coline Parfum livresque

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 | Sujet: Re: Erri de Luca [Italie] Mar 3 Fév 2009 - 14:56 | |
| Sur les traces de Nives (extraits)Sur la montagne... « Si elle est grosse, la lune transmet une illusion de chaleur. Quand elle est pleine, on grimpe sans frontale, la neige a le clair du ciel et les pas montent sur une étendue qui unit terre et lune. Dans les nuits où elle est pleine, tu gravis l’escalier de la lune. Dans les nuits opposées, où elle est absente, monter vers le haut c’est se perdre sur un éboulis d’étoiles. Tu es au milieu d’un pêle-mêle d’étoiles, tu les vois fourmiller sur les cimes environnantes, plus basses que toi, bourdonnement de lumières, des essaims de lumière partout, au-dessus, à côté et au-dessous, tu remontes un éboulis d’étoiles. »« C’est une nuit heureuse, il n’y a pas de vent. On peut parler, alors que, s’il y en a, on ne peut que l’écouter. Ceux qui fréquentent ces altitudes savent quel despote est le vent.[… ] Certaines nuits passées à s’agripper aux piquets de la tente, pour leur donner plus de poids et ne passe faire balayer par ses rafales, à rester là étourdis par son vacarme, et s’habituer au point de ne plus l’entendre et t’apercevoir qu’il est là, uniquement quand il s’arrête un moment. Il fait une pause, un silence qui précède un nouvel élan. Le vent est une personne. Je lui parle, je raconte, je pense qu’il veut même écouter un peu. Je commence à chuchoter quelque chose, une prière, un bout de chanson et il me semble qu’il m’écoute, qu’il s’arrête un peu. Sa fureur est un désir d’être écouté. A haute altitude, le vent est la maître du temps.[…] Avec ta combinaison matelassée sur le dos, trois couches de vêtements, tu es une balle de caoutchouc et le vent frappe sur toi comme une queue de billard et il te traite comme une bille, il veut t’envoyer dans le trou.. » « On disait que la neige est du papier blanc qui redevient blanc. Mais la nuit, elle est noire et avec la lampe frontale qui n’en éclaire qu’une partie, tout le contour est encore plus noir. C’est beau pourtant de partir vers le haut avec l’obscurité qui t’enveloppe et ton petit faisceau de lumière au-dessus du nez. Le silence grince sous les pas pointus des crampons, le silence et la neige sont la même chose la nuit et tes pas brisent les deux. » « La montagne est pour moi un lieu désert où l’on voit le monde tel qu’il était sans nous et tel qu’il sera après. » « Un sommet atteint ne suffit pas. Il faut le redescendre avec la fatigue à son comble, la sensation de vide que te donne l’arrivée en haut. Descendre, c’est défaire la montée, découdre tous les points où tu as mis tes pas. La descente est un effacement. Tu repasses sur ces lignes abruptes pour t’enlever de là. Bien de alpinistes restent dans le piège du décousu, bien des accidents arrivent en descente. Le désir physique violent de sauter un pas, de l’allonger un peu, de le hâter par besoin famélique d’oxygène, la prière du corps pour entrer… »« En tant que buveuse de neige je suis d’accord, c’est de la matière de nuages, de l’eau distillée dans le ciel, rien à voir avec un beau verre de torrent, parfumé de terres et de sels dissous. Le ciel est insipide. » "Un visage est une expression géographique. Il en existe des désertiques, des sismiques, des plats, escarpés, venteux, marécageux. Tous ont un âge où ils sont justes » Mais aussi... « Dans le grand atelier quotidien des efforts consacrés à un avantage, à un intérêt, l’escalade est enfin affranchie de l’obligation d’être utile »C’est comme la poésie. Erri de Luca évoque un poète yougoslave, Ante Zemljar, qui passa de nombreuses années dans les prisons de Tito : «la poésie a été la plus forte machine de résistance du vingtième siècle pour ceux qui n’avaient foi en aucun Dieu ». E: « Une chanson de Vladimir Vissotski, un auteur-compositeur russe dit ceci : « Si tu ne sais pas si tu peux te fier à un ami, invite-le en montagne. » N : c’est vrai, la montagne démasque. Le temps qu’on passe là-haut, plus d’un mois, dans des conditions rigoureuses, bloqués même en cas de tempête pendant des jours, fait sortir celui que tu es, l’endroit et l’envers. » _________________ "Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie." (Jean Louis Barrault)
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