Francesco Biamonti : Les paroles de la nuit. - Ed. du Seuil. - 1999
Biamonti est né en Ligurie, et il n'est pas anecdotique de le préciser,
dans la mesure où son oeuvre se déroule dans cette région et dans son village de San Biaggio della Cima.
"Son village lui suffisait pour écrire les paroles qui couraient la nuit dans le vent de sa terre", écrira Francois Maspéro, son ami et traducteur.
L'intrigue romanesque est secondaire et l'interet de ce roman se situe ailleurs.
Il s'agit de rendre hommage à la Ligurie, un hommage incertain à ses villages, à ses champs et ses oliveraies désertés.
Les pecheurs de la cote sont déjà partis, car les poissons sont morts, empoisonnés.
Le pays est désormais livré au tourisme ravageur et à l'immobilier,
aux investisseurs sans ame.
Et la nuit, presque toutes les nuits, passent des ombres furtives,
s'élèvent des voix assourdies que portent le vent. Celles d'Africains,
Kurdes, Albanais, en quete de travail, de pain et de paix. Ici comme ailleurs.
Dans Les paroles de la nuit, la lumière est comme absente. Et c'est bien un livre crépusculaire en effet, où il y
a aussi le regret de la vie passée, d'un temps trop vite disparu. Sous la légèreté d'un style lyrique, affleurent une nostalgie sans recours, l'amertume impuissante devant un monde gravement atteint, des hommes bléssés, affamés, en fuite.
J'aime ce livre parcequ'il dit l'essentiel avec justesse et poésie.
