Parfum de livres…parfum d’ailleurs

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 Donna Tartt

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Le Bibliomane
Sage de la littérature


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MessageSujet: Donna Tartt   Mar 27 Fév 2007 - 11:45



Donna Tartt est née en 1963 dans le Mississipi. Romancière, essayiste et critique, elle a publié son premier roman: "Le maître des illusions" en 1992, succès mondial qui a été traduit en vingt-quatre langues. Dix ans plus tard, elle publie son deuxième roman:"Le petit copain."

Le petit copain.

Donna Tartt, qui m'avait époustouflé avec le « Maître des illusions » a peut-être surpassé avec « Le petit copain » le talent qu'elle avait déployé pour son premier roman.
Son livre est une plongée en apnée dans le monde de l'enfance, une brillante évocation de l'univers propre aux pré-adolescents confrontés à leurs propres angoisses ainsi qu'aux sombres réalités du monde qui, alors qu'ils se dépouillent peu à peu des lambeaux de l'innocence, leur apparaît dans toute sa complexité et sa noirceur.
L'héroïne de ce roman, Harriet, douze ans, est une fillette intelligente et dotée d'une forte personnalité,passionnée de lecture et « pilier » de la bibliothèque locale.
Alors qu'elle n'avait que quelques mois, son grand-frère, Robin, qui faisait la joie de toute sa famille, est retrouvé assassiné, pendu à un arbre du jardin.
De ce drame atroce et jamais élucidé, la famille d'Harriet ne se remettra jamais. Livrée à elle-même, Harriet grandit au sein de cette famille dont le père, personnage pathétique, inconsistant et volage, mène sa carrière dans une grande ville du Tennessee, visitant de loin en loin sa femme et ses filles.
Charlotte, la mère d'Harriet, vit ,elle, comme une ombre depuis la mort de son fils, gavée de tranquillisants, ayant abandonné toute vie sociale,murée dans ses regrets.
Sa grande soeur, Allison, jeune fille à la beauté diaphane et au caractère introverti a déjà franchi le cap qui sépare l'enfance de l'adolescence et les préoccupations d'Harriet lui deviennent peu à peu étrangères.
Harriet ne peut trouver d'écoute et d'affection qu'auprès d'Ida Rhew, la domestique de la maison, de sa grand-mère Edith ( surnommée Edie) , ainsi que de ses grands-tantes Libby, Addy et Tat.

C'est dans la torpeur d'un été interminable qu'Harriet, nourrie des lectures de Conan Doyle, de Stevenson et de Kipling, décide de faire la lumière sur la mort de son frère et de venger celui-ci.
Très vite ses soupçons se portent sur un membre d'une famille de marginaux locaux, connu pour ses démêlés avec la justice. Aidée par Hely, un camarade d'école, Harriet va mener ses investigations et tenter de faire payer au coupable la dette de son crime resté impuni.
Mais sa quête de la vérité s'avèrera semée d'embûches et lui fera entrevoir un monde bien éloigné de celui des jeux d'enfants, un monde où règnent la misère, la violence et la dépravation.
Mené de main de maître, ce récit en forme d'intrigue policière tient en haleine le lecteur jusqu'à son ultime dénouement et l'on se prend à trembler pour Harriet et son ami Hely, entraînés aux frontières d'un monde effrayant où rôdent criminels et trafiquants de drogue.

Mais « Le petit copain » c'est aussi le portrait d'une certaine Amérique, celle des états du sud riverains du Mississipi, ces états qui ont perdu de leur superbe après la Guerre de Sécession et dont la population blanche ne s'est jamais remise de l'abolition de l'esclavage. Ici, le racisme ordinaire est encore omniprésent, accroché aux moindres détails de la vie quotidienne: les afro-américains sont en majorité pauvres et relégués à des tâches subalternes, domestiques où jardiniers, sous-payés et méprisés même par les blancs plus pauvres qu'eux qui trouvent en eux un exutoire à leurs frustrations : « Un Noir pauvre a du moins l'excuse de ses origines, disait Edie. S'il se trouve aussi bas, le Blanc pauvre ne peut s'en prendre qu'à son propre caractère. Bien sûr, il ne le fera pas. Ca voudrait dire qu'il doit assumer la responsabilité de sa paresse et de son comportement minable. Non, il préfère de beaucoup rouler des mécaniques, brûler des croix et tout mettre sur le dos des Noirs, plutôt que d'essayer d'avoir de l'instruction et de s'améliorer d'une manière ou d'une autre. »

« Le petit copain » c'est aussi la description acérée d'une petite ville endormie, avec ses quartiers résidentiels paisibles où résonne le bruit des tondeuses à gazon, où les voisines épient leurs prochains derrière les rideaux de leur cuisine, c'est aussi ses périphéries miteuses, baraques de guinguois et friches industrielles où se déroulent les petits trafics en tous genres, où échouent toutes les errances, où s'achèvent tous les espoirs.
C'est aussi le portrait d'une famille qui autrefois comptait parmi les notabilités locales, qui a peu à peu perdu de son éclat et de sa fortune mais qui reste l'héritière d'une certaine culture qu'elle entretient tant bien que mal face au déferlement d'une société de consommation qui privilégie la sottise et le matérialisme.
Cette famille est avant tout une formidable galerie de portraits de femmes,à tous les âges de la vie, dotées chacune du caractère et des aspirations qui leur sont propres, face à la maternité, au deuil, aux désillusions, à la vieillesse et à toutes les autres petites cruautés et tribulations de la vie.
Le roman de Donna Tartt est un récit d'une profondeur et d'une puissance narrative extraordinaires. La vision qu'elle apporte de la fin de l'enfance et de l'innocence dénote une maîtrise rarement égalée, si ce n'est peut-être par le grand Stephen King dans sa nouvelle « The Body » dont Rob Reiner a filmé l'adaptation cinématographique, le superbe et émouvant « Stand by me. »

« Le petit copain » est un roman sombre et magnifique, envoûtant, érudit et poignant, une mosaïque d'ombres et de lumières à l'image des jeux de reflets du feuillage au dessus des eaux du Mississipi.
Superbe.

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MessageSujet: Re: Donna Tartt   Mar 26 Fév 2008 - 20:18

j'ai lu ses deux livres ainsi que sa participation (sous forme d'un genre de court poème) dans l'anthologie des auteurs de romans noirs sous la direction de Mary Higgins Clark.

J'ai été littéralement époustouflée par le maître des illusions, j'étais sceptique au départ, car je me demandais comment elle comptait garder du suspense sur 800 pages en annonçant dès le début ce qui allait se passer. Et pourtant, il me suffit d'y repenser pour ressentir à nouveau toute la tension de ce bouquin.

J'ai également adoré le petit copain, elle nous fait ressentir l'atmosphère de la Louisiane (si je ne me trompe pas!). Tout est formidable, l'histoire, la psychologie des personnages (moi tout le long de ma lecture, Harriet l'héroïne, avait tendance à me taper sur les nerfs!).

Heureusement qu'il s'agisse de deux pavés, parce qu'attendre dix ans la venue du prochain c'est terrible, mais en même temps, je ne veux surtout pas qu'elle se presse parce qu'elle parvient à de tels chefs d'oeuvre, si soignés et aboutis...

Ai-je oublié de préciser que ce sont mes romans préférés?
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sousmarin
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MessageSujet: Re: Donna Tartt   Mer 25 Juin 2008 - 17:07

Je me dois de préciser que mon avis sera moins favorable que les 2 qui ont précédés. diablotin

Le maître des illusions
La première phrase :
Citation:
La neige fondait dans la montagne et Bunny était mort depuis plusieurs semaines quand nous avons fini par comprendre la gravité de notre situation.


Ce roman de 700 pages est partagé en 2 « livres » d’égal importance. Les 200 premières pages du premier sont bien menées ; cela commence par le dévoilement de la fin, s’installe ensuite l’intrigue puis la description des personnages…très professionnel, un peu trop calibré mais agréable à lire. C’est alors que la romancière s’enlise dans les 150 pages suivantes à ce qui va entraîner la mort de Bunny et sa prose devient passablement redondante, voire ennuyeuse.

Le second livre narre les conséquences de cette mort sur nos héros et Tartt retrouve, en partie, ce qui a suscité notre intérêt dans les débuts.

Cet ouvrage ne mérite pas les hommages dithyrambiques dont il a fait l’objet mais il reste néanmoins intéressant comme produit littéraire, bien que beaucoup trop long.
Tout y est à sa place, rien ne choque vraiment, rien ne pose question, les méchants sont punis…un vrai cours de creative writing mais sans les quelques coups de ciseaux qui auraient été bien nécessaires. jypeurien

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MessageSujet: Re: Donna Tartt   Mer 25 Juin 2008 - 17:18

sousmarin a écrit:

Cet ouvrage ne mérite pas les hommages dithyrambiques dont il a fait l’objet mais il reste néanmoins intéressant comme produit littéraire, bien que beaucoup trop long.
Tout y est à sa place, rien ne choque vraiment, rien ne pose question, les méchants sont punis…un vrai cours de creative writing mais sans les quelques coups de ciseaux qui auraient été bien nécessaires. jypeurien


J'ai lu ce livre il y a plus de dix ans et j'ai ressenti tout à fait la même chose, c'est un produit marketing bien qualibré et très long pour le vendre un peu plus cher ! diablotin

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Steven
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MessageSujet: Re: Donna Tartt   Ven 30 Oct 2009 - 22:45



Ce roman débute par un accident tragique, accident ou meurtre… Bref, par l’évènement que j’aime le moins aborder, que ça soit dans la réalité où dans la littérature : la mort d’un enfant.

Donc, Robin est retrouvé, pendu à un arbre dans son jardin, Alison, sa jeune sœur qui jouait dehors, n’a rien remarqué. Harriet, bébé à l’époque non plus.
Ce drame va bouleverser la famille Clève, finir de fendiller le mariage des parents, plonger la mère dans la torpeur et les barbituriques et Alison dans son monde, en quelque sorte. La grand-mère et les grandes tantes des filles deviennent le socle vacillant de cette famille.
La première partie déroule en quelque sorte cette vie, sans heurt, endormie, assommée par ce drame…. Quel ennui ! Je me suis vraiment demandé ce que Nezumi m’avait mis entre les mains.
Puis Harriet arrive, Harriet et ses douze ans, Harriet et sa révolte, son trop plein de vie et son désir de vengeance contre cet homme qui a détruit son frère et une partie de sa jeunesse. A partir de là, le roman bascule dans une chronique passionnante de la mise en œuvre de la vengeance d’Harriet. Car elle sait qui a tué Robin ! Elle en est convaincue et elle le traquera et se vengera, quoiqu’il lui en coûte !
A partir de ce moment-là, l’auteur déroule la vie des Clève, sans cesse bouleversée par l’énergie tapageuse d’Harriet qui entraîne dans son sillage Hely, un garçon, de son âge, son ami… Le petit copain ai-je crû pendant la totalité du roman… Seule la fin et une phrase anodine du père d’Harriet donne la raison de ce titre.
Elle déroule aussi la vie de la famille du « coupable » choisi par Harriet, une famille « tarée », vivant dans la drogue, le monde carcéral et encore sous le joug tyrannique du père mort mais qui revit dans le frère ainé !
L’histoire est haletante, et l’auteur réussit le tour de force de nous entraîner à la suite d’Harriet sans jamais nous poser de questions, notamment sur le choix du coupable et ses raisons.
Par moment embrouillé, quand on fouille au fond des tares de la famille Ratliff, par moment limpide lorsqu’on suit l’obsession d’Harriet, le roman ne faiblit jamais jusqu’au dénouement.

Je n’en dirai pas plus sur l’histoire, mais je reviendrai pour finir sur le cadre choisi par l’auteure : Le Mississipi dans les années…. Quelles années d’ailleurs ? Voyant le déferlement de violence contre les noirs, la ségrégation dont ils sont victimes, le racisme banal et ordinaire, je pensais que c’étaient les années 50. Puis, une figurine Star-Wars qui provoquent un caprice d’un enfant, une inscription à moitié effacée sur un vieux château d’eau, une marque d’automobile, laissent plutôt penser à la fin des années 70 voir au début des années 80 ! Et là, le sud profond des Etats-Unis aussi arirérés ça fait froid dans le dos.

Au final je ne peux que remercier Nezumi...

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Le jour où les terriens prendront figure humaine, j'enlèverai ma cagoule pour entrer dans l'arène.

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odrey
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MessageSujet: Re: Donna Tartt   Sam 31 Oct 2009 - 11:49

Super ! j'ai failli le prendre hier à la bibliothèque. Ce sera donc pour la prochaine.
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Nezumi
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MessageSujet: Re: Donna Tartt   Sam 31 Oct 2009 - 12:39

Je suis vraiment contente qu'il t'aie plu, Steven (quand même un peu embêtée pour le choix du sujet dérangeant pour un père de famille, j'aurais dû y penser).
Harriet est une petite héroïne que je ne suis pas prête d'oublier, et l'ambiance de cette ville du sud profond non plus. C'est un roman que je n'ai pas lâché jusqu'à ce que je l'aie fini, m'interrompant le moins possible, et pourtant il est long.

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Car ce sont bien de menus accidents qui nous font chérir un livre plutôt qu'un autre. (Roger Caillois)
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krys
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MessageSujet: Re: Donna Tartt   Sam 31 Oct 2009 - 16:48

J'ai lu ses deux romans et c'était excellent ! Elle n'en a pas écrit d'autres ?
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Donna Tartt

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