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 Percival Everett

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Chatperlipopette
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MessageSujet: Percival Everett   Dim 17 Juin 2007 - 19:03


Je viens de découvrir cet auteur étasunien (pour les puristes de la géographie) et j'ai été subjuguée par son écriture!
J'ai cherché quelques petites choses à son propos sur EVENE:

"Percival Everett a passé toute sa jeunesse en Caroline du Sud. Diplômé de l'université de Miami et de Brown, en philosophie, il est tour à tour musicien de jazz, professeur, ouvrier dans un ranch. Son premier livre, 'Suder' (1983) , lui permet d'obtenir le D.H. Lawrence fellowship de l'université du Nouveau Mexique. Il publie ensuite 'For Her Dark Skin', 'Zulus', 'The Weather and The Women Treat Me Fair', 'Cutting Lisa', 'Walk Me to the Distance', 'The One That Got Away', 'Watershed'... Enseignant au Bennington College, à l'université du Wyoming et de Californie, et enfin en Californie du Sud, Everett vit à Los Angeles avec sa femme Francesca. Auteur prolifique et apprécié par la critique américaine, Everett est souvent comparé, quant à sa technique romanesque, à Toni Cade Bambara."

Au sujet de la technique romanesque de Toni Cade Bambara, je serai bien en peine de justifier la comparaison parce que je n'ai encore rien lu de cet écrivain Embarassed

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MessageSujet: Blessés   Dim 17 Juin 2007 - 19:10

Blessés
traduit de l'anglais (USA) par Anne-laure Tissut

John Hunt a décidé, un jour, de s'installer dans l'Ouest, d'acquérir un ranch, d'y élever du bétail et des chevaux. Très vite, il préfère se séparer du bétail et se consacrer à l'élevage des chevaux. Son épouse, Susie, meurt suite à une grave chute de cheval, son oncle Gus vient vivre avec lui. Une vie calme au rythme des travaux agricoles, des bouchonnages et des entraînements scande le quotidien de John et Gus. Leurs plus proches voisins sont des Indiens, Morgan et sa mère Emilie, femmes émancipées, peu conventionnelles (Morgan et John se plaisent et s'aiment) et dynamiques. John et Gus sont noirs. Ils ont cultivés, instruits, possèdent deux toiles de maîtres: John a étudié l'histoire de l'art à l'université. Nous sommes loin des clichés hollywoodiens des westerns américains. Nous sommes à mille lieues de l'Amérique de Georges W. Bush.

Un jour, Wallace, un ouvrier travaillant avec John et Gus, est arrêté et accusé de meurtre: un jeune homosexuel a été retrouvé assassiné. Wallace clame son innocence, en vain, et est retrouvé pendu dans sa cellule. John apprend par le frère de Wallace que ce dernier était homosexuel...Qui a pu commettre un acte aussi horrible? Peu à peu, une peur transpire: des rednecks traînent dans le coin. Un redneck est un plouc, grossier, inculte et viscéralement raciste aux Etats-Unis. Bref, un redneck est un indécrottable beauf obtus et borné.
Le shériff est loin d'être à l'aise devant cette affaire sordide: il ne semble pas vraiment désapprouver certaines idées retrogrades notamment vis à vis des homosexuels. L'Amérique profonde est tout sauf ouverte sur la différence....comme toutes les campagnes profondes du monde.

Percival Everett distille, patiemment et subtilement, des bouffées d'angoisse dans son récit. John recueille une portée de coyotes mal en point après l'incendie de leur terrier et la mort de leur mère, brûlée vive. Un acte de violence et de haine gratuit car il n'y aucun troupeau de moutons à protéger aux alentours. Un des petits ne s'en sort pas. Le deuxième perd une de ses pattes: le retour à la vie sauvage est compromis et le dressage s'impose. Puis vient l'abattage successif de deux vaches appartenant au voisin indien Daniel Bison Blanc: les bêtes sont laissées à pourrir (énorme gâchis aux yeux des indiens qui détestent que l'on massacre, pour le simple plaisir pervers, le bétail) et l'inscription « nègre rouge » avec le sang de la bête est en évidence. Là encore, le shériff ne semble pas désirer mettre en branle la machine judiciaire pour retrouver les coupables. Pourtant, le shériff apparaît comme une personne tolérante et amicale. Tout le monde voit-il d'un bon oeil des ranchers indiens ou noirs sur les terres de l'Ouest?

Everett instaure une atmosphère encore plus inquiétante lorsque arrivent David, le fils d'un ami de John, et Robert son petit ami. Au cours d'une manifestation de soutien au mouvement gay qui tourne court, des rednecks viennent provoquer David et Robert. Le shériff éloigne avec fermeté mais sans animosité les fauteurs de trouble.
L'équilibre que John est parvenu à construire dans sa vie, dans son rapport en symbiose avec la nature, les saisons, les animaux, se fissure peu à peu par ces incidents plus déstabilisants les uns que les autres. Cet équilibre s'avère d'autant plus fragile lorsque David vient vivre, quelques temps, avec John, Morgan et Gus.
Un soir, David en colère contre son père qui n'accepte pas son homsexualité, s'enfuit dans le froid hivernal. John part à sa recherche, le retrouve transi de froid, proche de l'hipothermie: une solution, se réfugier dans la grotte toute proche et tenter de le réchauffer. Pas de bois sec, uniquement la chaleur du corps: John réchauffe avec son corps celui de David. Ce dernier embrasse fougueusement John....un malaise naît de cette expérience insolite. Percival Everett, dans cette scène, provoque interrogations et images confuses dans l'esprit de John. John auquel le lecteur hétérosexuel peut s'identifier et par son truchement s'interroger sur ses propres réactions dans une situation similaire. Et il apparaît que la frontière est bien mince entre la tolérance et le racisme envers la différence.

La tension atteint son paroxysme lorsque, pour la seconde fois, David disparaît. A t-il été victime d'un acte raciste? A-t-il simplement fugué? Au final, David succombe sous les coups des rednecks, David est supplicié par ces hommes frustres et violents. Un acte de racisme ordinaire qui gangrène une société multiraciale aux infinies intolérances. La chute n'est pas si inattendue que cela mais elle ne porte en rien préjudice au déroulement de l'intrigue excellement menée par Percival Everett.

Je ne connaissais absolument pas cet auteur américain et j'ai été subjuguée par son écriture dynamique, elle souligne l'action sans temps mort, qui utilise avec brio les ressources extraordinaires des non-dits, des sous-entendus, des « entre les lignes ». Il suit son chemin narratif en épousant les décors sublimes qu'il a mis en place et dénonce, sans utiliser de grossiers et inutiles artifices, toutes ces haines sordides et stériles de l'Amérique d'aujourd'hui.
Et au lecteur de se demander pourquoi la vision que le reste du monde a des Etats-Unis est celle d'un pays intolérant, jaloux de sa suprématie et gangréné par la violence, alors que l'image donnée par sa foisonnante littérature sans concession est celle d'un pays qui ne se voile pas la face devant les manquements de sa société et de sa politique. « C'est la frontière ici, cow-boy...Partout, c'est la frontière. » entre l'acceptable et l'intolérable, entre l'acceptation et la dénonciation d'odieux comportements. La condition humaine est fragile, friable, sur un fil ténu qui peut la faire basculer dans l'inadmissible.

Une belle leçon d'humanisme que l'on dévore au fil des 271 pages de ce très, très beau roman!

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MessageSujet: Re: Percival Everett   Dim 17 Juin 2007 - 19:12

Actes Sud a déjà publié "Effacement" (édité aussi chez Babel) et "Désert américain" (2005).
je compte bien les trouver et les lire dès que possible Wink

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MessageSujet: Re: Percival Everett   Dim 17 Juin 2007 - 19:32

Merci pour cette (belle) présentation !

avec ce titre j'inaugure ma liste de titres notés pour ne pas les oublier.

C'est un bel exemple de livre que je n'aurai, j'imagine, jamais découvert et dont je me serai détourné rapidement dans le cas contraire. Pourtant suite à ta présentation c'est tout le contraire, l'aspect humain qui a l'air abordé et une certaine fascination pour les fondements de cette bizarre contrée.

je crois que je vais voir si l'amazone de service propose la version originale... cat

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MessageSujet: Re: Percival Everett   Dim 17 Juin 2007 - 21:58

J'attends avec impatience tes impressions de lecture (que tu auras sans doute en VO) sur ce beau, très beau roman. cat

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MessageSujet: Re: Percival Everett   Dim 17 Juin 2007 - 22:27

j'ai pas pu me tenir, l'est commandé le livre cat

(il passera certainement après ce fameux livre sur la conscience... )

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Marie
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MessageSujet: Re: Percival Everett   Dim 17 Juin 2007 - 22:35

Tu m'as convaincue aussi, j'hésitais sur Everett, je n'hésite plus!
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MessageSujet: Re: Percival Everett   Dim 17 Juin 2007 - 22:46

Son roman, Blessés , fait partie de la liste proposée pour L'eté des Libraires!


Sur fond de racisme et de crime homophobe, une affaire bien sombre où errements du cœur et intrigue policière s’entrecroisent pour le plus sensible des thrillers.

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(Jean Louis Barrault)
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MessageSujet: Re: Percival Everett   Jeu 21 Juin 2007 - 20:54

C'est ce que m'avait dit biblio lorsqu'il a vu que je le mettais (le livre pas biblio!) dans mon cabas médiathèque! Et je ne regrette pas de l'avoir lu Very Happy
Animal serais-tu incorrigible avec le clic amazonien? Wink

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MessageSujet: Re: Percival Everett   Jeu 21 Juin 2007 - 22:21

pas complètement Wink

heureusement !

disons que parfois sur le moment j'ai très envie de lire un livre (beaucoup plus rare pour les films... moins disponibles peut être ?) et ... je sais que si je ne l'ai pas sous la patte je l'oublierai... donc je commande, comme ça pas de soucis Very Happy

et ça arrive que j'en rajoute un ou deux histoire de... (par exemple The Jungle commandé avec The Road To Wigan Pier qui était la motivation de la commande)

c'est très pratique pour des livres que j'aurais du mal à trouver (quoi que je pourrai tenter de les commander dans une petite librairie de livres étranger dont la patronne est très aimable.... mais je manque de temps Sad

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MessageSujet: Re: Percival Everett   Ven 22 Juin 2007 - 22:11

J'ai lu Effacement et Désert américain, j'ai préféré ce dernier un roman-conte philosophique à l'ironie tendre qui m'a beaucoup plus....
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MessageSujet: Re: Percival Everett   Ven 22 Juin 2007 - 22:36

Merci Mona pour ton avis qui me confirme dans mon envie de lire encore des romans d'Everett.

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MessageSujet: Re: Percival Everett   Ven 6 Juil 2007 - 9:32

fini donc ce petit livre pas désagréable Wounded, pas désagréable malgré la violence... pas désagréable parce qu'il rassure en même temps qu'il fait peur ou nous fait nous poser des questions, remarquez on peut se sentir loin aussi de ce morceau de pays sauvage.

J'ai beaucoup aimé le temps exprimé dans le récit, temps défini par les bêtes, la météo une douce habitude... il y a la simplicité aussi, ce qui créé cette atmosphère d'acceptation, voir d'ouverture qu'on peut attribuer à ce pays (les US)...

On pourrait alors voir le reste, les évènements du roman, la haine, la méfiance qui reste présente... l'autre image que l'on a de l'amérique (mon pick-up, ma bière et mon fusil... et rien dans la cervelle) et surtout rétrospectivement (le lendemain matin en tapant sur son clavier par exemple) le laisser faire, les regards tournés ailleurs.

D'une certaine façon dans les thèmes on est en plein dans le bateau, chose dangereuse mais nous sommes sauvés par la simplicité et la retenue... pas d'analyse démesurée ou de jugement globalisé, des fragments, des rêves, des impressions...

J'ai une préférence pour la première partie du récit, trouvant la deuxième un peu rapide et se dirigeant avec certitude faire des faits sans grande surprise...

les armes réapparaissent pour se défendre, défendre une idée de la vie (et du pays quelque part non ?) dans un monde qui n'a pas fini de se construire et dans lequel on agit par soi même (bien obligé). C'est important, "très américain" peut être... ça nous épargne aussi un angélisme de la tolérance... ça amène des questions !


la vie des "héros" de ce livre tient plus du quotidien que de l'extraordinaire... (j'aime cette idée)

(et la nature...)

Bon livre, je retournerai certainement à cet auteur, pas "tout de suite" mais au moins juste pour voir ce qu'il dit d'autre cat

Merci pour la découverte ! Wink

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MessageSujet: Re: Percival Everett   Ven 6 Juil 2007 - 19:53

Merci pour le partage de tes impressions de lecture. Je note par devers moi "Wounded" .

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MessageSujet: Re: Percival Everett   Mer 1 Aoû 2007 - 22:09

"Effacement" est un grand roman, drôle et bouleversant à la fois. L'écrivain est-il maître de son oeuvre ? Les critiques littéraires sont-ils des cons ? Le commerce condamne-t-il la littérature à la médiocrité ? Qu'est-ce vraiment que le racisme ?
Et toutes ces questions n'empêche pas qu'on doit se rappeler que l'écrivain est un homme en proie aux mêmes tourments que les autres, qui souffres de la mort, de la souffrances, et du malheur de ceux qu'il aime.
A lire d'urgence...
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