
Parfum de livres…parfum d’ailleurs
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eXPie Zen littéraire

Messages: 4059 Inscription le: 22/11/2007 Age: 36 Localisation: Paris
 | Sujet: Re: Don DeLillo Dim 22 Juin 2008 - 14:45 | |
| Devant le peu de succès de ce fil (l'auteur du mois, ça ne motive pas forcément, il faut croire) et les promesses de commentaires (promesses, promesses…), je vais griffonner quelques lignes à propos de Joueurs (1977). On avait reparlé de ce roman à l'occasion des attentats du World Trade Center. Il faut dire que l'oeuvre de Don de Lillo est pleine de menaces diffuse, de complots divers. Pammy et Lyle Wynant sont un "couple moderne sur le point de se séparer" (4ème de couverture). En fait, ils s'emmerdent un peu, ensemble. La routine, peut-être, mais pas seulement. | Citation: | "Ils parlaient vite et riaient aux seules intonations, à la seule eprspective d'un mot d'esprit. Ce n'est pas vraiment drôle, songea Lyle. Cela paraît drôle parce que nous commençons à être un peu ivres. Mais personne ne dit rien de vraiment drôle. Demain, elle dira qu'elle soirée amusante, et je dirai ça n'en avait que l'air, et elle me jettera un drôle de regard. […] Jack Laws entretenait dans son rire un élément d'hystérie. Sa tête se renversait, ses mains se posaient comme des serres sur sa poitrine, et il s'extirpait quelques exclamations de joie phobique. C'était un maniérisme culturel à la mode, une indication du soupçon que rien de ce que nous disons ou faisons ne peut être convenablement mesuré sans se référer à la peur qui envahit toute situation et toute chose spécifique" (pages 43-44). |
Lyle est agent de change dans le World Trade. Un jour, un meurtre a lieu à Wall Street, et Lyle s'y intéresse. De fil en aiguille, il en vient à rejoindre le monde du terrorisme. En tant qu'agent, plus ou moins. C'est confus, et encore plus du fait que ma lecture date un peu. Plongeons un peu dans l'univers de Lyle :
| Citation: | | "Lyle passait son temps devant la télévision. Assis dans la quasi-obscurité à cinquante centimètres de l'écran, il changeait de chaîne toutes les trente secondes, quelquefois plus souvent. Il ne cherchait pas de quoi soutenir son intérêt. Ce n'était pas cela. Il aimait simplement brusquer la télécommande pour faire surgir des images-brûlures. Il explorait le contenu jusqu'à un certain point. Le ravissement tactile et visuel du changement de chaîne dominait, cependant, transformant jusqu'aux moments de plaisir inopiné en abstractions territoriales satisfaisantes. Pour Lyle, regarder la télévision était une discipline comme les mathématiques ou le zen." (page 20). |
Ensuite, on a parfois des chouettes discussions, comme par exemple :
| Citation: | "- J'aime assez expectorer, dit Ethan. C'est l'un des derniers grands signes d'une présence humaine sensuelle sur la planète. - C'est comme le métro, à deux heures du matin, tu as les types qui dégueulent. - Ah non, non. - Tu as les hoquets secs. - L'expectoration est au dégueulis ce que le haïku est au patin à roulettes." (page 167). |
J'aime beaucoup cette comparaison. A ressortir dans les soirées mondaines
Quant à Pammy : | Citation: | | "Elle se demandait si elle était devenue trop complexe pour se préoccuper de quelqu'un sans énumérer les raisons possibles". (page 174). |
Stylistiquement, il y a beaucoup de phrases courtes, mais curieusement, le fond lui-même est obscur, tant et si bien qu'à la fin du roman, on peut se demander : "and so, what ?".
Alors, voyons ce que d'autres en pensent.
Pierre-Yves Pétillon, dans son très intéressante Histoire de la littérature américaine (page 550), écrit en 1992 : | Citation: | | Le terrorisme est, pour les personnages de Don DeLillo, doublement fascinant : in trouve refuge, comme dans un maquis, on y sort de la solitude pour s"intégrer à une communauté, un complot ; par ailleurs, la violence nue, le meurtre "simplifie" (pour reprendre le terme de Thoreau). Elle fait table rase du fatras ; elle est comme une "clairière" dans la forêt : brusquement, on voit "clair". |
Alors, bien sûr, ce n'est pas le plus grand roman de DeLillo. Il faudrait citer Bruit de Fond (1985) - le roman qui l'a vraiment fait connaître du grand public -, et puis Libra (1988) et Mao II (1991). Mais je ne les ai pas lus. _________________ Quand les gens sont de mon avis, il me semble que je dois avoir tort. - Oscar Wilde
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|  | | kenavo Zen Littéraire

Messages: 22980 Inscription le: 08/11/2007 Age: 43 Localisation: Luxembourg
 | Sujet: Re: Don DeLillo Dim 22 Juin 2008 - 14:52 | |
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|  | | eXPie Zen littéraire

Messages: 4059 Inscription le: 22/11/2007 Age: 36 Localisation: Paris
 | Sujet: Re: Don DeLillo Dim 22 Juin 2008 - 14:59 | |
| En fait, il a aussi écrit des livres courts : Joueurs (220 pages), Body Art (128 pages), mais ses meilleures oeuvres sont des pavés. Quand je parlais de promesses, ça concernait l'Homme qui tombe... _________________ Quand les gens sont de mon avis, il me semble que je dois avoir tort. - Oscar Wilde
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|  | | kenavo Zen Littéraire

Messages: 22980 Inscription le: 08/11/2007 Age: 43 Localisation: Luxembourg
 | Sujet: Re: Don DeLillo Dim 22 Juin 2008 - 15:00 | |
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|  | | bix229 Zen littéraire

Messages: 5045 Inscription le: 24/11/2007 Localisation: Lauragais (France)
 | Sujet: Don De Lillo Dim 22 Juin 2008 - 15:06 | |
| Pas un seul livre de lui n'est parvenu à m'interesser, et je ne suis pas sur que ce soit tout à fait de ma faute. De toute façon, il y a un nombre considérable de livres qui me tombent des mains ou ne me sont pas destinés, et ça ne me chagrine pas. Je parle des livres que j'aime, c'est mieux...  |
|  | | eXPie Zen littéraire

Messages: 4059 Inscription le: 22/11/2007 Age: 36 Localisation: Paris
 | Sujet: Re: Don DeLillo Dim 22 Juin 2008 - 15:13 | |
| Oui, et les gros livres ont parfois plus tendance à tomber des mains que les minces opuscules. Ainsi, Vikram Seth en remerciement au début de Un Garçon convenable cite très humoristiquement : "Le secret d'ennuyer c'est de tout dire" - Voltaire Mais écrit également : "Achète-moi en dépit du bon sens ; Au risque de tes poignets et de ton bel argent" _________________ Quand les gens sont de mon avis, il me semble que je dois avoir tort. - Oscar Wilde
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|  | | Arabella Zen littéraire

Messages: 4182 Inscription le: 02/12/2007 Age: 47 Localisation: Paris
 | Sujet: Re: Don DeLillo Dim 22 Juin 2008 - 19:32 | |
| Et pourtant j'adore les gros livres, mais DeLillo il me tombe des mains, j'ai fait deux tentatives longues et pénibles et je suis incapable de me souvenir de quoi ça parle. Décidement je passe mon tour. _________________ Si la raison dominait sur la terre, il ne s'y passerait rien. (Fontenelle)
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|  | | eXPie Zen littéraire

Messages: 4059 Inscription le: 22/11/2007 Age: 36 Localisation: Paris
 | |  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | |  | | Nathria Sage de la littérature

Messages: 1889 Inscription le: 18/06/2008 Age: 42 Localisation: Nord (France)
 | Sujet: Re: Don DeLillo Lun 23 Juin 2008 - 6:09 | |
| J' ai lu "L' homme qui tombe" le mois passé. Il se lit comme on fabrique un puzzle. On découvre pièce par pièce et à travers différents personnages quel a été le traumatisme du 11 septembre pour les américains. De celui qui se trouvait dans la tour ,mais qui a pu fuir, à celui où celle qui assistait impuissant aux images des tours tombantes. Le 11 septembre a été choquant pour tous mais je continue d'être régulièrement choquée par les événements qui ponctuent régulièrement notre monde (aux états-unis comme ailleurs)... |
|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Don DeLillo Lun 23 Juin 2008 - 10:53 | |
| Merci Nathria de donner ton point de vue sur ce roman...Tu serais donc la première Parfumée à l'avoir lu...  _________________ "Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie." (Jean Louis Barrault)
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|  | | Ella Invité
 | Sujet: Re: Don DeLillo Lun 23 Juin 2008 - 11:18 | |
| Je l'ai lu il y a un ou deux mois. Nathria a dit l'essentiel, il y a un "style DeLillo", j'en avais parlé et employé aussi le terme de puzzle. Pour répondre à ses détracteurs, Don DeLillo n'est pas facile à lire, mais c'est un grand écrivain, je n'ai pas lu les romans dont vous parlez mais j'ai aimé L'homme qui tombe| Ella a écrit: | Il a effectivement un style bien particulier, son livre est construit un peu comme un puzzle, il y a sans cesse des cassures des interruptions, quelquefois même au sein d'une même phrase, au début je pensais que je n'étais pas assez concentrée jusqu'à ce que je comprenne que cela correpondait à sa façon d'écrire.
Il l'explique dans une interview à Lire :
| Citation: | Comment écrivez-vous? D.D. J'ai écrit les deux premières parties dans le désordre, au fur et à mesure que les scènes s'imposaient à moi, venaient cogner à mon esprit. Puis, après un an de travail, j'ai assemblé ces scènes dans l'ordre actuel du livre, sans nécessairement chercher à ce qu'elles soient cohérentes dans leur enchaînement mais en cherchant plutôt à créer le bon rythme. Le rythme, c'est ça que je cherchais. Une sorte de contrepoint. Voilà pour la première année. Et en écrivant la dernière partie du livre, l'année suivante, j'ai enfin su ce que j'allais faire. J'ai alors pu écrire directement, de manière ciblée, sans flâner dans le désert. C'est comme ça que je travaille toujours.
Vous n'avez donc aucun plan? D.D. Non, jamais. Il se peut que je sache assez tôt comment va se terminer un roman mais je ne sais jamais de quelle manière je vais arriver à cette fin. Pour Libra, mon roman sur Lee Harvey Oswald et l'assassinat de Kennedy, j'ai écrit la dernière phrase un an et demi avant d'avoir terminé le livre. J'ai ainsi dû trouver ce qui me mènerait à cette ultime phrase. |
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|  | | kenavo Zen Littéraire

Messages: 22980 Inscription le: 08/11/2007 Age: 43 Localisation: Luxembourg
 | |  | | aériale Zen littéraire

Messages: 9898 Inscription le: 01/02/2007 Age: 54 Localisation: Le Sud
 | Sujet: Re: Don DeLillo Lun 23 Juin 2008 - 20:10 | |
| | Ella a écrit: | Je l'ai lu il y a un ou deux mois. Nathria a dit l'essentiel, il y a un "style DeLillo", j'en avais parlé et employé aussi le terme de puzzle. Pour répondre à ses détracteurs, Don DeLillo n'est pas facile à lire, mais c'est un grand écrivain, je n'ai pas lu les romans dont vous parlez mais j'ai aimé L'homme qui tombe |
Oui d'accord avec toi Ella...j'ai eu du mal au début mais peu à peu ce récit nous accapare...étrange comme sensation.
Lu sur le net | Citation: | | La phrase très particulière de Don Delillo, souvent chaotique ou coupée en plein vol vient encore ajouter à cette impression d'un monde désorienté et désorientant, vacillant sur ses bases. |
Soyez avertis! C'est un récit plutôt cérébral et froid, que l'on aborde un peu à tâtons, trop désorientés au départ pour ressentir de l'émotion, mais qui laisse des marques! Un peu comme ces morceaux de chairs éclatées dont parle l'auteur et qui s'incrustent dans les corps! Stell_A a déjà cité ce passage mais je le reposte!
| Citation: | Dans les endroits où ça arrive, les survivants, les gents à proximité qui sont blessés, quelquefois, des mois plustard, ont des grosseurs, disons, faute d'un autre terme, et on s'aperçoit que ça vient de petits fragments, de fragments minuscules du corps du kamikaze. Le terroriste explose en morceaux, il est littéralement atomisé, et les fragments de chair et d'os sont projetés à une telle vitesse et une telle force qu'ils heurtent les gens qui se trouvent à proximité et s'enfouissent dans leur corps. [...] Des shrapnels organiques, qu'on appelle ça."
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Je suis ressortie de ce roman déroutant un peu ébranlée. Des phrases courtes, des questions en suspens, un récit haché... c'est à nous de reconstruire ce puzzle comme aux personnages de retrouver leur centre d'équilibre, ce qui les fera tenir debout. Tels Keith et Lilianne qui s'accrochent à un semblant de vie familiale mais n'y parviennent pas, ou ces réunions d'Alzheimer où personne ne s'entend vraiment. Des récits croisés pas toujours clairs ni logiques, et un voile brumeux autour (comme le passé trouble du beau père de Lilianne ) tout cela contribue à rendre l'atmosphère opaque, fragile, comme déstabilisée après l'apocalypse.
Alors c'est vrai que la lecture en est souvent confuse, voire ardue, et que le parti pris de ne livrer que les faits (bien que ancrés dans le réel) dépouvus d'émotions crée cette distance un peu désarmante. Mais DeLillo réussit tout de même son pari: Nous mettre en condition pour ressentir cet effroi du monde lorsqu'il se retrouve en morceaux.
Une impression que j'avais éprouvé à la lecture de "La route "de Mc Carthy il y a peu. Deux auteurs incontournables je pense... _________________ Après tout, la meilleure façon de parler de ce quel'on aime est d'en parler légèrement. Albert Camus
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|  | | Epi Zen littéraire

Messages: 4428 Inscription le: 05/03/2008 Age: 49 Localisation: dans un Beau champ
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