Rue de la Tranchée
(Juoksuhaudantie)
2002
Assis dans le jardin de sa coquette maison de la banlieue d'Helsinki, Matti se rappelle...
Six mois plus tôt, sa femme le quittait, emmenant leur petite fille, après qu'il l'eut giflée lors d'une dispute. Mais surtout parce qu'elle lui reprochait de se laisser aller et d'être un adolescent attardé.
Pourtant, Matti, fervent partisan des revendications féministes, était devenu un père au foyer exemplaire, s'occupant de leur fillette et de toutes les taches ménagères.
Ce départ est un coup de massue pour lui, et dès lors il mettra tout en oeuvre pour reconquérir sa famille, en offrant à sa femme le pavillon de banlieue dont elle a toujours rêvé. Mais comment faire quand on ne dispose que d'un modeste salaire de manutentionnaire et que les prix de l'immobilier s'envolent ? Matti se lance dans cette quête comme on part à l'aventure dans la jungle, et tous les moyens seront bons...
Roman très surprenant que ce
Rue de la Tranchée, qui, comme son titre l'indique, parle de conflits et en met deux en parallèle. D'une part la seconde guerre mondiale et les milliers de soldats revenus des horreurs du front de l'Est qui durent retrouver leur place dans la société finlandaise. Et puis la guerre de l'émancipation des femmes et les "combattants au foyer" que sont devenus les hommes comme Matti, phénomène peut-être plus marqué dans les pays scandinaves. Le point où se rencontrent ces deux conflits: les jolies maisons en bois données aux vétérans par le gouvernement et que Matti convoite pour sa famille.
C'est donc en véritable soldat que Matti se lance à l'assaut des zones résidentielles, surentraîné comme un membre de commando.
Alternant les points de vue (Matti, ses voisins excédés, sa femme, un agent immobilier...) ce roman drôle et grinçant dessine un portrait au vitriol de la société finlandaise actuelle. Derrière les haies bien taillées des pavillons de banlieue ou dans les appartements, il ne semble y avoir que matérialisme, égoïsme et consommation forcenés. Dans un tel pays il n'y a plus de place pour le souvenir de la vie simple et les sacrifices des rescapés de la guerre et le bonheur ne rime qu'avec argent. Quant à la condition des hommes, à qui l'on demande d'être à la fois soumis et combatifs, doux et virils, elle est devenue bien difficile.
Un constat bien sombre et cynique, mais pourtant on rit au "parcours du combattant" de Matti et à sa folle obsession pavillonnaire, tellement ce roman fait dans l'humour noir et la surenchère.
Une curiosité, à découvrir...
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Car ce sont bien de menus accidents qui nous font chérir un livre plutôt qu'un autre. (Roger Caillois)