
Parfum de livres…parfum d’ailleurs
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Epi Zen littéraire

Messages: 4434 Inscription le: 05/03/2008 Age: 49 Localisation: dans un Beau champ
 | Sujet: Re: Richard Yates Jeu 3 Sep 2009 - 19:56 | |
| | Maryvonne a écrit: | | Epi a écrit: | | La fin est logique même si elle peut paraître extrême mais j’ai regretté qu’April en fasse les frais et que Frank s’en sorte finalement bien.. |
Bien ? bah non, poulette, tout le pseudo équilibre de leur vie est tout de même remis en cause. Et c'est lui qui va porter la culpabilité... Je n'envie pas sa place. Mais alors pas du tout... | Quand je dis qu'il s'en sort bien, c'est qu'il peut continuer, même s'il garde ce sentiment de culpabilité. Mais bon, je trouve que c'est la moindre des choses qu'il en bave un peu après tout ce qu'il a fait. Pour moi, il est coupable. Il n'a jamais vraiment écouté sa femme, ses désirs. Il n'a toujours pensé qu'à lui alors oui, il le paie maintenant mais April a payé encore plus cher. Mais on peut aussi pardonner à Frank et le plaindre pour ce qu'il vit ensuite bien sûr, mais là, moi je ne peux pas
| Maryvonne a écrit: | | Epi a écrit: | | Ce que j'ai regretté aussi c’est qu’on n’ait pratiquement jamais accès aux pensées d’April. Tout est raconté du point de vue de Frank. Alors, j’ai perçu au début April comme une personne froide, un peu effacée, pas très sûre d’elle et soumise à son mari. Seulement plus tard, j’ai compris que ce n’était pas le cas, on ne lui a pas laissé la chance de s’exprimer vraiment. Toute la place est prise par Frank, pourtant, on a l’impression que l’auteur a beaucoup plus de sympathie pour April... |
Je n'ai pas ressenti comme ça. C'est justement Frank que je trouve hermétique. April sait ce qu'elle veut. Elle ne veut pas d'une vie déterminée par la norme. Elle veut quelque chose de plus personnel. Frank se cherche entre le désir de "réussir" et celui de trouver sa voie. Je me suis sentie proche d'April par le décallage entre ce que nous vivons, et nos rêves. Les concessions qu'il faut faire, le fait que chaque geste est le renoncement d'un autre (oui, bienvenue dans l'âge adulte). | Tout à fait, j'ai trouvé April effacée et indécise mais seulement au début, ensuite, on voit bien qu'elle est beaucoup plus déterminée que son mari, elle veut agir. _________________ It's OK to be a little broken, everybody's broken, in this life Bon Jovi
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|  | | Epi Zen littéraire

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 | |  | | Maryvonne Agilité postale

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 | Sujet: Re: Richard Yates Jeu 3 Sep 2009 - 20:25 | |
| | Epi a écrit: | Quand je dis qu'il s'en sort bien, c'est qu'il peut continuer, même s'il garde ce sentiment de culpabilité. Mais bon, je trouve que c'est la moindre des choses qu'il en bave un peu après tout ce qu'il a fait. Pour moi, il est coupable. Il n'a jamais vraiment écouté sa femme, ses désirs. Il n'a toujours pensé qu'à lui alors oui, il le paie maintenant mais April a payé encore plus cher. Mais on peut aussi pardonner à Frank et le plaindre pour ce qu'il vit ensuite bien sûr, mais là, moi je ne peux pas . |
Chouette on va s'engueuler sur le sens de la vie. Pour moi, ils essaient d'être sincères l'un avec l'autre, et c'est ça le drame. Des fois, y'a de l'amour, mais le bonheur ne vient pas pour autant.
"Qu'il en bave un peu ?" damned ! c'est là que notre interprétation diverge. April n'est pas quelqu'un de stable non plus. Sa fuite à l'autre bout du monde est tentante, mais elle n'aurait sûrement pas trouvé mieux ailleurs. C'est difficile de mettre une limite claire au raisonnable... le doute subsiste à ce sujet. Là où il fait une erreur, c'est de lui faire croire que ce serait possible de partir.
Elle est à sa façon terriblement cruelle avec lui (je pense aux premières scènes). Elle le repousse beaucoup, et a du mal à exprimer clairement ce qu'elle ressent.
On est juste dans l'autodestruction du couple. Je ne pense pas qu'il y ait un coupable et une victime. Juste deux personnes qui ne parviennent pas à communiquer et se détruisent mutuellement. Et qui pourtant, revent toutes les deux d'un avenir à deux, plus glorieux.
Quand je pense à Frank, je ne me dis pas "il l'a bien mérité", mais plutôt "bordel, et dire que moi aussi, j'ai déjà eu de la merde dans les yeux et n'ai pas vu certaines choses arriver". |
|  | | Epi Zen littéraire

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 | Sujet: Re: Richard Yates Jeu 3 Sep 2009 - 22:13 | |
|  Non non, je ne vais pas me disputer sur le sens de la vie. Que sais-je sur le sujet ? Pas grand chose je dois dire. Je mets le reste en spoiler parce que je ne voudrais pas gâcher le plaisir de ceux qui ne l'ont pas encore lu | Spoiler: | | | Là où nous ne sommes pas d'accord surtout, c'est sur la culpabilité de Frank. Il la pousse à avorter deux fois. La première fois, à la limite, on se dit bon, ils sont jeunes, tout ça. La seconde, ça passe nettement moins bien parce que non seulement, il n'a pas envie de cet enfant lui-même mais il sait parfaitement qu'elle n'en veut vraiment pas. S'il la force ainsi c'est pour avoir un prétexte de ne partir sans lui avouer ses vraies raisons. J'en conclus qu'il ne la respecte pas, surtout qu'ils ont déjà deux enfants et je trouve ça vraiment très égoïste et malhonnête de sa part. Et en plus, il essaie de la culpabiliser en lui mettant dans la tête que peut-être, elle ne serait pas tout à fait saine d'esprit. C'est fort quand même comme mauvaise foi.
Le problème pour moi c'est que, même s'ils s'aiment (et je ne le crois pas vraiment), il ne sont pas sincères l'un avec l'autre et l'un veut imposer un peu trop sa loi à l'autre.
C'est là où ça coince, d'où mon "il l'a mérité", car en ne tenant pas compte de ses désirs à elle, il la détruit, détruit leur couple et un peu lui-même au passage (sans parler des enfants). Je ne dis pas qu'elle est parfaite bien sûr et elle déconne pas mal aussi mais au moins, elle essaie véritablement de changer leur vie, de faire en sorte qu'elle soit plus en accord avec ce qu'ils souhaitent (même si rien ne dit qu'ils réussiraient bien sûr) alors que lui se contente de clamer partout qu'il ne vit pas la vie qu'il mérite mais ne fait absolument rien pour la changer. Elle a été moins égoïste, elle lui laisse un mot pour lui dire que ce n'est pas sa faute afin qu'il ne se sente pas responsable, je trouve que c'est un beau geste de sa part. |
C'est sûr qu'on ne voit pas du tout le roman (et les choses de la vie peut-être) de la même façon, ce qui permet d'avoir plusieurs lectures différentes du livre car Yates ne juge aucun des deux, il laisse le choix au lecteur de se faire sa propre idée, donc aucune indication de ce qu'il pense, même s'il ne fait pas de cadeaux à Frank. Et finalement, on voit l'histoire par rapport à soi, à son vécu, ses expériences, etc. Et si on ne voit pas la vie de la même façon à la base, c'est clair on ne verra jamais le roman de la même façon non plus
En tout cas, je trouve ton point de vue intéressant, même s'il ne rejoint pas le mien  _________________ It's OK to be a little broken, everybody's broken, in this life Bon Jovi
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 | Sujet: Re: Richard Yates Sam 12 Sep 2009 - 16:11 | |
| J'avance très lentement dans Revolutionary Road, et ceci pour deux raisons : je trouve ce couple morbide et il me colle le cafard, la description précise et en profondeur des pensées de chacun des personnages m'ennuie assez vite. Mais j'en dirai plus lorsque j'aurai fini le livre, peut-être mon opinion aura-t-elle changé. _________________ 'La croissance n'est qu'une appellation politiquement correcte pour désigner la cupidité', Arni Thorarinsson, Le Dresseur d'Insectes, 2007.
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 | Sujet: Re: Richard Yates Sam 12 Sep 2009 - 16:21 | |
| | domreader a écrit: | | J'avance très lentement dans Revolutionary Road, et ceci pour deux raisons : je trouve ce couple morbide et il me colle le cafard |
Comme dans le film, alors... _________________ Quand les gens sont de mon avis, il me semble que je dois avoir tort. - Oscar Wilde
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 | Sujet: Re: Richard Yates Dim 13 Sep 2009 - 13:27 | |
|  Le moins qu'on puisse dire c'est que Richard Yates ne nous décrit pas là un monde de vainqueurs , on est loin du bling bling. "Onze histoires de solitude" où la solitude n'est pas celle à laquelle on peut s'attendre avec tous les clichés habituels , les personnages ne sont pas seuls au sens physique de terme , ils sont soit en couple , soit sur le point de l'être , ils ont quelques amis , ils travaillent , il sortent un peu , ne sont pas incultes alors qu'est-ce qui cloche ? Tout ou presque , la vie de couple est étouffante et peut se résumer à une suite de rituels complètement insipides . Au travail , les personnages de ces nouvelles occupent des emplois subalternes dans des domaines à périr d'ennui (compagnies d'assurances , journaux à tirage réduit .....), les collègues sont tous des clones qui eux aussi sont enfermés dans une routine rythmée par l'alternance des pauses , des matchs de box dans un bar le vendredi soir et le retour dans leur foyer morose le soir . Solitude des êtres surtout à partir du moment où ceux ci nourrissent quelques rêves bien compréhensibles pour se sortir de cette absurdité quotidienne, quand ils décident soudain de devenir écrivain , de cotoyer un pianiste de jazz promis à un certain succès , de s'intégrer à une classe , de sortir enfin de l'hopital guéri ......et que tout foire lamentablement et que l'on revient vite à la case départ. Peu d'espoir en tous cas d'échapper à tout ça , et les efforts pour y parvenir en deviennent pathétiques . J'avais vu "Les noces rebelles" , adapatation filmée d'un de ses livres où l'on retrouve à travers la chute d'un couple , ce thème de la solitude et de la difficulté de communiquer , je suis très sensible à ce thème , donc je pense très vite lire "La fenêtre panoramique". |
|  | | kenavo Zen Littéraire

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 | Sujet: Re: Richard Yates Dim 13 Sep 2009 - 14:08 | |
| Merci pour ton beau commentaire.. et je pense que tu vas trouver autant de plaisir à lire La fenêtre panoramiqueavec lequel Domreader se donne autant de mal  _________________ Celui qui se perd dans sa passion a moins perdu que celui qui a perdu sa passion. Saint Augustin
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|  | | Epi Zen littéraire

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 | Sujet: Re: Richard Yates Dim 13 Sep 2009 - 14:40 | |
| Merci Darkanny pour ton commentaire. Je pense que je vais attendre un peu pour lire ce livre moi, ça a l'air assez déprimant. _________________ It's OK to be a little broken, everybody's broken, in this life Bon Jovi
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 | Sujet: Re: Richard Yates Dim 13 Sep 2009 - 18:48 | |
| Revolutionary Road (Les Noces Rebelles - La Fenêtre Panoramique)Je l'ai fini ce matin et tant qu'il est encore frais dans mon esprit voici quelques impressions, je ne vais pas bien sûr ajouter un énième résumé surtout que vous avez pour beaucoup vu le film. J'ai eu bien du mal à m'intéresser à l'histoire, aux personnages, il m'a bien fallu 150 pages, mais comme je suis du genre persistant, j'ai continué et j'ai finalement accroché. Au début, ce couple m'ennuyait et me déprimait. Il me semblait qu'ils se posaient toujours les mauvaises questions, qu'ils vivaient posés l'un à côté de l'autre et non pas l'un avec l'autre, qu'ils vivaient posés à côté de leurs vies respectives dans une sorte de représentation théâtrale et puérile du monde. Il me semblait aussi que leur façon de remédier à tout cela, c'est à dire de partir loin, n'était qu'une sorte de prolongation de leur état puéril. On aurait dit deux mouches en train de voleter dans un bocal de verre sans jamais pouvoir atteindre le monde, le vrai. La question sous-jacente, par delà le couple, est : de quoi est fait le bonheur dans ces banlieues américaines des années 50 ? Elle reste certainement d'actualité. Vous l'avez compris tout ça me laissait de marbre, voire vaguement ennuyée, impatiente. Puis petit à petit, tous deux ont commencé à évoluer, ainsi que le monde autour d'eux, pas forcément dans le bon sens surtout pour Elle. Je trouve d'ailleurs son geste incroyablement courageux, pour sortir de son cauchemard intérieur et urbain ! Bref les personnages ont gagné en épaisseur, même les personnages secondaires: les voisins dans l'immobilier et leur fils mentalement dérangé (? pas si sûr !), leurs seuls amis un peu mièvres...Lui pour qui la vie continue et peut-être même devient meilleure après le drame. J'ai finalement aimé : les thèmes sont denses dans ce livre et qui est très bien construit - un bémol pour la mise en place trop longue du début et les descriptions appuyées des états d'âmes de Frank. Je n'arrive pas à dire le quart de ce pui m'a interessée dans ce livre...tant pis. _________________ 'La croissance n'est qu'une appellation politiquement correcte pour désigner la cupidité', Arni Thorarinsson, Le Dresseur d'Insectes, 2007.
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|  | | kenavo Zen Littéraire

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