C'est en lisant L'oeuvre de Dieu, la part du diable que j'ai découvert John Irving. Une veuve de papier puis la quatrième main ont fait bien pâle figure ensuite dans mon esprit. D'ailleurs je n'ai pas terminé le second. Je reporte ici ce que j'avais pensé de son dernier roman :
Je te retrouverai.J’ai failli passer devant sans le voir.
La couverture représente un cœur brisé, sur lequel la phrase « Je te retrouverai » est tatouée.
Tiens me suis-je dit un nouveau M.H. Clarks (dont je ne suis pas adepte), puis l’épaisseur du livre a attiré mon attention et j’ai vu le nom de l’auteur.
Picotements… un bon gros pavé signé John Irving laisse présager des délices de lecture.
J’avais moyennement apprécié « une veuve de papier » et pas du tout « la quatrième main ». Mais voici du bon Irving desservi à nouveau par une imagination débridée et un humour savoureux.
Le début des périgrinations de Jack et sa maman m’a semblé laborieux à lire. On comprendra presque à la fin du roman le pourquoi. Comme si l’auteur avait voulu brouiller cette enfance. Elle est ou n’est pas, vraie ou pas.
Alice la tatoueuse, à la recherche de son amant, traîne son fils dans tous les ports de la mer du Nord dans cette ambiance des années 70, ambiance de drogue et de sexe. C’est là que se forgera la personnalité de Jack.
Elle décide ensuite de se fixer en Nouvelle-Angleterre et inscrit Jack dans une école de filles. Il rencontrera le jour de la rentrée Emma, la femme la plus importante de sa vie.
A ce moment du récit tout s’accélère, la vie de Jack comme le roman.
Son enfance perturbée comme son éducation sexuelle particulière commencée tôt l’empêcheront d’être maître de sa vie. A chaque moment de son existence correspondra une femme à la personnalité affirmée. Jack recherchera quelque chose qu’il ne sait définir, devenant dangereux pour lui-même alors qu’il confondra rêve et réalité. D’ailleurs embrassant « par hasard » une carrière d’acteur, il excellera dans les rôles de travestis.
Ce que Jack recherche sans le savoir c’est ce père absent. Il se pense détaché de lui et pourtant lui ressemble. Il se réconciliera avec lui-même suite à une longue thérapie en entreprenant à l’envers le voyage de sa petite enfance, avec le désir conscient de rencontrer enfin son père.
Il sera confronté à la réalité de ce qu’il a vécu dans ces ports. Regarder avec un regard adulte et comprendre les mensonges et distorsions de la vérité dûs à sa mère, ce brouillard qui aura gâché sa vie, lui sera enfin salutaire. Et surtout ce père… qui ne l’a jamais abandonné.
John Irving décrit ses personnages de façon merveilleuse. Nous passons de l’émotion (contenue car si souvent galvaudée merci J.Irving) au cocasse. Mais là-dessus il faut lire pour se régaler !
Ce roman est largement autobiographique bien sûr. Mais l’important à mon avis réside dans le travail du romancier, son talent. Je ne suis pas encline à rechercher ce qui relève de la vie véritable de l’auteur. A lui le choix de ses révélations, les savoir vraies ou fausses relève d’un voyeurisme qui me déplaît.
J’ai lu plusieurs critiques reprochant à J. Irving le « trop de richesse » des détails, rendant le roman indigeste aux lecteurs. Je ne suis pas d’accord et ai apprécié chaque phrase de cet écrit. Au lecteur de parfaire son éducation afin de suivre Irving.