
Parfum de livres…parfum d’ailleurs
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Queenie Administrateur

Messages: 9977 Inscription le: 02/02/2007 Age: 29 Localisation: -Monolithe-
 | Sujet: Fédor Dostoïevski Sam 16 Juin 2007 - 9:24 | |
|  (1821 - 1881) Source : Wikipédia Son père était médecin et, trop autoritaire, fut assassiné par ses propres paysans. Sa mère mourut lorsqu'il était très jeune. Il entre à l'école d'ingénieurs de Saint-Pétersbourg en 1838 et devient officier ingénieur du génie en 1841. En 1844, il demande sa retraite pour pouvoir se consacrer à la littérature et écrit son premier roman, Les Pauvres Gens. Ce roman connut un succès certain. Malheureusement, ses romans suivants ( Le double et la logeuse) ne connurent pas le même succès. En 1847, il fréquente le cercle du socialiste utopiste Petrachevski et ai arrêté avec tous ces membres deux ans plus tard. Ils échappent à la peine de mort , sont graciés par le tsar. Dostoïevski est déporté dans un bagne en Sibérie. Dans les baraquements il partage sa vie avec des forçats de droit commun, il écrit dans sa correspondance : « Je n'ai pas perdu mon temps : j'ai appris à bien connaître le peuple russe, comme peut-être peu le connaissent. ». Ce qui oblige l'intellectuel de salon qu'il était à commencer son évolution : « J'étais coupable, j'en ai pleine conscience... J'ai été condamné légalement et en bonne justice... Ma longue expérience, pénible, douloureuse, m'a rendu ma lucidité... C'est ma croix, je l'ai méritée... Le bagne m'a beaucoup pris et beaucoup inculqué. »Dostoïevski accepte donc son épreuve et l'utilise pour faire éclore sa force spirituelle. Il ne s'endurcit pas, il ne se révolte pas et accepte les révélations qui lui arrivent peu à peu, sur la Russie, le peuple russe, la monarchie russe et la religion. Il écrit dans une correspondance : « Je te jure que je ne perdrai pas espoir et garderai purs mon esprit et mon cœur... Je dois vivre... Ces années ne seront pas stériles. » Au fond de son enfer, il rencontre le Christ, et sa foi renouvelée va désormais le guider dans sa vie privée, dans sa vie d'écrivain et dans sa vie politique : « ... il n'est rien de plus beau, de plus profond, de plus sympathique, de plus raisonnable, de plus viril et de plus parfait que le Christ... Désormais, je n'écrirais plus d'âneries. »C'est un tournant dans la vie de l'auteur. Il abandonne ses sentiments libéraux et se tourne vers la religion et le monarchisme : « J'espère en Dieu et dans le tsar... Plus de foi, plus d'unité, et, si, par-dessus tout cela, il y a amour, que demander de plus ? ». Cette conversion sera à la racine même de son chef-d'œuvre, Crime et Châtiment. De 1854 à 1860, il est officier en régiment en Sibérie. En 1857 il épouse Maria Dmitrineva Isaeva. Il prend sa retraite en 1860, et à l'autorisation de retourner vivre à St Petersbourg (sous surveillance de la police secrète). Il crée une revue nationaliste avec son frère (Le temps). Pendant quelques années, il erre en Europe. Après la mort de sa femme (1864) et celle de son frère (1865), il doit subvenir aux besoins matériels de la veuve et les enfants de son frère. Il s'endette, tente de s'enrichir à la roulette. En 1867 il épouse Anna Griogorievna Snitkine, sa secrétaire. A partir de là, ils parviennent à sortir de la misère, et Dostoïevski se met à écrire ses oeuvres majeures ( Crime et Châtiment, l'Idiot, Les Démons). Il terminera sa carrière avec Les frères Karamasov (en 1881) qui lui amène le succès populaire. Son Discours sur Pouchkine (1880) fait même de lui un héros national. |
|  | | Queenie Administrateur

Messages: 9977 Inscription le: 02/02/2007 Age: 29 Localisation: -Monolithe-
 | Sujet: Re: Fédor Dostoïevski Sam 16 Juin 2007 - 9:28 | |
| Lorsque j'ai découvert Crime et châtiment, j'ai été complètement conquise, subjuguée, amoureuse. Je découvrais un livre merveilleux : une histoire sombre, cynique, et en même temps pleine d'humanité. Une écriture précise, avec une musicalité certaine (quel dommage que je ne puisse lire en russe!!!) - je crois surtout qu'il est important de bien choisir la traduction qu'on lit de ses oeuvres. J'avais commencé par le Joueur - l'idiot dans des petites éditions, et celà ne m'avait pas illuminé. Mais lorsque je me suis offert Crime et Châtiment des éditions Babel (traduit par André Markowicz, qui s'était lancé dans l'entreprise de tout retraduire Dostoïevski), j'ai compris que je rencontrais là un immense auteur ! J'ai également eu la chance de voir une adaptation théâtrale de Crime et Châtiment, une merveilleuse adaptation, qui parvenait à faire vibrer les mots, et à faire vivre les personnages, avec des jeux de lumière et l'utilisation de marionnettes en bois. C'était fabuleux. |
|  | | Queenie Administrateur

Messages: 9977 Inscription le: 02/02/2007 Age: 29 Localisation: -Monolithe-
 | Sujet: Re: Fédor Dostoïevski Sam 16 Juin 2007 - 9:33 | |
| depuis tout ce temps, voilà que je me décide enfin à relire du Dostoïevski, c'est qu'il faut tout de même être dans un état d'esprit particulier, parce que le monsieur ne fait pas des petits romans (que ce soit en quantité et en quantité). Me voilà donc avec Les démons. Quel cynisme, quelle drolerie, quelle peinture ahurissante de la vieille bourgeoisie de campagne, quel verve pour faire vivre les milieux intellectuels parfaitement bien pensants et pourtant si superficiels. Je n'en suis qu'à la moitié du premier tome, et je suis de nouveau amoureuse.  | trofimovitch dans les démons a écrit: | | Comment se fait-il, j'ai remarqué ça, me souffla alors Stépane Trofimovitch, que tous ces socialistes acharnés, ces communistes, soient en même temps des fesse-mathieux invraisemblables, des rapiats, des accumulateurs, et même au point que plus le type est socialiste, plus il va loin, plus il amasse... comment se fait-il ? ça vient du sentimentalisme, ça aussi |
Dernière édition par le Mar 19 Juin 2007 - 13:05, édité 2 fois |
|  | | Fantaisie héroïque Sage de la littérature

Messages: 1800 Inscription le: 05/06/2007 Age: 22 Localisation: Rennes, bretagne
 | Sujet: Re: Fédor Dostoïevski Dim 17 Juin 2007 - 7:48 | |
| J'adore les nouveaux fils J'ai eu la chance de découvrir l'oeuvre de Dostoïevski l'an passé, à la fac, en étudiant Crime et châtiment, que j'ai littéralement dévoré... Poiur l'instant,je dois dire que C et C est le seul roman de Dostoïevski que j'ai aimé, n'ayant pas accroché aux Frères Karamzov, ni à l'idiot :| Non seulement ses romans ne sont pas de petits romans", comme tu le dis (même si j'aime les pavés) mais en plus ils traînent un peu trop :/ Dans Crime...c'était pas grave parce que l'histoire est captivante, mais les autres, un peu moins  . Cependant je ne m'avoue pas vaincue  et je réessayerai, pourquoi pas avec les Démons... A propos de Markowicz : comme il est rennais, il a accepté de venir à la fac pour parler de son travail de traducteur ! C'était passionnant  |
|  | | Snark Main aguerrie

Messages: 497 Inscription le: 11/05/2007 Age: 24 Localisation: ici
 | Sujet: Re: Fédor Dostoïevski Dim 17 Juin 2007 - 18:16 | |
|  Ah, Queenie, je t’acclame : tu as ouvert un fil sur l’un des plus grands auteur de tout les temps! Le Joueur, trad. de Sylvie Luneau Histoire extraordinaire où s’entremêle la passion du jeu, une histoire d’amour vrai, des histoires d’amour faux, la folie… Dostoïevski a le talent (que j’envierai peut-être toute ma vie) de créer non pas un personnage crédible, profond et fascinant, mais des sociétés entière; et cela, sans jamais trébucher dans la confusion, ou s’éloigner du nœud dramatique. Aussi, ce nœud dramatique, il le fait battre, au fil du récit, comme un cœur. Et parfois, il se confond avec le cœur du lecteur. (Cela a été le cas pour moi. J’ai lu le roman en une nuit. Nuit céleste.) La morale du roman (je saute des étapes, je sais. Mais c’est pour vous pousser à le lire!) : Tout amour qui doit être appuyé solidité matérielle, perd son équilibre. D’un fervent amoureux de Dostoievsky  |
|  | | Queenie Administrateur

Messages: 9977 Inscription le: 02/02/2007 Age: 29 Localisation: -Monolithe-
 | Sujet: Re: Fédor Dostoïevski Lun 18 Juin 2007 - 7:35 | |
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|  | | Fantaisie héroïque Sage de la littérature

Messages: 1800 Inscription le: 05/06/2007 Age: 22 Localisation: Rennes, bretagne
 | Sujet: Re: Fédor Dostoïevski Lun 18 Juin 2007 - 12:53 | |
| J'avais essayé Le joueur, mais j'sais pas, ça m'avait pas plu... Mais c'était pas dans la traduction de Markowicz , c'était écrit en tout petit ET je devais avoir 15 ans...ce qui peut expliquer que je n'ai pas aimé  . Sinon, je lirai bien aussi Le sous-sol; tu l'as lu, Queenie ? |
|  | | kalistina Envolée postale

Messages: 253 Inscription le: 18/06/2007 Age: 25
 | Sujet: Re: Fédor Dostoïevski Lun 18 Juin 2007 - 17:42 | |
| J'ai lu "crime et châtiment" l'été dernier et j'avais moi aussi été très impressionnée. J'avais écrit ce commentaire : Voilà un roman tragique, où les héros sont de vrais torturés du bulbe made in XIXe siècle… Dostoïevski nous dépeint l’âme humaine, les interrogations sans fin de Raskolnikov, c’est vrai que c’est une prouesse dans l’analyse psychologique. J’ai mis un certain temps à le lire, et je n’arrivais pas à le lire seul, sans un autre ouvrage en parallèle ; je pense que c’est dû justement à l’intensité des réflexions qu’il suscite. Il n’y a pas de complaisance, Dostoïevski ne nous laisse pas de répit, c’est en permanence que Raskolnikov se livre à l’introspection. C’est vrai que c’est ardu, mais je ne regrette pas de l’avoir lu, c’est vraiment plein de talent. ATTENTION SPOILER – j’ai été surprise par la fin, je ne m’attendais pas à cette « rédemption par l’amour », j’ai cru pendant un bon moment de la lecture qu’il n’y avait plus d’espérance ni de foi dans l’ouvrage. - FIN SPOILERJ'avais commencé en décembre "les frères Karamazov" mais je me suis un peu épuisée dessus. Je ne l'ai pas définitivement abandonné, j'ai simplement remis sa lecture à cet été (puisque comme chaque année je m'imagine que l'été est une douce période composée d'au moins 18 mois au cours desquels j'aurai le temps de lire les piles de bouquins que j'ai prévues). :lol!: |
|  | | Snark Main aguerrie

Messages: 497 Inscription le: 11/05/2007 Age: 24 Localisation: ici
 | Sujet: Re: Fédor Dostoïevski Lun 18 Juin 2007 - 19:50 | |
| C'est vrai que les longues analyses psychologiques lassent, parfois. Et je crois qu'il n'est pas interdit de sauter certains passages.. Dans la 3è partie de l'Idiot, il y a une longue confession d'un malade qui veut se suicider (50 p.  ). Ça rebute. Au nom du plaisir de la lecture, il est presque nécessaire de sauter des pages... afin darriver un peu plus vite aux temps forts, tjs bouleversant! |
|  | | Queenie Administrateur

Messages: 9977 Inscription le: 02/02/2007 Age: 29 Localisation: -Monolithe-
 | |  | | Invité Invité
 | Sujet: Re: Fédor Dostoïevski Mar 3 Juil 2007 - 13:30 | |
| J'ai lu le joueur et j'ai particulièrement apprécié tout d'abord car étant un joueur de cartes invétéré et de tous autres jeux l'ambiance m'a beaucoup plus, ensuite la description des personnages et leur vie était très interessante |
|  | | Queenie Administrateur

Messages: 9977 Inscription le: 02/02/2007 Age: 29 Localisation: -Monolithe-
 | Sujet: Les démons Mar 17 Juil 2007 - 9:38 | |
| Les démons, 1871  Une petite ville de province, avec ses codes, sa bourgeoisie, ses petites histoires. On cherche à contrôler son image, à toujours avoir l'air de tout maîtriser, à ce que rien n'entache notre réputation. Et puis, un jour débarque la jeunesse, la frivolité (apparente), l'energie, la folie surtout. La politique. Des complots naissent, des communautés mystérieuses s'organisent, de lourds secrets sont dévoilés à demi-mots. Certains sont prisonniers, d'autres geôliers. Les rapports de dominants-dominés s'explosent, se déchirent. La haine, le mépris, le sang. Des tâches qui vont bientôt mâculer les belles robes des dirigeantes irréprochables et rendre fous des hommes respectables. Ce livre est un tourbillon. Dostoievski y met toute la Russie. Toute sa crasse et sa beauté. Il construit un monde, un univers, que lentement mais sûrement il conduit vers son agonie, son auto-destruction. Un chaos nébuleux et terrifiant. A travers les démons, Dostoievski dénonce le nihilisme, toutes les manigances misent en oeuvre pour détruire un monde, certes imparfait, mais où règne une certaine harmonie. Les nihilistes ne proposant de toute façon que la destruction, le meurtre, le renversement d'un pouvoir et d'une hierarchisation, mais sans proposer "autre chose", donnant ainsi l'impression de vouloir tout détruire pour le simple plaisir de la destruction. En même temps, Dostoievski ne s'attendrit pas sur les détenteurs du pouvoir : ceux-ci sont plutôt montrés faibles (Lembke, le gouverneur qui perd complètement la tête, dominé par sa femme et quasiment incapable de prendre des décisions seul). La position du narrateur est très étrange dans ce roman. Parlant à la première personne et semblant s'être donné comme "mission" de relater les évènements qui ont bouleversé la gentille communauté qui l'entoure, il apparaît souvent comme un peu stupide, facilement influençable, un peu perdu dans toutes les histoires. Du coup, le livre en lui-même est un peu comme discrédité par la fadeur de celui qui raconte, on se demande parfois pourquoi on continue à lire une histoire relatée par un abruti, et celà place le lecteur dans une situation étrange : lui aussi devient un peu bébête de continuer à lire cette sorte de bouillonnement d'évènements entremêlés les uns avec les autres. On s'empêtre sans parvenir réellement à en débrouiller les fils. En même temps, du coup, cette technique d'écriture nous plonge directement profondément dans l'univers superficiel, vain, creux, et volontairement complexifié (pour ne pas en voir le vide). Nous sommes nous aussi membre de cette communauté. Dostoievski décortique l'humain comme peu d'auteurs en sont capables. Et c'est pourquoi ses livres sont encore d'une force incroyable, parce que, quoiqu'on en dise, l'humain ne change pas. De l'orgueil en passant par le besoin viscéral de se trouver une place, un rôle, peut-être même un fardeau à porter. La peur du ridicule, de perdre la face, de ne pas savoir, d'être en dehors du monde, et en même temps cette soif de solitude, le désir de reconnaissance face au besoin de connaissance. La foi, la reflexion, la vie, la mort, le suicide. L'innocence bafouée, l'immaculée entâchée, la force de la destruction, ce goût pour le sang des candides, des ingénus. Autant de thèmes, de questionnements qui jalonnent le livre, en font une oeuvre magistrale, poussant le lecteur dans ses propres retranchements. Et pour finir, ces quelques mots du traducteur André Markowicz qui résument parfaitement Les démons : "Le trouble, le chaos, dans le vide du dedans et du dehors, c'est nous qu'il trouble, et le roman n'existe que pour cela, finalement, que pour semer le trouble, égarer, emporter, faire tournoyer, tournoyer, tournoyer, attraper des éclairs, et, à la fin, après plus de mille pages de cyclone, par une espèce de bouffonerie (i)indifférente(i), pas même grinçante, non, grotesque, abandonner le lecteur, essouflé, avec rien. Possédé." |
|  | | aériale Zen littéraire

Messages: 9898 Inscription le: 01/02/2007 Age: 54 Localisation: Le Sud
 | Sujet: Re: Fédor Dostoïevski Mar 17 Juil 2007 - 9:46 | |
| Superbe résumé Queenie qui ne peut que nous inciter à nous plonger dans cette oeuvre magistrale! Je redoute les livres trop épais cependant...Combien fait-il de pages? ( je sais je suis un peu flemmarde, je vais vérifier sur amazon.com) _________________ Après tout, la meilleure façon de parler de ce quel'on aime est d'en parler légèrement. Albert Camus
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|  | | Queenie Administrateur

Messages: 9977 Inscription le: 02/02/2007 Age: 29 Localisation: -Monolithe-
 | Sujet: Re: Fédor Dostoïevski Mar 17 Juil 2007 - 11:13 | |
| | aériale a écrit: | | Superbe résumé Queenie qui ne peut que nous inciter à nous plonger dans cette oeuvre magistrale! Je redoute les livres trop épais cependant...Combien fait-il de pages? (je sais je suis un peu flemmarde, je vais vérifier sur amazon.com) |
1000 environ. |
|  | | coline Parfum livresque

Messages: 20849 Inscription le: 01/02/2007 Localisation: Nord Auvergne
 | Sujet: Re: Fédor Dostoïevski Mar 17 Juil 2007 - 11:19 | |
| | Queenie a écrit: |
1000 environ. |
Moi aussi, ça m'affole d'avance 1000 pages... _________________ "Faire du théâtre c'est exorciser les démons de notre Personnage. Pourrais-je dire: si j'ai fait du théâtre, c'était pour m'éviter de jouer la comédie dans la vie." (Jean Louis Barrault)
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