Les oiseaux
Je me joins à vous pour recommander ce livre tellement sobre et attachant.
Il y a une sorte de tradition dans les pays nordiques et de l'Est qui consiste à percevoir le malade mental ou le simple d'esprit comme un être en communication directe avec la nature et les éléments dont il percevrait le sens sacré à travers un mode de pensée magique, archaïque et immémorial. Et l'incompréhension des autres hommes, leur intolérance, les condamneraient à l'exclusion et la solitude.
On retrouve par exemple ce personnage du "fou" chez Bergman dans
A travers le miroir ou chez Tarkovski dans
Stalker notamment. C'est probablement une vision poétique et comme idéalisée de la folie même si elle n'omet pas d'en montrer la souffrance.
Vesaas est une sorte de peintre. Il dessine une épure où le langage apparait simple en apparence, minimaliste, mais où chaque détail, chaque mot fait sens dans l'esprit de cet homme autiste pour lequel tout changement dans son environnement devient signe, où toute parole est susceptible de masquer une menace, une intrusion.
Et il décrit quelques séquences comme il ferait des tableaux tantôt impressionnistes, tantôt expressionnistes, le plus souvent symbolistes. On garde des images très puissantes à l'esprit même longtemps après avoir lu ce livre: un vol d'oiseau au-dessus d'une maison isolée en lisière de la forêt, un orage qui menace de déchainer sa colère, une barque sur un plan d'eau qui permet d'abord la victoire puis l'accomplissement d'un destin. De ce point de vue la couverture du livre est particulièrement bien choisie et reste le symbole de cette histoire.
Comme le soulignait Arabella, la manière dont il nous fait pénétrer l'univers mental décalé de son personnage est étonnante et évidente en même temps. On finit presque par percevoir comme lui que ce sont les gens qui l'entourent qui sont décalés et qui passent à côté des choses essentielles et c'est très émouvant.
La fin est terrible et lumineuse en même temps. Un beau moment de lecture à renouveler... Je suis tenté par "L'incendie" et "le Palais de glace".
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Peut-être n'y a-t-il pas d'auteurs littéraires véritablement ennuyeux, mais seulement des lecteurs impatients ou non avertis.
Joyce Carol Oates