La fenêtre panoramiqueLes années 50, une Amérique conformiste, un jeune couple avec deux enfants dans une banlieue proprette. Frank travaille à Manhattan dans un bureau où il s’ennuie toute la journée, April est femme au foyer. Tous deux ont de l’ambition et méprisent cette vie qui leur paraît étriquée et ne leur fait pas justice.
Peu à peu, ce couple qu’on devine dès le début pas très uni ni même très aimant va se désintégrer sous nos yeux jusqu’à un point de non retour.
Frank est un homme égoïste, j’ai envie de dire même, exécrable, qui ne sait pas ce qu’il veut vraiment. Il se croit destiné à de grandes choses et sa vie présente ne le satisfait pas, il clame haut et fort qu’un jour, il pourra enfin se réaliser pleinement, mais pas ici, pas maintenant.
Lorsque April, qui aspire elle aussi à une vie plus riche, imagine une installation à Paris où elle pourrait travailler et subvenir aux besoins de la famille afin que Frank puisse avoir la chance de trouver sa voie, celui-ci n’est pas très enthousiaste. Il accepte le projet mais ne fait jamais rien pour l’avancer et le concrétiser et boude sa femme parce qu’elle entreprend les démarches nécessaires.
En vérité, Frank est mort de peur, il panique. April lui offre une chance dont il ne saurait que faire, parce qu’il est lâche et qu'il sait qu’il n’est pas à la hauteur de son rêve.
L’opportunité d’un nouveau poste dans son entreprise et la grossesse d’April lui fournissent de bons prétextes pour annuler le projet. Après beaucoup de disputes et de sous-entendus pas très honnêtes, il parvient encore une fois, à convaincre April de ne pas avorter et de garder l’enfant alors qu’il n’est pas lui-même convaincu de le vouloir.
Il peut ainsi continuer cette vie qu’il juge médiocre sans culpabiliser et sans avoir à reconnaître sa propre médiocrité. Il n’est bon qu’à imaginer des conversations avec April où il est brillant et convaincant, où sa femme l’admirerait et le féliciterait. Face à April pourtant son discours est tout autre.
Ils jouent un rôle tous les deux, mais l’un contre l’autre, jamais ensemble.
La fin est logique même si elle peut paraître extrême mais j’ai regretté qu’April en fasse les frais et que Frank s’en sorte finalement bien.
Ce que j'ai regretté aussi c’est qu’on n’ait pratiquement jamais accès aux pensées d’April. Tout est raconté du point de vue de Frank. Alors, j’ai perçu au début April comme une personne froide, un peu effacée, pas très sûre d’elle et soumise à son mari. Seulement plus tard, j’ai compris que ce n’était pas le cas, on ne lui a pas laissé la chance de s’exprimer vraiment. Toute la place est prise par Frank, pourtant, on a l’impression que l’auteur a beaucoup plus de sympathie pour April.
Alors que les personnages principaux apparaissent plutôt antipathiques, j’ai trouvé très intéressant celui de John Givings, le fils de leur voisine et agent immobilier, interné parce que jugé trop instable. Il est celui qui ne se voile pas la face, qui a le courage de dire ce qu’il en est, il choque en questionnant sans détours Frank et April sur leur vie et en apportant lui-même les réponses que personne n’aime entendre parce qu’il voit juste.
Tout est là en fait. Il dit simplement le mensonge qu’est leur vie et leur couple.
C’est une histoire sombre et triste, l’atmosphère est tendue dès le début mais R. Yates n’en fait jamais trop, il vise juste là où ça fait mal, par petites touches, il nous amène lentement à voir ce qui se cache derrière les apparences.
C’est un livre fascinant. Yates décrit parfaitement toute la complexité de ses personnages sans jamais lasser. Il dénonce les travers et l’hypocrisie d’une société prise au piège du rêve américain où tout paraît possible. On ne les aime pas beaucoup ces personnages mais il se crée néanmoins une sorte de sympathie entre eux et le lecteur.
Une excellente lecture et la découverte pour moi d’un auteur que j’aimerais mieux connaître.
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It's OK to be a little broken, everybody's broken, in this life
Bon Jovi