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| | Kawabata Yasunari (1899-1972) | |
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eXPie Sage de la littérature

Age : 34 Inscrit le : 23 Nov 2007 Messages : 1269 Localisation : Paris
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Jeu 26 Juin 2008 - 23:12 | |
| | Arabella a écrit: | | J'ai lu ces quatre nouvelles qui figurent dans Romans et Nouvelles, j'y ai pris intérêt mais je ne pense pas que ce soit ce que Kawabata ait écrit de plus marquant. C'est à mon sens plutôt reservé à ceux qui aiment cet auteur et qui souhaitent lire tout ou presque de lui. |
Je suis bien d'accord. C'est intéressant quand on a lu le reste. On voit qu'il peut écrire dans le style "expérimental", faire du grotesque ou presque, et que s'il écrit un texte avec un style "simple", ce n'est pas parce qu'il ne sait pas faire autre chose, mais bien parce qu'il l'a décidé.
Et ça montre une fois de plus qu'avec l'âge, les écrivains - et les artistes en général, je crois - font plus simple, moins tape-à-l'oeil dans la forme. _________________ La prière, c'est la réflexion qui s'immobilise - Hesychius de Batos |
|  | | troglodyte Main aguerrie

Age : 38 Inscrit le : 26 Mai 2007 Messages : 307 Localisation : Strasbourg
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Ven 27 Juin 2008 - 12:53 | |
| | eXPie a écrit: | | Et ça montre une fois de plus qu'avec l'âge, les écrivains - et les artistes en général, je crois - font plus simple, moins tape-à-l'oeil dans la forme. |
Ils apprennent à déceler, puis à éliminer le superflu, comme les joueurs de football de l'équipe d'Allemagne : pas de fioriture mais des buts. _________________ Je frappe de mes points Je griffe de mes virgules J'élimine par mes point-virgules L'odieux langage essaimesse ! |
|  | | coline Abeille bibliophile

Age : 57 Inscrit le : 01 Fév 2007 Messages : 14773 Localisation : Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Ven 18 Juil 2008 - 11:27 | |
| Jusque-là, je m'étais plutôt bien laissée emporter par les récits de Kawabata (Pays de neige, Kyoto, ...). Alors j'ai voulu prolonger l'enchantement avec deux nouvelles: Le bras et La beauté tôt vouée à se défaire... Sentiment de malaise... Je n'ai sans doute rien compris... Je vous livre toutefois mon commentaire:
- Le Bras (1963)
La nouvelle commence ainsi :
"« Je peux te prêter mon bras pour un soir », dit la fille. Et, le détachant de son épaule droite, elle le prit dans sa main gauche et le déposa sur mes genoux. « Merci ». Je regardai mes genoux. La chaleur de son bras droit se transmettait à mes cuisses. « Ah, je vais y mettre ma bague. Pour bien montrer qu'il s'agit de mon bras. »"
"Elle avait détaché son bras de l'endroit que j'aimais. Il y avait un renflement là où la naissance du bras rejoignait l'extrémité de l'épaule. Cet arrondi, rare chez les Japonaises, existe chez les belles Occidentales au corps élancé. Et cette fille l'avait. Une rondeur pure et élégante, sphère de lumière légère et innocente, qui embellissait dès lors que la fille perdait sa virginité."
"Si tu es gentil avec lui, il se peut même qu'il t'écoute. - Je serai gentil. - Alors, à bientôt, dit-elle l'esprit ailleurs, en caressant avec les doigts de la main gauche son bras droit que je tenais toujours. Tu es à lui, mais pour un soir seulement. »
« Quand tu seras rentré chez toi, tu pourras essayer, si tu veux... dit-elle, de remplacer ton bras droit par le mien. - Ah, merci. »
Qui est la fille ? Qui est le narrateur ?...Nous n’en saurons rien…Dans la nuit, l’homme rentre chez lui en tenant serré sous son imperméable le bras si gentiment prêté.
Arrivé à l’appartement, le bras allume tout seul les lumières…et parle…Ne reste plus qu’à se coucher auprès de lui… Elle doit être sexuelle cette histoire…mais moi elle me fait plutôt flipper…  _________________ "la nostalgie, c'est de la tristesse, mais c'est aussi un peu de bonheur." (Milena Agus) |
|  | | coline Abeille bibliophile

Age : 57 Inscrit le : 01 Fév 2007 Messages : 14773 Localisation : Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Ven 18 Juil 2008 - 11:48 | |
| La Beauté, tôt vouée à se défaire ( 1933)
La nouvelle commence ainsi : "Takiko et Tsutako s'étaient endormies l'une à côté de l'autre sous la moustiquaire sans savoir qu'elles allaient être assassinées.".
Le coupable, Saburo Yamabe, qui fut condamné à la réclusion à perpétuité, est mort en prison. Un pauvre jeune homme qui a tout reconnu mais sans se souvenir précisément.
Le narrateur, écrivain, qui a bien connu les deux jeunes femmes(il est leur "garant", leur tuteur) redit en boucle plusieurs fois ce qu’il sait de cet assassinat parce qu’il cherche les motivations de l'assassin... et peut-être même celles de ses victimes..car elles ne se sont même pas débattues...
J’ai détesté cette histoire morbide avec son narrateur nécrophile :
"C'est à cause de cette blessure que je détournai la tête en grimaçant, mais maintenant je pense que ce n'était rien d'autre que de l'hypocrisie, pour masquer en réalité mon émerveillement face à sa vie révélée. Ce corps débraillé ainsi exposé, sans aucune ombre de peur ni de souffrance, paraissait au comble du ravissement."
« Un corps qui ne contenait plus une goutte de sang n'aurait pas dû déborder d'une jeunesse aussi effrontée. [...] La Takiko de la photographie se révélait un animal abject, au point qu'on avait envie de lui dire que c'était bien fait pour elle, alors que, vivante, elle ne m'avait jamais montré cet aspect véritable de la femme. Même en étant tuée de cette manière, même en devenant un cadavre dont les yeux se détournaient, par l'intermédiaire de l'appareil photographique elle avait saisi l'occasion de montrer sans aucune réserve toute l'étendue de la vitalité de sa jeunesse."
« Tout en sachant très bien que la beauté de ce crime ne se trouvait nulle part ailleurs que dans l’insignifiance de son mobile, n’étais-je pas en train de me faire du cinéma, empoisonné par la séduction de toutes sortes de mauvais génies ? »
Tout comme pour Le bras, je pense que je suis passée à côté de l’essentiel… _________________ "la nostalgie, c'est de la tristesse, mais c'est aussi un peu de bonheur." (Milena Agus) |
|  | | Chatperlipopette Zen littéraire

Age : 43 Inscrit le : 24 Fév 2007 Messages : 5159 Localisation : Bretagne
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Ven 18 Juil 2008 - 12:08 | |
| Je ne savais pas que Kawabata avait un côté morbide Ogawa aurait-elle beaucoup lu et relu Kawabata Comme tu as été très angoissée par la lecture de "Paupières" d'Ogawa, je comprends que de tels textes puissent engendrer un mal être et une gêne lors de la lecture. Etrange et fascinante littérature japonaise  _________________ Hochant la tête/il se lèche/le chat sous la lune (Issa) |
|  | | troglodyte Main aguerrie

Age : 38 Inscrit le : 26 Mai 2007 Messages : 307 Localisation : Strasbourg
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Ven 18 Juil 2008 - 15:22 | |
| Coline, je n'ai pas aimé non plus ces deux textes, Le bras et La beauté, .... J'ai trouvé le premier déboussolant parce que trop onirique, et le deuxième pénible parce que répétitif. _________________ Je frappe de mes points Je griffe de mes virgules J'élimine par mes point-virgules L'odieux langage essaimesse ! |
|  | | coline Abeille bibliophile

Age : 57 Inscrit le : 01 Fév 2007 Messages : 14773 Localisation : Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Ven 18 Juil 2008 - 19:39 | |
| | troglodyte a écrit: | | Coline, je n'ai pas aimé non plus ces deux textes, Le bras et La beauté, .... J'ai trouvé le premier déboussolant parce que trop onirique, et le deuxième pénible parce que répétitif. |
J'ai eu exactement les mêmes impressions... Je veux rester sur le souvenir très agréablede la lecture de Kyoto...
Oui, Chaperlipopette...j'ai effectivement pensé aux Paupières d' Ogawa...Je n'aime pas du tout ce versant-là, glauque, morbide, de la littérature japonaise... Quand je pense à ce beau titre qui m'a tant fait rêver (malgré l'avertissement d'Expie... ): La beauté tôt vouée à se défaire... _________________ "la nostalgie, c'est de la tristesse, mais c'est aussi un peu de bonheur." (Milena Agus) |
|  | | The Valuk Posteur en quête

Age : 24 Inscrit le : 14 Mai 2008 Messages : 94 Localisation : Pau
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Ven 18 Juil 2008 - 19:44 | |
| Ah tiens je les ai lues il n'y a pas longtemps et j'ai trouvé ces nouvelles plutôt intéressantes. Bon j'avoue je suis "fan" de Mishima et compagnie donc le côté morbide ne me dérange pas...
Le bras est assez déboussolante car c'est du pur symbolisme (je pensais au début que l'homme avait amputé la femme).
La beauté, blablabla... est assez répétitive c'est vrai mais le style est convaincant et l'intrigue plutôt prenante. De toute façon ce n'est pas bien long et encore heureux car je ne m'imagine pas un roman entier comme ça...
Les commentaires de Mishima permettent de dissiper un peu notre incompréhension... Moi non plus je n'ai pas tout saisi. Mais j'aime ne pas tout saisir!  _________________ Fleurs de cerisiers Qui ne connaissez le printemps Que depuis cette année, Puissiez-vous ne jamais apprendre Qu'un jour vous devrez tomber.
Ki no Tsurayuki
Dernière édition par The Valuk le Ven 18 Juil 2008 - 22:54, édité 1 fois |
|  | | coline Abeille bibliophile

Age : 57 Inscrit le : 01 Fév 2007 Messages : 14773 Localisation : Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Ven 18 Juil 2008 - 19:52 | |
| | The Valuk a écrit: | ... Moi non plus je n'ai pas tout saisi. Mais j'aime ne pas tout saisir!  |
Moi non plus je ne cherche pas à tout saisir...Mais un peu tout de même... ...Cette histoire de bras... ... Si encore ce bras-là lui avait fait des"choses" érotiques...mais même pas... _________________ "la nostalgie, c'est de la tristesse, mais c'est aussi un peu de bonheur." (Milena Agus) |
|  | | Bédoulène Sage de la littérature

Age : 63 Inscrit le : 06 Juil 2007 Messages : 1770 Localisation : Provence
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Ven 18 Juil 2008 - 21:48 | |
| Je crois que je m'abstiendrai de lire ces 2 livres.
merci Coline de ton commentaire _________________ Peu de gens lisent; et parmi ceux qui lisent, il y en a beaucoup qui ne se servent que de leurs yeux. (Voltaire) |
|  | | eXPie Sage de la littérature

Age : 34 Inscrit le : 23 Nov 2007 Messages : 1269 Localisation : Paris
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Dim 20 Juil 2008 - 21:31 | |
| Le Bras date de 1963... Kawabata a changé son style, ou plutôt est un peu revenu à sa façon d'écrire expérimentale, celle de Illusions de cristal (1931).
Après avoir écrit plusieurs romans "classiques", peut-être a-t-il ressenti le besoin de se prouver qu'il pouvait écrire des textes en apparence moins classiques ?
Picasso a eu ses période bleue, rose, et puis cubiste, etc. Il est normal que les écrivains expérimentent aussi.
Aimer ne pas tout saisir, c'est ce que j'aime aussi. Le bras a une sacrée atmosphère. En plus, avec un bras en moins, pour saisir, c'est moins facile. _________________ La prière, c'est la réflexion qui s'immobilise - Hesychius de Batos |
|  | | coline Abeille bibliophile

Age : 57 Inscrit le : 01 Fév 2007 Messages : 14773 Localisation : Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Dim 20 Juil 2008 - 22:40 | |
| | eXPie a écrit: | En plus, avec un bras en moins, pour saisir, c'est moins facile. |
Merci pour l'humour et pour ces précisions Expie...  _________________ "la nostalgie, c'est de la tristesse, mais c'est aussi un peu de bonheur." (Milena Agus) |
|  | | The Valuk Posteur en quête

Age : 24 Inscrit le : 14 Mai 2008 Messages : 94 Localisation : Pau
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Mer 20 Aoû 2008 - 10:01 | |
| Le grondement de la montagne
Cette histoire m'a intéressé mais elle a quand même mis le temps de le faire. Le rythme est très lent et assez différent des autres oeuvres de Kawabata que j'ai lues. C'est en gros la lente progression d'un vieil homme, Shingo, vers la mort, à travers la "décrépitude" manifestée par des pertes de mémoire, des refléxions sur le sens de sa vie par rapport aux autres, une certaine culpabilité, des rêves plus ou moins érotiques qui vont à contre courant du vieillissement... C'est aussi l'histoire de la famille de l'homme, avec le fils et la belle fille qui ont des relations très difficiles... Et finalement, le vieil homme se rapproche beaucoup de la femme de son fils.
Je ne dirais pas qu'il m'a fallu un effort pour lire ce livre de bout en bout, car j'adore Kawabata, mais ce style est souvent "ennuyeux" je trouve. C'est une belle oeuvre mais très lente... _________________ Fleurs de cerisiers Qui ne connaissez le printemps Que depuis cette année, Puissiez-vous ne jamais apprendre Qu'un jour vous devrez tomber.
Ki no Tsurayuki |
|  | | swallow Main aguerrie

Inscrit le : 07 Fév 2007 Messages : 384
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Mer 20 Aoû 2008 - 13:25 | |
| "Le grondement de la montagne". Si on avait l´adresse de Philip Roth, voilà le livre qu´il faudrait lui envoyer afin qu´il remonte à a surface de son cauchemar de déclin physique... ( "Un homme"). En echange, on lui demanderait ce qu´il pense de Shingo !!!  _________________ "Ce sont les enfants et les oiseaux qu'il faut interroger sur le goût des cerises et des fraises". (Goethe) |
|  | | The Valuk Posteur en quête

Age : 24 Inscrit le : 14 Mai 2008 Messages : 94 Localisation : Pau
 | Sujet: Re: Kawabata Yasunari (1899-1972) Sam 27 Sep 2008 - 11:08 | |
| Tristesse et beauté
Alors là, chapeau! Je crois que c'est le récit de Kawabata que j'ai préféré d'après ce que j'ai lu (en tout cas je l'ai préféré à Kyoto et à Les belles endormies). C'est l'histoire d'un homme marié et d'une jeune femme qui se sont follement aimés à l'époque où la femme avait 17 ans et l'homme 30. Après la naissance d'un enfant mort né qui a échafaudé leur rupture, une vingtaine d'années s'est écoulée. L'un est devenu un célèbre romancier qui a pris pour sujet le drame de cette relation, tandis que l'autre est devenue peintre, assistée d'une jeune élève très belle. Je n'en dirai pas plus mais des "retrouvailles" vont se mettre en place.
C'est un récit très maitrisé et d'une grande profondeur dans les sentiments, où se mêlent constamment, d'où le titre, désir et souffrance. Il est également question de sacrifice, de culpabilité et le lot traditionnel des émotions romancées.
Vraiment une belle lecture qui ne m'a pas laissé indifférent. Ce livre fait partie de ceux qui, une fois terminés, me laissent coi et tout renversé pendant un certain temps. Vivement conseillé! _________________ Fleurs de cerisiers Qui ne connaissez le printemps Que depuis cette année, Puissiez-vous ne jamais apprendre Qu'un jour vous devrez tomber.
Ki no Tsurayuki |
|  | | | Kawabata Yasunari (1899-1972) | |
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