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 Henri Dutilleux

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Marko
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MessageSujet: Henri Dutilleux   Mer 6 Mai 2009 - 19:52

Henri Dutilleux (1916- )


Citation:
Biographie
Compositeur français né en 1916 à Angers, Henri Dutilleux, entre en 1933 au Conservatoire de Paris, où il suit les cours de contrepoint et fugue avec Noël Gallon, de direction d'orchestre avec Philippe Gaubert, de composition avec Henri Busser et d’histoire de la musique avec Maurice Emmanuel. Il y reçoit un premier prix d'harmonie, de contrepoint et de fugue, puis obtient le Grand Prix de Rome en 1938 avec la cantate L’anneau du Roi.

Il étudie à cette époque le traité de composition de Vincent d’Indy, découvre Stravinsky, Bartók et le sérialisme, mais restera toujours en marge de ces diverses esthétiques. Nommé en 1942 chef de chant de l’opéra de Paris puis directeur du service des illustrations musicales de la Radiodiffusion française en 1945, il occupera ce poste jusqu'en 1963. Cette expérience très enrichissante, lui permet de côtoyer toutes les tendances artistiques.

La renommée d’Henri Dutilleux est internationale aussi bien en tant que compositeur qu’en tant qu’enseignant. Il mène une importante activité de pédagogue, nommé professeur de composition en 1961 à l’École Normale Supérieure, puis au conservatoire supérieur de Paris de 1970 à 1984. Il est invité dans de nombreux pays comme professeur et conférencier. Deux fois, en 1995 et en 1998, il est appelé en résidence au Tanglewood Music Center.

Henri Dutilleux devient membre associé de l’Académie Royale de Belgique en 1973, membre honoraire de la Royal Academy de Londres en 1966, du conseil international de la musique de l’UNESCO, de l’American Academy and Institute of Arts and Letters de New York en 1981, de l’Academia Nazionale Santa Cecilia à Rome en 1993, et en 1998, il est membre de la Bayerische Akademie der Schünen Künste à Munich.

Les premières oeuvres du compositeur sont créées pendant la guerre : Quatre mélodies pour chant et piano, en 1943, Geôle pour voix et orchestre, en 1944. Roger Désormière et l'Orchestre National créent sa première symphonie en 1951 et la compagnie Roland Petit, le ballet Le Loup en 1953. Charles Münch à Boston créé La Deuxième Symphonie en 1959, puis les Métaboles en 1965, une de ses oeuvres les plus fréquemment interprétées. Son quatuor à cordes Ainsi la nuit (1977) rencontre un succès exceptionnel. Il écrit des œuvres pour son épouse, la pianiste Geneviève Joy, ainsi que pour de nombreux autres grands interprètes : le concerto pour violoncelle et orchestre : Tout un monde lointain (1970) lui est commandé par Mislav Rostropovitch. Il compose Sur un même accord en 2002 pour la violoniste Anne-Sophie Mutter, Correspondances en 2003 pour la soprano Dawn Upshaw.

Le travail d’Henri Dutilleux est maintes fois couronné. En 1967 il reçoit le grand prix national de la musique en pour l'ensemble de son œuvre, en 1983 le grand prix international du disque de Montreux. En 1987, on lui décerne le prix international Maurice Ravel et celui du Conseil International de la Musique. Il reçoit en 1994 le Praemium Imperiale du Japon pour l’ensemble de son œuvre et en 1998, le Royal Philharmonic Society Awards pour The Shadows of Time. Pour cette pièce, il reçoit aussi en 1999 le prix de Cannes et la même année, le grand prix de la presse musicale internationale.

En 2005, lui est attribué le prix international Ernst von Siemens.




Pour aller à l’essentiel, on peut dire qu’Henri Dutilleux a développé un langage musical en partie en marge de la plupart des mouvements d’avant-garde, en prolongeant le sillon tracé par Debussy et tout un pan de la musique du début du XXe siècle qu’on qualifie le plus souvent d’ « impressionniste » en faisant le lien avec la musique spectrale apparue dans les années 70. Marc-André Dalbavie, dont j’ai parlé sur le fil Boulez, est un compositeur issu du spectralisme qui rend hommage à Dutilleux dans son dernier disque en citant « Métaboles » dans ses variations sur le 4e mouvement de « Dans les brumes » de Janacek. On retrouve ce climat de métamorphose et de flottement sonore, cette recherche de l’ « infini insondable » qui donne une dimension onirique et planante à sa musique. Dutilleux se revendique aussi de Marcel Proust en tant qu’explorateur du temps perdu. En peinture il a rendu hommage à Van Gogh dans « Timbres, espace, mouvement » inspiré par « La nuit étoilée ».

Son univers musical est donc constitué par des sonorités subtiles et raffinées, poétiques, mystérieuses et transparentes sans négliger pour autant de puissantes montées orchestrales et rythmiques. Ses compositions se nomment : Métaboles, L’arbre des songes, Tout un monde lointain, The shadows of time, Mystère de l’instant…



Son œuvre qui couvre déjà 80 ans de création se résume à une soixantaine de compositions. C’est relativement peu par rapport à d’autres compositeurs mais c’est un perfectionniste qui prend le temps de créer une musique la plus aboutie et la plus belle possible. On le considère souvent comme le plus grand compositeur vivant.

Je reviendrai sur quelques enregistrements que j’aime particulièrement et je me contenterai pour l’instant de rappeler le concert de demain soir, à ne pas manquer, qui sera retransmis en direct sur France musique :

Citation:
7 mai 2009, 20h
Concert de l’Orchestre National de France
en direct du Théâtre des Champs-Elysées à Paris



Maurice Ravel : Ma Mère l’Oye (ballet intégral)
Henri Dutilleux : Le Temps, l’horloge (création mondiale de
l’oeuvre intégrale
)
Hector Berlioz : Roméo et Juliette (extraits symphoniques)

Orchestre National de France
Renée Fleming, soprano
Seiji Ozawa, direction


Sur Dutilleux: Dutilleux, la musique des songes


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Dernière édition par Marko le Jeu 7 Mai 2009 - 8:54, édité 1 fois
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Marko
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MessageSujet: Re: Henri Dutilleux   Mer 6 Mai 2009 - 23:28

Pour se faire une première idée, cette vidéo montre la préparation du disque comprenant Tout un monde lointain (1970, créé par Rostropovitch), un concerto pour violoncelle interprété par le génial Truls Mork, et L'arbre des songes (1983/1985) concerto pour violon par Renaud Capuçon. Le tout étant dirigé par Myung Wung Chung, le chef d'orchestre qu'admirait tant Olivier Messiaen. On y voit des interviews de chacun et de Dutilleux. Ce sont devenus des classiques du répertoire pour ces 2 instruments.

Vidéo


Pour compléter ces musiques concertantes, on peut écouter:

Sur le même accord (2001/2002)



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Arabella
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MessageSujet: Re: Henri Dutilleux   Jeu 7 Mai 2009 - 6:26

Marko a écrit:
Pour se faire une première idée, cette vidéo montre la préparation du disque comprenant Tout un monde lointain (1970, créé par Rostropovitch), un concerto pour violoncelle interprété par le génial Truls Mork, et L'arbre des songes (1983/1985) concerto pour violon par Renaud Capuçon. Le tout étant dirigé par Myung Wung Chung, le chef d'orchestre qu'admirait tant Olivier Messiaen. On y voit des interviews de chacun et de Dutilleux. Ce sont devenus des classiques du répertoire pour ces 2 instruments.

Vidéo




Un disque je j'aime vraiment beaucoup, et en effet une très bonne introduction à Dutilleux.

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MessageSujet: Re: Henri Dutilleux   Jeu 7 Mai 2009 - 20:19

Je viens d'écouter en direct Le temps l'horloge qui a été bissé! Chose assez rare pour une création. On pourra le réécouter à nouveau demain matin à 10h. Dutilleux aurait été déjà bissé, selon le commentateur, pour sa composition "Sur le même accord"

Steven a écrit:
Je mets un lien qui vous permettra d'écouter ce concert pendant 24 h :
écoutez


Difficile de donner une impression à chaud. J'ai simplement déjà envie de le réécouter tellement c'est beau. Quelque part entre le Debussy de Pelleas et Mélisande et Alban Berg, les envolées cosmiques de Dutilleux en plus! Je retiens au moins pour ce soir le magnifique second mouvement et le denier mouvement d'après le poème de Baudelaire: Enivrez vous


Citation:
ENIVREZ-VOUS

Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!

Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge; à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas être les esclaves martyrisés du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poésie, de vertu, à votre guise.


Ce concert est aussi pour moi l'occasion de découvrir le dernier poème de Desnos (avec des accords d'accordéon) et ceux de Jean Tardieu:

Citation:
Le poète français, ROBERT DESNOS, évacué du camp de Flossenburg , est mort le 8 juin 1945 à Terezin

J’ai rêvé tellement fort de toi,
J’ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu’il ne me reste plus rien de toi.

Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres
D’être cent fois plus ombre que l’ombre
D’être l’ombre qui viendra et reviendra dans ta vie ensoleillée




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MessageSujet: Re: Henri Dutilleux   Jeu 7 Mai 2009 - 23:56

Avant de dormir, un extrait de Tout un monde lointain pour violoncelle et orchestre. Le 4e mouvement "Miroirs". C'est drunken drunken drunken

Miroirs

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MessageSujet: Re: Henri Dutilleux   Ven 8 Mai 2009 - 9:40

Ils passent "Correspondances" en ce moment sur France Musique. L'émission peut-être ensuite réécoutée pendant plusieurs semaines: Ici

Et à 13h l'émission Grands compositeurs est consacrée à Dutilleux et le temps. On pourra entendre Métaboles et Shadows of time. Egalement à réécouter tranquillement: ici

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MessageSujet: Re: Henri Dutilleux   Ven 8 Mai 2009 - 13:59

Marko a écrit:
Avant de dormir, un extrait de Tout un monde lointain pour violoncelle et orchestre. Le 4e mouvement "Miroirs". C'est drunken drunken drunken

Miroirs


Non, c'est plutôt... drunken drunken drunken drunken drunken

Ce que je connaissais de Dutilleux se résume à son oeuvre pour piano, jouée par Anne Queffélec, un disque que j'écoute souvent...

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MessageSujet: Re: Henri Dutilleux   Ven 8 Mai 2009 - 14:01

coline a écrit:
Marko a écrit:
Avant de dormir, un extrait de Tout un monde lointain pour violoncelle et orchestre. Le 4e mouvement "Miroirs". C'est drunken drunken drunken

Miroirs


Non, c'est plutôt... drunken drunken drunken drunken drunken

Ce que je connaissais de Dutilleux se résume à son oeuvre pour piano, jouée par Anne Queffélec, un disque que j'écoute souvent...



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MessageSujet: Re: Henri Dutilleux   Sam 9 Mai 2009 - 12:36

Marko a écrit:
Ils passent "Correspondances" en ce moment sur France Musique. L'émission peut-être ensuite réécoutée pendant plusieurs semaines: Ici


Ils ont eu la bonne idée dans l'émission de passer Der Wein d'Alban Berg pour soprano et orchestre (1929) et je comprends mieux pourquoi je percevais une filiation assez directe entre Berg et Dutilleux. "Der Wein" et le 3e poème de "Le temps l'horloge" sont tous les 2 des poèmes de Baudelaire traitant de l'ivresse et du vin. Et dans les 2 cas on retrouve notamment l'utilisation de l'accordéon et du saxophone (ce dernier étant présent bien que très discret vers la fin du poème dans la pièce de Dutilleux).

L'écoute comparée est intéressante et j'en profite pour rappeler à quel point l'oeuvre d'Alban Berg est elle aussi géniale et qu'il faut la découvrir dans son entier (sa production étant également assez réduite mais d'une perfection incroyable). Il fait en tout cas partie de mes 5 compositeurs préférés. Encore un musicien qui a su développer un langage unique et personnel en retenant les apports du dodécaphonisme tout en s'en émancipant en partie.


Berg: Der Wein, la suite lyrique et la suite d'orchestre d'après l'opéra "Lulu"

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MessageSujet: Re: Henri Dutilleux   Sam 16 Mai 2009 - 13:31

L'arbre des songes (1985)

On peut entendre l'intégrale de ce concerto pour violon par Isaac Stern sur youtube:

Vidéo

Citation:
L’Arbre des songes de Henri Dutilleux

(Extrait du programme du Concert Dutilleux du 11 décembre 2006, salle Pleyel)

I. Librement - Interlude 1
II. Vif - Interlude 2
III. Lent - Interlude 3
IV. Large et animé

Composition : 1985.
Commande : Orchestre national de France pour lsaac Stern.
Dédicace au violoniste lsaac Stern.
Création : le 5 novembre 1985 au Théâtre des Champs-Élysées par lsaac Stern et l’Orchestre national de France sous la direction de Lorin Maazel.
Durée : environ 25 minutes.

Compositeur de pages devenues aujourd’hui aussi Célèbres que Métaboles, Tout un monde lointain, Ainsi la nuit, ou Timbres, Espace, Mouvement, Henri Dutilleux écrit son concerto pour violon, qu’il intitule L’Arbre des songes, pour répondre à une commande de Radio France.

L’oeuvre associée à la symbolique de l’arbre et aux idées de morphologie ou de ramification qui en découlent (Dutilleux a envisagé un temps d’intituler son concerto L’Arbre lyrique, ou encore Brocéliande) est conçue selon une forme qui lui est chère, c’est­ à dire une structuration du déroulement en épisodes principaux, ici au nombre de quatre, reliés par des interludes. Ceux-ci sont de nature différente : l’écriture du premier est « pointilliste », la conception du deuxième « monodique », l’allure du troisième presque « statique ». Cette oeuvre qui se déploie à la manière de l’arbre se transcrit en termes de retours périodiques, de figures toujours renouvelées et souvent traitées « en éventail ».

La thématique du double est présente dans le concerto et prolonge la poétique de ses oeuvres antérieures, telle sa Deuxième Symphonie. Dans sa préface, Henri Dutilleux écrit qu’il se sentait incapable d’écrire pour le violon une pièce de bravoure: «J'ai [...] tenté d’aborder le problème d’une manière plus intérieure : que l’instrument soliste soit étroitement dépendant de l’environnement orchestral et réciproquement, une même pulsation devant animer l’un et l’autre ». Pour cela, le soliste ne doit nullement rester « passif », en particulier dans les interludes : à la fin du deuxième de ces passages, le soliste « se greffe sur l’orchestre, comme son double. Ce rôle de double est d’ailleurs très apparent dans l’épisode central (mouvement lent) où le hautbois d’amour et le violon solo se renvoient leur image en un jeu de miroirs ».

Ce mouvement lent qui constitue le troisième épisode principal est suivi par le moment le plus énigmatique de la partition : il s’agit de la stylisation d’un accordage d’orchestre, entièrement écrit par Dutilleux. Celui-ci a correspondu paradoxalement à une rupture d’inspiration pendant la genèse de l’oeuvre, moment d’hésitation au cours duquel le compositeur a tenté de trouver un nouvel élan à la structuration de son discours, en laissant émerger à nouveau le son pivot la. Aussi l’interlude, comme lieu de la transition, devient-il en quelque sorte la clé formelle du concerto.

La question du timbre, enfin, est prépondérante dans cette oeuvre emploi privilégié de la famille des claviers (piano, célesta, vibraphone), ou encore par extension de la harpe et des crotales, sans oublier le rôle particulier du cymbalum, cet instrument traditionnel hongrois que Dutilleux réutilisera de manière encore plus significative dans Mystère de l’instant.

Thématiques de l’arbre, du double, du transitoire, du timbre L’Arbre des songes, plus qu’un concerto, se présente comme un objet de poésie.


Maxime Joos


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