14 Nov 2008 - 23:43


G. Kratzenstein-Stub, Orpheus and Eurydice 1806


Citation:
Une femme s’adresse longuement au directeur de la maison de retraite d’où elle a tenté de s’échapper, par amour, mais où elle est finalement revenue pour le reste de ses jours, aussi par amour….cette Eurydice moderne, à la fois pathétique et triviale, combative et résignée, sublime et mesquine, qui pour le protéger renonce à suivre son Orphée venu la rechercher au fond de nulle part.
Dans ce monologue écrit pour une voix, Claudio Magris développe ce qu’il appelle la part nocturne de son œuvre, une écriture sombre, inquiète, pulsionnelle, à l’opposée de l’écriture diurne, claire, analytique, rationnelle, qui prévaut dans ses essais et autres romans. Une écriture qui s’incarne, qui se donne à entendre et à voir, et qui renvoie chaque spectateur à sa propre énigme.

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MessageSujet: Re: Claudio Magris [Italie]   Ven 14 Nov 2008 - 23:43

Extraits

Si on l’a gâté avec tous ces lauriers et ces prix littéraires, c’est grâce à moi, qui ai nettoyé ses pages de la graisse et du sirop qui les encombraient – ah, que de scories par mes soins ont fini dans la corbeille, peut-être que parmi ces papiers déchirés quelque chose de beau m’aura échappé, ma foi, tant pis, ça lui apprendra. Lui, de toute façon, il ne disait rien ; il était toujours d’accord avec moi, il avait du flair pour ces choses-là et il savait que j’en avais aussi, et s’il s’apercevait que parfois je me trompais – oh, presque jamais – il continuait à se taire, il n’allait pas prendre le risque d’une dispute pour une ligne de plus ou de moins. J’étais sa Muse, et à une Muse on obéit, n’est-ce pas ?
Un poète répète fidèlement ce qu’elle lui dicte, c’est ainsi qu’il gagne ses lauriers. Ensuite il les rapporte à la maison et sa Muse les met dans le rôti qu’elle lui prépare avec amour, pour en relever le goût. Lui, confondant un peu le laurier qu’il portait sur la tête et celui qui était dans le plat, il répétait sur la tête et celui qui était dans le plat, il répétait aussi à la maison, à table, ce que je disais moi.

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MessageSujet: Re: Claudio Magris [Italie]   Ven 14 Nov 2008 - 23:43

Tu savais que la poésie, comme l’amour, n’est jamais à un seul, qu’elle est à tous ; ce n’est pas le poète qui crée la parole, c’est la parole qui lui tombe dessus et le fait poète, voilà ce que tu disais, ce que tu proclamais, et c’était peut-être aussi une façon de te consoler un peu, pauvre roseau dans lequel, sans qu’il y ait aucun mérite, le dieu souffle comme dans tous les roseaux, y compris dans ceux qui, sans que ce soit par leur vertu propre, sont plus grands et plus mélodieux. Qu’importe de qui est ce chant s’il parle pour vous, pour nous, qu’importe d’où vient l’eau qui vous désaltère et devient vôtre dans votre bouche ?

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MessageSujet: Re: Claudio Magris [Italie]   Ven 14 Nov 2008 - 23:44

[…]le monde est un hôtel de passe, un paradis, pas de morsure au cœur, pas d’adieu. Alors que même dans l’habitude la plus éculée, dans le vice le plus sordide, cette lancinante douleur d’amour, soudain, ces yeux étrangers et perdus qui l’espace d’un instant expriment tout ce qui manque.. Le bonheur, le vide, la catastrophe, l’insoutenable plénitude d’être ensemble…

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MessageSujet: Re: Claudio Magris [Italie]   Jeu 4 Déc 2008 - 15:19

Eurydice au parloir

Astrid Eliard

Ça se passe dans une immense maison de repos, avec de nombreuses chambres et d'interminables couloirs où les patients ont entreposé leurs effets personnels. « Ici dedans », le sommeil est proscrit, et l'éternité obligatoire. Ce n'est pas l'enfer, mais ce n'est pas le paradis non plus.

Cette grande « baraque », où des chiens électroniques sont postés à l'entrée, est surveillée par un président, un être omniscient dont le visage reste invisible dans l'obscurité. Il a la réputation d'être sévère et puritain - sans doute à cause d'un litige avec Adam et Ève qu'il a chassés du jardin d'Éden -, mais, en vrai, il est plutôt ouvert d'esprit en ce qui concerne les affaires charnelles.

Dans ce magnifique et passionnant monologue, Vous comprendrez donc, une patiente s'entretient avec le président. Elle s'appelle Eurydice, et lui raconte pourquoi elle a refusé son extraordinaire permission de sortie. Dans cette maison de repos, les remises de peine n'existent pas. Une fois qu'on y est entré, c'est pour une durée non négociable : la nuit des temps. Mais Eurydice a le privilège d'être aimée par un poète, qui a ému le cœur du président par la tristesse de son chant, et convaincu ses cerbères de lui ouvrir la porte des Enfers. Orphée ne peut vivre sans Eurydice. Il lui doit tout. Non seulement elle lui a appris l'amour, le courage, la fidélité, mais elle a garni sa garde-robe avec goût, veillé à ce qu'il ne jette pas son argent par les fenêtres et soit tous les jours rasé de frais. Il lui doit aussi ses poèmes. Car Eurydice est, elle aussi, un peu poétesse, elle est muse. « Beaucoup de mes paroles à moi ont fini dans tes chants, dans tes vers les plus célébrés, les plus admirés de tout le monde, et j'en suis heureuse, parce qu'en disant ainsi mes paroles tu m'aimes encore davantage », dit-elle à Orphée. La voix d'Eurydice finit toujours par interpeller Orphée, même s'il ne l'entend pas, même si ses justifications sont inutiles. C'est lui, l'amant abandonné, le véritable destinataire du monologue, plus que le président.

Vous comprendrez donc n'est pas seulement une variation sur le mythe d'Orphée et l'irréversibilité de la mort. C'est d'abord une réhabilitation d'Eurydice et de son point de vue, car, dans ce récit écrit comme un poème en prose, Orphée n'a d'existence que dans l'amour de sa maîtresse. Sans elle, c'est un poète en exil, voué au silence, Eurydice le sait bien : « Comment pourrais-je chanter ? me disait-il. J'étais sa terre perdue, la sève de sa floraison, de sa vie. »

Le poète instrument de Dieu

Dans ce texte écrit pour une actrice, Claudio Magris nous rappelle que les muses ne sont pas muettes et n'ont même rien à envier aux poètes. Eurydice en profite pour tordre le cou à des mythes bons pour les groupies : « Ce n'est pas le poète qui crée la parole, c'est la parole qui lui tombe dessus et le fait poète. » Orphée n'aurait donc aucun mérite, et ne serait qu'un instrument traversé par le souffle de Dieu… Enfin, Vous comprendrez donc s'adresse à la postérité, à tous les lecteurs naïfs d'Ovide. Ce n'est pas un regard d'Orphée, « un excès d'amour », qui a fait mourir Eurydice une seconde fois. Ça, c'est une légende, de l'histoire ancienne. Claudio Magris en a une interprétation beaucoup plus triste et désespérée du mythe. Selon lui, Eurydice refuse de quitter les Enfers pour protéger Orphée d'une grande désillusion. Le poète, curieux et gourmand de connaître la véritable essence de toute chose, aurait été atrocement déçu de constater que l'autre monde est en tout point semblable au monde des mortels. « Nous sommes de l'autre côté du miroir, qui est aussi un miroir. » C'est la magie de Magris : de la démythification naît un nouveau mythe.


Source: ICI

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MessageSujet: Claudio Magris   Jeu 4 Déc 2008 - 17:51

Je n'ai pas lu les romans de Magris, Kenavo. Est-ce que c'est du niveau
de ses récits de voyage, comme Danube ?
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MessageSujet: Re: Claudio Magris [Italie]   Jeu 4 Déc 2008 - 17:57

kenavo a écrit:
[…]le monde est un hôtel de passe, un paradis, pas de morsure au cœur, pas d’adieu. Alors que même dans l’habitude la plus éculée, dans le vice le plus sordide, cette lancinante douleur d’amour, soudain, ces yeux étrangers et perdus qui l’espace d’un instant expriment tout ce qui manque.. Le bonheur, le vide, la catastrophe, l’insoutenable plénitude d’être ensemble…

En tout cas, ça déchire!
Citation:
Une écriture sombre, inquiète, pulsionnelle
oui ça a l'air.
Beaux extraits, merci!

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MessageSujet: Re: Claudio Magris [Italie]   Jeu 4 Déc 2008 - 18:01

bix229 a écrit:
Je n'ai pas lu les romans de Magris, Kenavo. Est-ce que c'est du niveau
de ses récits de voyage, comme Danube ?
Hm.. question difficile parce que je ne voudrais pas comparer ses récits avec ses écrits.. j'ai pris l'occasion de lui ouvrir un fil avec ce livre..

J'adore ses livres Microcosmes et Danube et concernant écrits - je voudrais revenir avec une opinion plus détaillée après la lecture de son roman À l'aveugle qui vient de paraitre en poche miammiam

Mais ce qui est sûr - cet auteur vaut toujours la lecture Very Happy

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MessageSujet: Re: Claudio Magris [Italie]   Ven 5 Déc 2008 - 11:34

"Vous comprendrez donc", de Claudio Magris : Eurydice, le choix de l'enfer

LE MONDE DES LIVRES | 04.12.08 |
Florence Noiville


C'est un petit livre, mais un concentré de thèmes chers à Claudio Magris : l'amour, la frontière et la mort. Ni roman ni pièce de théâtre - encore que le texte ait été mis en scène au Teatro Stabile de Trieste -, il s'agit plutôt d'un monologue narratif. Une femme parle. Une voix nous arrive de "derrière les Portes", celles qui séparent le royaume des morts de celui des vivants. Depuis ces ténèbres donc, la femme s'adresse à un mystérieux président. Dieu, Hadès ou Charon ? Qu'importe. Elle lui explique pourquoi elle n'utilisera pas sa "permission de sortie". Pourquoi elle renonce à suivre l'homme qui était venu la chercher pour la ramener à la vie... Une réécriture du mythe d'Orphée ? Bien sûr, mais du point de vue d'Eurydice. Au fond, on a beaucoup écrit sur l'inconséquence d'Orphée. Mais que pensait Eurydice cheminant derrière lui ?

Mêlant le mythe à l'autobiographie, l'écrivain retrace l'histoire d'un couple. Il était poète, elle était sa muse. Il était vulnérable, elle était son refuge. Pourquoi refuse-t-elle de ressusciter ? Pour Magris, Eurydice se sacrifie par amour. Si elle renonce à retrouver le poète dans la vraie vie, c'est pour lui épargner ce constat : il n'y a rien derrière les Portes. "Nous sommes derrière le miroir, mais cet envers est lui-même un miroir, identique à l'autre."

On peut lire cette fable comme une parabole désespérante. On peut aussi la prendre au pied de la lettre. Au fond, tous ces défunts sont doués d'une fantastique énergie vitale puisqu'ils écrivent, raisonnent, décident et... veillent sur leurs anciennes amours. Au bout du compte, il est bien difficile de dire si la Mort est victorieuse ou perdante. D'ailleurs, chez Magris, même Orphée et Eurydice n'ont pas là dessus le même point de vue !


Source: ICI

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